‹ La commune l'église et l'état dans leurs rapports avec les classes laborieusesChapitre 44 sur 49 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Dès réronttcs h Introduire d«iui notre éyatèv des travaux publies.

En matière de travaux publics comme dans toutes leâ autres branches de radministralion, il faut s* attaquer résolument aux abus de la centralisation et proclamer ce triple principe :

\ ° Exclusion de l'État de toutes les entreprises qui peuvent s'exécuter par le concours des citoyens; 2** liberté absolue en tout ce qui n'est pas contraire à l'ordre public des associations constituées pour l'exécution oes œuvres d'utilité publique; 3** nlise en rapport de ces associations permanentes avec des administrations locales bien constituées.

Le système de l'exécution des travaux publics par l'Etat n'est plus soutenu aujourd'hui que par le parti socialiste; mais un honorable membre de l'Assemblée législative propose, avec l'assentiment d'une commis-

sion de cette Assemblée* , de faire intervenir l'Etat dans la formation des compagnies, dans la rédaction de leurs statuts, dans les bliances de leur entreprise. Nous croyons au contraire, avec un habile ingénieur*, que le choix et l'étude des lignes à exécuter, les opérations préliminaires destinées à établir les dépenses et les produite probables de chaque ligne doivent être laissés à l'initiative des compagnies. C est, en effet, le seul tooyen de décharger TEtat de toilte responsabilité, et de le mettre à Tabri dé toutes lès exigences que son initiative ne manque jamais de mettre en mouvement. C'est par là seulement qu'on évitera ce gaspillage des fonds de TEtat en travaux improductifs, qu'on a reprdché de tout temps au gouvernement fratiçais, et que le système représentatif 4end à aggraver de manière à compromettre Hfélrieiièément l'avenir de notre pays.

Le concours de l'Etat dans les entreprises dé travaux publics aU mOyèn de gouscrifitionS d'actions, de partidpation à Texêcution, à la direction, àTexploitation de ces ëtittepriseè, offrirait tous lés inconvériientfe du système dç Teiéctitidn pàt l'État, sané en offrir les avantagés.

Assurément il est difficile de eonstituer eti France, oïl les grands capitaux sotit rares et oii l'esprit d'associatioti a étéprês(Jue anéanti, des compagnies qui, à l'exemple des compagnies anglaises ou américaines, ou-

* Voy* le rapïJoi^t de M. Chàpot sur la propoèilion dô M, Dafournel relative à la conees^on des chemins de fer et autres travaux publics.

* Organisation financière et industrielle des travaux d'utiîilé publique, p. 17.

yrent des canaux» des ports, des docks, des ponts^ des chemins de fer sans demander une obole aux contribuables. Nous, dont les associations commerciales sont les plus anciennes de l'Europe; nous qui, dans un siècle où r Angleterre comptait à peine parmi les puissances connues, enrichissions l'univers du produit de nos manufactures et couvrions de nos pavillons les mers de la Chine et de llndoustan» tandis qu'à rintérienr nous donnions les premiers exemples de la navigation par lecreusementdes canaux de Briare.etdu Languedoc; dépouillés maintenant par une législation ombrageuse du principe qui nous avait mis k la tête de la civilisation de rOccident, nous ne trouvons plus en nousmêmes les ressources nécessaires, je. ne dis pas pour recouvrer ces riches comptoirs, dont un seul, celui des Indes, fondé par Colbert, rapportait annuellement jusqu'à soixante millions, mais pour unir deux départements par un chemin de fer ou par un canal de dix lieues.Tandis que la démocratie américaine et Taristocratie anglaise rivalisent d'efforts pour exciter dans les citoyens de ces deux grands Etats l'industrie, Tespril d'entreprise, qui, débarrassés de toute entrave {unfeterred)j produisent les merveilles dont nous sommes les jaloux témoins; en France, au contraire, tous les partis semblent prendre à tâche de décourager l'esprit d'association et d'attribuer au gouvernement tous les genres de monopole. C'est ainsi que sous la Restauration douze canaux formant eûsemble une ligne navigable de 2,4 48,349 mètres, furent décrétés par les chambres qui autorisèrent des transactions financières k concurrence d'une somme de 423 millions, montant des devis de la

