‹ La commune l'église et l'état dans leurs rapports avec les classes laborieusesChapitre 41 sur 49 · S LA COMMUNE · texte numérisé non relu

S LA COMMUNE

enjoignit en même temps au grand-^mattre et à aon conseil « d'accorder un intérêt spécial aux écoles se^ condaires, que les départements , les villes, les évè- « ques ou les particuliers voudraient éta})Ur pour être a consacrées plus spécialement aux élèves qui se dest tinent à Tétat ecclésiastique. » Sous Tempire de ce décret, les chefs de TUniversité approuvaient les prospectus et les règlements des écoles cléricales, comme ceux des grands séminaires ; mais les évêques nommaient librement les directeurs et les professeurs. Ce droit leur fut enlevé par le décret ab irato du 1 5 novembre 1 81 1 , qui dispose :

Art. 24. « Toutes ces écoles seront gouvernées par « l'Université ; elles ne pourront être organisées que « par elle, régies que sous son autorité, et renseigne- « ment ne pourra y être doa?ié que par les membres it a r Université étant ^ la disposition du grai^d-mattre, »

Art. 26. « Les prospectus et les règlements de ces « écoles seront rédigés par le conseil de l'UniverBité sur la proposition du grand^maitre. »

Cet état violent et contre nature dura iu3qu'{i l'ordonnance du 5 octobre 1S45, qui autorisa les archevêques et évêques h avoir dans cbaqne département une école ecclésiastique dont ils nommeraient U$ chefs et les instituteurs y et dont les élèves seraient dispensés de fréquenter les cours des collèges et lycées.

Huit de ces écoles dirigées par des personnes appai^ tenant h une congrégation religieuse non autorisée furent fermées par une ordonnance du 46 juin 4828. Quant aux autres établissements, une ordonnance da même jour limita à vingt mille le nombre de leurs

élèves, défendit d y admettre des externes, imposa l'habit ecclésiastique, déclara que les grades n'ouvriraient que rentrée des ordres sacrés. Huit mille bourses créées comme une compensation de ces exigences furent supprimées en 4 830} le surplus dés ordonnances fut maintenu. On voulut aller plus loin en 4 837, et la commission du projet de loi sur l'instruction secondaire proposa ^ par amendement > que les écoles secondaires ecclésiastiques fussent soumises à toutes les dispositions de ce projet. Rejeté par la Chambre à la majorité de i 60 voix contre 1 03, cet amende^ ment fut reproduit par larticle 35 du projet de 1 841 ^ qui n'est pas arrivé à la discussion publique. «.

Ou revint au régime spécial dans le projet de 1 844. Mais l'admissibilité au baccalauréat autorisée par le projet primitif du gouvernement pour la moitié des élèves des petits séminaires^ limitée par la commission de la Chambre des pairs à ceux qui auraient suivi des cours de rhétorique et de philosophie professés par des maîtres gradués , fut complètement supprimée par la commission de la Chambre des députés, qui proposa la transformation pure et simple des ordonnances de 4 838 en lois de l'Etat.

La commission chargée d'examiner le projet de 4847 maintint aussi les ordonnances de 4838, mais les modifia en ce sens que les maîtres des classes de rhétorique et de philosophie des séminaires ne seraient soumis au grade de licencié es lettres qu'après un délai de cinq ans.

Le nonreau projet de loi etitre dans des voies plus libérales en abrogeant la seconde ordonnance de 4838

et en confiant à la juridiction spéciale de TévèquC; sons la surveillance de TEtat, les établissements d'instruction secondaire ecclésiastique. Nous ne pouvons qu'applaudir à cette innovation généreuse.

L'existence des petits séminaires n'est pas moins importante pour la société que pour la religion. En effet, point de société sans religion, point de religion sans culte, point de culte sans prêtre, point de prêtres sans les petits séminaires.

Où se recruterait hors de là le sacerdoce catholique? Dans les collèges universitaires? Des statistiques irrécusables prouvent qu'il n'en sortirait pas 200 prêtres par année.