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direction des ponts et chaussées ; Finexactitude de ces devis, acceptés sans examen, rebuta les capitalistes^qui soulevèrent dans le cours de la procédure administrative une foule de difficultés ; et grâce à Tincurie des uns, k l'incapacité des autres, au défaut d'harmonie de tous, plusieurs de ces projets sont tombés dans le. néant. C'est ainsi qu'on a vu le Gouvernement de \ 830 gaspiller des sommes considérables tantôt dans Texécution simultanée d'un canal et d'un chemin de fer sur des directions où le transport était à peine suffisant pour faire vivre une de ces voies, tantôt dans des travaux improductifs divisés entre une foule de petits ports sans mouvement et sans avenir, tantôt dans lentreprise d'une multitude de chemins de fer distribués aux localités comme appâts électoraux, et surchargés dans cette vue d'embranchements onéreux. C est ainsi qu'au moment où l'esprit d'association a paru vouloir se réveiller^ et que les compagnies ont afflué de toutes parts, on a vu le ministère et les chambres bien moins jaloux de faire aboutir les entreprises sérieuses que d'encourager l'agiotage et d'exciter une concurrence aveugle et eflFrénée entre les soumissionnaires , prononcer à tort et k travers les adjudications au rabais, dont la conséquence a été de ruiner au profit de quelques loups cerviers de la Bourse deux ou trois cent mille familles et de laisser k l'état de projet les lignes de fer les plus importantes pour le commerce intérieur et pour le transit national.

C'est ainsi enfin, qu'après la révolution de Février, le Gouvernement provisoire, marchant d'un pas plus résolu que ses devanciers dans la voie anti-sociale du

ils LÀ COMMUNE,

ndonèpolé tfe l'Ëtat, a yotilti s*etD][iarè!^ à la fiSis nonseulement des themins de fer, fnai^ des banques, des mines, des assurances, etc., et à pa^ ses folles tentatives ajouté une preilve de plus à celles qui établissaient déjà Tincapacité absolue de^ gouvernemetits dans la conception et dans la direction des travaux publics.

n est temps de sortir de rbrniêré où Tadministration de la France est engagée deirtiis quarante ans. Liberté, association, telle est ëh malîère de travaux publics, Comme en taatîère d^ëîiséîgnemerit, comme en matière de charité, là double formule d^ Pavenir.

Il ne s'agit pas plus de détrdire l'administration des Ponts-et-Chausséesquè celle de l'Université. Il ne s'agit pas d'enlever au gouvernetnènt central lès moyens de surveillance et dé police qui lui appartiennent, et dont il est temps d'user à Pégafd des grandes compagnies pour les empêche^ de tourner coiiti*e la liiàssè des citoyens les privilèges dont elle^ sont investies. Mais il faut, dans les limites des règlctoents de polife et des tarifs maxima^ rendre aux asàoèlations une liberté complète, soit pour le choix et Pétiidé dds travaux à exécuter, soii pour la conduite des eiitf éprise^, soit pour la perception des produits.

En matière de travaux publics comme en matière d'enseignement, la tùission de l'Etat doit être réduite à deux points. Il doit surveillei' les ëbm^à^ûieS à Pâide des règlements de police et suppléer à leUr înipuissance par des secours habilement mëuâgés. La lohgue durée dès concessions, la garantie d'intérêt, la èdbvention en argent, la subvention en travaux, telles sont

les formes diverses sous lesquelles son intervention s'est exercée jusqu'ici. Chacune d'elles offre des avan- . tages et des inconvénients' La plus efficace dt^ toutes peut-être serait celle qui consisterait en des, emprunts garantis par TEtat^ de te^le sorte que les pf^4vi\is nets de l'entreprise fussent eaiployé^ en pr^ioier l^u à des^ servir Tintéfêt et l'amortissement du capital yprsé par les actionn^dr^Sy et que l'excédant fût appliqué au ser- TÎce désintérêts et de Tamortissement 4^ Tepprunt garanti p^r TEtat.

Le$ , ultrà-démocr^tes entendent les chpjses autrement. Ils voudraient, dans Flntérêt des ouvrijer^, supprimer les entrepreneurs. Ce sont à leur sens des parasites, d'inutilep intermédiaires entre VEtat et les travailleurs. «. L'entrepreneur général, disent^ils *, v;i6nt soumissionner à deip rabais souvent sc^indaleux la confection de tous les travaux. Or, la plupart du temps^ cet individu est ignorant en matière de travaux publics. Ce n'est qu'un prête-nom, un intermédiaire, qui souvent même ne possède pas les capitaux nécessaires et qui est obligé de les emprunter à un taux onéreux. Par suite, pour exécuter les travaux, cet entrepreneur général est obligé d^admettre de^ sous-entrepreneurs pour chacune des spécialités qui constituent le projet général; et ces sous-entrepreneurs, étant dans une position semblable à celle de l'entrepreneur généraU ont besoin de ce qu'on appelle des

i Discours de M. Bninet dans la séance da 14 JuiUet 1848» proposition et discours de MM. Nadaud, Morellet, Bertholon de^ devant V h ssemblée li^gislati ve.

fâcherons; de sorte qu'en réalité les travaux publics sont exécutés sous la direction d'hommes peu capables, peu moraux, et qui absorbent^ aux dépens des ouvriers, la plus grande partie des bénéfices. »

Si la conclusion de ces critiques, qui ne manquent pas dune certaine vérité, était qu'il faut exiger des entrepreneurs de travaux publics plus de garanties de moralité et de solvabilité, et dégager le régime de l'entreprise de certains rouages dont on Ta inutilement compliqué, nous ne pourrions qu'y applaudir. Le plus grand fléau des entreprises de travaux publics, ce sont les compagnies d'agioteurs. Ge qu'il faudrait exiger avant tout, ce serait qu'aucune proposition de concession ne fût soumise à l'Assemblée nationale qu'autant qu'elle serait appuyée d'une soumission en règle faite par une compagnie sérieuse à la suite d'une étude consciencieuse des tracés, et d'une appréciation exacte des recettes et des dépenses, et accompagnée de la liste des fondateurs, de l'acte de société» de la liste des actionnaires, des plans d'étude, nivellements, devis et autres pièces tendant à justifier de tous les éléments de l'entreprise.

Des compagnies ainsi constituées et qui, à l'exemple des compagnies anglaises, organiseront dans leur sein des ateliers de terrassiers, de maçons, de charpentiers, entreprenant certaines parties de travaux, puis de simples ouvriers travaillant à la journée ou à la tâche, de telles compagnies offriront plus de garanties àl'État, imprimeront aux travaux uue meilleure impulsion et Viendront mieux en aide aux classes laborieuses que les associations ouvrières, inventées par le socialisme

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LÉGUSE ET LÉTAT. 181

<c Le système de Tentreprise, dît M. Léon Faucher, dans son rapport sur k proposition de MM. Nadaud et Morellety n'est pas certes à Tabri des critiques , et ne nous parait pas Tid^al en matièrede travaux publics ; mais», comparé à cette ébauche informe d'organisation que l'on appelle aujourd'hui rassociatiandes ouvriers, il présente plusieurs avantage^. L'entreprise donne, seule des garanties à TÉtat ; car Tentrepreneur e§t responsable dans sa fortune, dans son crédit, dans sa considération. L'£tat peut lui demander compté à toute heure de ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas; s'il n'exécute pas ou s'il exécute mal lé tonir9X d'adjudication, le recours est prompt et facile. Les travaux marchent avec ensemble, grâce à Tunité d'impulsion qui y ; préside ; l'État n'a plus qu'à indiquer la distribution et la durée des travaux ; car il y a quelqu'un qui appelle, rassemble et choisit les ouvriers, qui répond du . complet et de la bonne tenue des chantiers, qui fournit et répare le matériel, qui commande et dirige les officiers, de cette armée industrielle, qui anime tout de son intérêt et de sia présence.