Que deviendrait d'ailleurs l'enseignement ecclésiastique sous un régime qui attribuerait au pouvoir la nomination des directeurs, des supérieurs et des professeurs des petits séminaires , et qui lui permettrait de réglementer les études, les examens, les exercices de piété, tout ce qui constitue en un mot l'éducation cléricale?

Gardons-nous, au moment de la grande lutte engagée entre l'erreur et la vérité, de dégarnir les rangs de la milice sacerdotale qui doit combattre au premier rang.

Lacommwnepeut, comme Véglisef fonder et entretenir des collèges. Il existait en France en 1843 * trois cen douze collèges communaux et seulement quarante-six collèges royaux ; la proportion entre ces deux nombres

1 Rapport du ministre de Tinstruction pubUque sur Tinstruction secondaire (4 843).

L'ÉGUSE ET L'ÉTAT. M5

doit être aujourd'hui la même. L'état des collèges communaux se ressent de la décadence de nos institutions locales. Ce sont, en général, des établissements privés, dont le local et le mobilier appartiennent au principal, d où il est résulté, comme le remarque la commission, que plusieurs villes ont vu périr des collèges florissants par la mort, la retraite ou la promotion à une place su-, périeure de ceux qui les dirigeaient. L'éducation y est en général assez médiocre. c< Parmi les trois cent vingtsept collèges communaux, disait M. Cousin en 1844, une centaine seulement prétendent au titre de collèges de plein exercice. Les autres, reconnus comme collèges incomplets, forment beaucoup plus de la moitié de nos établissements d'instruction secondaire. Dans quel état sont-ils? je n'aurais pas le courage de le dire si pour le savoir il ne suffisait pas d'avoir Talmanach de lUniversité; la plupart ne sont, à vrai dire, que de mauvaises ou médiocres pensions ; il y en a qui n'ont que deux ou trois maîtres, et Dieu sait quels maîtres I Ils ne peuvent préparer au baccalauréat es lettres, lequel est la fin et la mesure de l'instruction secondaire. Quant aux prètjendus collèges communaux de plein exercice, je trahis un secret qui depuis longtemps n'en est plus un poqr personne, en avouant que ces collèges, tout en valant an peu mieux que les autres, sont eux-mêmes extrêmement faibles. Le mal que font ces tristes écoles est incalculable. »

Cette critique peut être juste, quoiqu'un peu exagérée peut-être, mais elle accuse moins l'institution en elle-même que les obstacles opposés à son développement et par les lois générales et par les lois spéciales*

Tous les précédents projets de loi, loin d'encourager }es dotations et les subventions des collèges communaux, les liinitaie^ty au contraire avec une extrême sér vérité* Désormais les communes auront une plus grande liberté d'action sous la surveillance éclaj;*éedQ cpnseil académique, et il est permis d espérer que sous la double influence de l'esprit municipal et de reprit religieux^ Tinstruction secondaire f^r^ eu France des progrès analogues à pe^x qu ellç a fait$ dans des Etats voisins,

Tou^fpis, on nç pei|t nier qu'un établissement d'instruction secondairene soit de fa nature départepental !ç\\\s que communal; c'est flu concours 4^ villes, des départements .et de l'Etat que l'instructiou publique recevra unefiftipjsion vigq^r^^ et ç;pmpléter^ les bienfaits de la iio^rté de l'enseigaeme^nt.

Que §ùr les ruines du monopole l'esprit d'apspciatiôB et de liberté intellectuelle planta donc enfia son éteudard: qu'une concurrence sérieuse s'établisse entre V^sprit philosophique de l'Université et les triuiitioiis religieuses du clergé, entre les écoles communales et l'eftseignenient central ; que toutes les forces $oeiAles se réunissent pour arracher la génération nouvelle aux illusipns dangereuses de l'esprit d'erreur et de ©ensonge. L^ salut dp Isi, société, si gravement comprôiDis par la longue lutte de la Commune, de l'Eglise' et de r^Itat, peut être affermi par le concert de ces inQueniccs c(]inservatriGe$ (il par ^eur unio;i centre, rennemi cimi^n^, 1$ socialisme.

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