« On reconnaît que les associations d'ouvriers ont un champ d'opération très-limité ; qu'elles ne peuvent aborder que des travaux dans lesquels la main-d'œuvre est facile, sans mélange, et qui ne sont pas trop étendus. Il convient d'ajouter que, même dans ces circonsjtances, en faisant aux associations d'ouvriers un traitement de faveur, en mesurant le vent à ces ùouv^u-nés de l'industrie, on n'obtiendra pas encoretine solution très-sa-. tisfaisante. Les travaux manqueroot toujours de direction; l'exécution et la durée de l'exécution seront éga- ;

18C| LA COMMUlfE,

lemè&t iûcertaiaeii ; rfitat n'aura pas de garantiee , car la respOH^Mlité^ en se divisant « s^effaee ; la mobilité dn personnel, à laquelle Tentrepreneordoit pai'er dans le eystème ordinaire, troublera directement lorganisalion des traTaux, compliquera la comptabilité des in-* génieum» et établira lanarehie en permanence snr les cbantierSi Ce défaut de lien|^ d'intelligence et d*expé«« rience se fera sentir à chaque coup de pioche. L'État subira tous les inconrénientset n'aura pas les avantages des travaux exécutés en régie&

« Le véritable jprogrès pour l'ouvrier dans les travaux publics^ c'est le tnarchandagè» Lorsqu'il se ren-^ eon^e des terraésiets éprouvés^ des maçons habiles ou des charpentiers btelligetits i ils peuvent se concerter h dix ou vingt pour entfepteàdre à forfait un lot d'une faible importance* Dans ces cas-là, qui ne sont pas rares, un groupe d'ouvriers fait office de tâcherons. L'ouvrier €[ui réussit et qui épargne peut, avec le temps , lâonter plus haut et se classer parmi les instructeurs du travsûh Yoilà le chemin naturel que suivent la bonne conduite et Tintelligence. Une bonne organisation du travail ne supprimera pas les degrés intermédiaires, elle se bohiera à les simplifier et à les rendre accessibles; c*est à chacun ensuite à couquérir le rang auquel il a d>oit< »

L'épreuve faite par le décret de l'Assemblée constituante du 8 juillet 4848| du système des associatioiis ouvrières, a confiffné ces considérations. La eoitlfiiissien de j l'Assemblée nationale , chargée d'examiner remploi du crédit de trois millions qui devait être réparti entre les associations d'ouvriers ou de patrons et

d'oiwrierg, a constaté toHt ce qu'il y a de faux et d'im'poifisant dans Vidée de remplacer les entrepreneurs par des collections d'ouvriers qui, dépourvus des capitaux, des lumières et des qualités nécessaires k Tadministra*-^ lion S ïie pouvaient se soutenir qu'au moyen de subventions ruineuses du trésor public et d'un entourage ad* ministratif nombreux et compliqué.

« Jusqu'à ce jour, dit le rapporteur de la commission^, un capital de 4 ,789,000 fr. a été appliqué par le ministère du commerce aux associations ouvrières.

« Ce capital a été réparti entre cinquante associations, savoir : trente associations établies à Paris et vingt associations établies dans les départements.

«c Les trente associations de Paris ont reçu 760,00^ fr,

a Le montant des prix actuellement payés donne par tête d'associé 1,754 fr. 15 cent.

t Si les trente associations reçoivent la part qui leur

^ Dans toute entreprise, il s^agit d^appréoler convenablement Timportance de tel «produit, le besoin qu^on en aura, )e moyen de production; il s>git de mettre en jeu quelquefois un trèsgrand nombre dUndividus ; U faut acheter ou faire acheter des matières premières, réunir des ouvriers, chercher des consom mateurs, avoir un esprit d^ordre et d^économie, en un mot le talent (l'administrer. Il faut avoir une tête habituée au oalcult qui puisse comparer la valeur de la production avec la valeur que le produit aura lorsqu'il sera mis en vente. Dans le cours de tant d'opérations, il y a des obstacles à surmonter, des inquiétudes à vaincre, des malheurs à réparer, des eipédients à inven* ter. Les personnes chei qui ces qualités nécessaires ne $e trouvent pas réunies font des entreprises avec peu de succès* (TVatf^ d'écqnomie politiqu^f Jean- Baptiste Say, t. II, p. 84.)

* Voy, le rapport de M. Lefébure-Duruflé déposé dans la séance de TA-ssemblée législative du 4 février 4850.

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est destinée dans le crédit depiandépar une loi qui vous . est soumise, la somme totale des prêts qui leur seront faits s'élèvera à 8Î5,000 francs, ce qui portera la moyenne, par tête d'associé, k 2,017 fr. 28 cent.

« Onze associations paraissent en bénéfices d'après leurs inventaires non contrôlés.

« Seize ont éprouvé des pertes, dont pltisieurs ne sont pas assez graves pour ne 'point être réparées pur un travail assidu, de l'harmonie et de 1 ordre.

• « Quant aux trois dernières, elles sont en déconfiture complète.....

a Sur un assez graind nombre d'inventaires, les associés figurent au passif comme créanciers de leur propre Société, par suite d'une retenue volontaire, dont plusieurs associations ont cru devoir fapper leurs salaires quotidiens ou mensuels.

« L'efi'et de ces retenues est de réduire actuellement les ouvriers associés. à un taux inférieur à celui qu'obtiennent les autres ouvriers de leur profession.. . »

Ainsi, le double résultat obtenu jusqu'ici des associations ouvrières a été d'une part le gaspillage des fonds de l'Etat, de l'autre l'abaissement des salaires des ouvriers, tandis qu'il est certain, au contraire, que . les grands travaux entrepris par Içs communes, les départements et l'Etat sous l'empire des anciens principes déterminent presque constamment une hausse considérable et soudaine de la main-d'œuvre.

Joignez à cela l'inconvénient des complications ad-

• minislratives dont il a falhi environner lés associations subventionnées pour les faire marcher avec quelque sécurité pour elles-mêmes et pour l'Etat.

« Au sommet, dit le rapporteur, se présente la haute protection du ministre de Vagriculture et du commerce ; immédiatement après arrive le conseil d'encoipragementf subdivisé en un conseil permanent de patronage et de surveillance ; puis viennent trois inspecteurs aux appointements de 4,000 francs chacun pour inspecter à Paris et dans la banlieue 27 associations, représentant ensemble un capital de 74 7,000 francs I a Enfin, au ministère des finances, nous trouvons l'indispensable intervention de Vagentdu contentieux^ et cela sans préjudice pour les associations des départements de la tutelle des préfets et du concours des membres des Chambres de commerce ou autres agents délégués pour remplir les fonctions d'inspecteurs.

a Nous comprenons très-bien que ce luxe de direction et de patronage pourrait, sans s accroître, s'étendre sur de plus nombreuses associations ; mais cependant il nous a semblé qu'il ne serait pas sans fruit dans cette question d'attirer vos regards sur toute cette complication administrative dont chaque rouage peut réclamer sa part d utilité.

<c Maintenant, que votre pensée se reporte sur ce qu'il adviendrait d'un pays dont l'industrie tout entière serait convertie en associations régies par voie d'administration gouvernementale. Cet excès d'ordre ne finirait-il pas par engendrer un chaos fait pour confondre la raison humaine? Ce ne serait pourtant qu'une bien petite partie d'un gouvernement socialiste complet? »

L'idéal d'un bon gouvernement repose, comme le fait observer M. Macaulay, sur un principe diamétrale-

ment apposé^ e'est'-Mîre sur la libre ei^paBsiou 4es facultés de l'homme sous lasurveillauoedes lois. « Toute science expérimentale tend vers la perfection i tout être humain tend h améliorer sa condition. Ces deux prinr cipes ont souvent suffi, même lorsqu'ils ont été contrariés par de grandes cc^lamités publiques ou par de mauvaises institutions» pour faire progresser rapider ment la civilisation ; les événements malheureux, les vices de gouvernement n'auront jamais, pour rendre une nation misérable, autant d'influence qu en auront, pour la rendre prospère, le progrès continuel des connaissances physiques et le travail constant de chaque membre de la société ppur améliorer son sort. Il est souvent arriyé que la profusion des dépenses^ le poids ()es taxes les plus lourdes, Tabsurdité des restrictions commerciales, la corruption des tribunaux, les désastres de la guerre, les séditions, les persécutions, les incendies, les inondations, n'ont pu détruire le capits^l i^ussi rapidement que les efforts des citoyens parveni^ei^t kk créer. »

Les faits confirment ce raisonnement; les causes du progrès ou do la décadence des nations résident moins dans leur constitution politique que dans leur organisation administrative; même sous la monarchie absolue, la France, mattres&e de ses mouvements industriels et commerciaux, balançait la puissance anglaise et l'emportait môme sur elle. Vers la fin du XVII' siècle ses colonies n'étaient ni moins étendues ni moins prospères; ses manufactures étaient égales, sinon supérieures; ses travaux publics, ses monuments, l'emportaient de beaucoup sur ceux de sa rivale. Il [en est tout

L'ÉGLWi ET L'ÉTAT. IW

aiitrement aujourd'hui; or, cI*q& ^ieuUa prédomiu^iiee que r Angleterre a acquise, fiiuoQ des libres efforts qu4l lui a été douué de faire pour développer sou éuepgie^ son intelligence , son activité dans les entrepriisièg qu'elle a poursuivies sur tous les points du globe, tandis que la France, abdiquant ses tradition%d'iadépea^ dance, se mettait à la lisière eiitre les mains de son gouvernement et en faisait l'entrepreaeur et le directeur de toutes les œuvres» de toutes les transacUoius' aecomplies dans le pays?

Sachons donc enfin i^ous débarrasser k la fois du socialisme démocratique et de la eeptralisation adminisr trative qui en est la source. Réhabilitons, encoura*geons, développons sous toutes les formes ce grand principe d'association auquel le monde du moyen-àge a dû les merveilles industrielles des républiques italiennes, et auquel le monde moderne doit les progrès industriels et commerciaux de TAugleterre, des Etats- Unis, de la Belgique et de la Hollande.

Il ne suffit pas d'affranchir des entraves qui gênent leur essor les grandes associations ; il faut les combir ner avec un large système de françhijiea communales et départementales. La coopération 4^ administrations locales aux entreprises publiques n'est soumise à aucun principe fixe; elle est nulle en tout c^ qui touche à l'administration des bois ; inefficace en ce qui concerne la direction des cours d'eau, mal organisée quant au classement et k Tentretien des voies de communication, à la construction des édifices ; ce qui nuit le plus aux travaux publics, cest Vexcès de la centralisation du corps des ponts et chaussées, c'est Tabsence de tous

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rapports sérieux entre les ingénieurs et les conseils généraux, qui n'examinent qu*en courant et pour la forme les propositions relatives à la confection des travaux et à la répartition des fonds.

L'institution des conseils locaux appelés dans certains cas à« contrôler les dépenses des ingénieurs est une institution insuffisante, mais elle rend hommage au principe, et donne l'idée de ce que pourraient devenir des commissions permanentes de travaux publics fonctionnant comme auxiliaires des préfets dans Tintervalle des sessions, et coopérant au choix des ingénieurs et des voyers, aux traités à passer pour acquisitions de terrains, aux constructions et aux rectifications des routes, et en général à toutes les mesures concernant les travaux publics.

Le conseil des bâtiments civils, institution parallèle au corps des ponts-et-chaussées, appelle d'une manière non moins impérieuse la décentralisation.

On conçoit jusqu'à un certain point, qu'à l'égard des édifices nationaux le contrôle d'un conseil central intervienne dans toutes les mesures de constructions ou de réparations; mais notre législation, quoique hérissée sous ce rapport de textes confus et contradictoires, reconnaît des propriétés communales et départementales, entre autres les édifices du culte, les hôtelsde-ville ou de préfecture, les établissements de bienfaisance et d'instruction publique! Or, chacun de ces édifices ne peut donner lieu au moindre travail sans que le conseil des bâtiments [civils soit chargé d'examiner les plans, les devis et en général tous les détails d'exécution et sans que la lutte s'engage entre Far-

chitecte du département et les architectes de Paris.

Ces abus ne peuvent cesser que par Tintervention directe des conseils généraux, par des commissions permanentes dans la direction des travaux publics.

Pour imprimer une direction à ces travaux que les fréquents chômages de l'industrie manufacturière tendent à convertir souvent en œuvres de charité , il ne s'agit certes de détruire ni [l'Ecole Polytechnique, ni l'administration centrale des ponts-et-chaussées ; mais il sagit de ranimer la vie, l'action des localités.

Nos chemins, nos cours d'eau, nos canaux^, nos landes offrent de tous côtés d'immenses ressources de travail, que l'imperfection de notre système administratif empêche seule d'utiliser.

Si les communes, si les départements étaient affranchis de cette tutelle bureaucratique. qui ne permet pas de réparer un édifice public ou de«dresser un plan d'alignement sans passer par la filière du maire, du souspréfet, du préfet, du ministre, du conseil des bâtiments civils^ du conseil d'Etat; s'il était loisible aux localités d'ouvrir et de réparer des chemins, de construire des ponts et des édifices, il ne serait pas nécessaire de décréter le droit au travail , le travail affluerait partout et serait partout productif. Les défrichements, les reboisements , les endiguements, les routes , les ponts, les canaux attireraient des travailleurs sur tous les points du territoire, et nous ne serions pas exposés à voir nos campagnes mourir d'étisie, tandis que nos villes meurent de pléthore^.

^ Un eiemple cité par M. Michel Chevalier dans son livre sur

La bureaucratie compliquée, minutieuse, puperassière est le 9éai) des tjravaux publics et des classes laborieuses, ^

la liberté des Ëtats-Unis d^Amériqae, p. 4 6, ren4 cette Térité saisissante :

«t Voici un propriétaire qui est riverain d^nn cours d^ean non flottal)le ni navigable -, il veut y établir un barrage, afin d^en détourner une partie sur son terrain. En Amérique U le peut çani avoir un mot à dire, un signe à faire h une autorité quelcoQqne. Supposons cependfint quUl y ait une permission à obtenir, ce sera dans la commune, tout au plus au cbef-lieu du comté, qui a à peine la grandeur d'un de nos arrondissements. La question se videra entre le propriétaire et un conseil municipal ou ,nn magistrat du comté. En cas de difficulté, il irait devant le tribunal ; dans le cas où Tautorité compétente opposerait une excessive lenteur, ce qu'on peut considérer comme un déni de justice, elle y pourrait être amenée de même. Chez nous il faut mettre en mouvement une mécanique qui comprend boit fonctionnaires (Jivers, le maire, le sousrpréfet, le préfet et ses bureaux, Tingénieur ordinaire des ponts et chaussées, Tingénieur en cbef, le ministre des travaux publics, le conseil d'Ëtat, le chef de TEtat. Il faut une enquête solennelle, non, il en faut deux. Il y a un formulaire minutieux auquel il ne faut pas manquer; si on ne Tobservo pas, ou si Ton ne s^y conforme dans le sens qu^maginera le chef du bureau à Paris, le dossier retourne à son point de départ, en décrivant le même circuit. Contre finatteption pu |i( paresse d'un maire, nul recours. Il lui platt de conserver un dossier six mois, un an, tant pis pour vous. Il est connu qu'une petite affaire de ce genre ne dure jamais moins de plusieurs années, et remarquez que je vous parle d^un cours d^eau qui ne soit ni flottable ni navigable. Je connais un propriétaire qui fit sa demande au mois de mars 4844; au mois d'août 4848 il a

reçu l'autorisation, croyez-vous? Non pas, l'ordre de payer

au receveur de l'enregistrement le somme de 468 fr. pour les frais encourus jusqu'à ce jour. L'autorisation viendra quelque jour à ses enfants, non sans de nouveaux frais. La surface à ar-

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Rappelons-nous les efforts tentés en vain depuis si longtemps pour endiguer les fleuves et les rivières qui dévastent le pays au lieu de le fertiliser.

Rappelons-nous Tétat misérable de nos chemins vicinaux, l'imperfection de nos routes, Tinsuffisance de nos chemins de fer.

Rappelons-nous les erreurs journalières de ce conseil des bâtiments civils à qui Ton a donné le monopole de la truelle^ et qui construit sur tous les points du territoire des édifices publics avec une telle connaissance des lieux qu'il lui est arrivé de mettre au second étage 9k porte cochère d'une maison.

Le seul moyen de remédier à ce triste état de choses, c'est d'enlever la direction exclusive des travaux publics k ces administrateurs de passage qui ont k peine le temps de jeter un coup d'œil rapide sur les déparlements qu'ils traversent ; c est d'associer k ces travaux les élus des localités, c'est en un mot d'étendre et de régulariser dans chaque départemeùt un conseil de travaux publics analogue au conseil académique créé en matière d'instruction publique, et qui fasse refluer sur tous les points du territoire le travail, ce puissant moyen de civilisation et de paix.

roser n'wt pas de denx hectares 5 combien d^années faudra-t-U pour qae le produit de l'arresage compense au propriétaire sa dépense et ses ennuis !

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