CHAPITRE L
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(Liberté, Association.)
La Constitution garantit aux citoyens la liberté du travail et de l'industrie. La conquête précieuse de 1 789 est irrévocablement maintenue. Personne ne songe à rétablir cet ancien système des maîtrises qui n'avait pas seulement, comme le remarque M. Yillermé S Tinconvénient d'entraver Tindustrie, de s'opposer à ses progrès, d en donner le monopole k quelques-uns» mais encore d'empêcher les ouvriers de travailler pour leur propre compte, et de les sacrifier aux intérêts des maîtres, ainsi que les consommateurs, c'est-à-dire le
^ Deê Associalions ouvrières^ chap. ii.
public, qui se procurait plus difficilement et payait plus cher tous les produits dont il avait besoin.
Qu'au treizième siècle^ dans l'enfance de la soeiéié française, nul ne fût exerùer une industrie suni aw>ir empêtré lou congié du Roi et du prévost des mar-^ chands et sans avoir prouvé qu'il sache faire le mé^ tier et qu'il ait de coi, on ne doit pas s'en étonner. Les règlen^entë dé0.àrts et métiers rédigés j^ar Etienne Boileau, le célèbre prév6t des marchands de Saint- Louis, eofitstateat un progrès relatif pour cette époque> L'ouvrier passe de l'état de servage à l'état libre. Il dépend moins d'autrui, plus de lui-même. Il a à compter désormais avec sa Consdence et sa liberté. Il trouve d'ailleurs dans la confrérie, dont il est tenu de faire partie, une sorte d'équivalent de la protection féodale. « Il reste trois ans apprenti chez un, maître sans chan- « ger, sous peine de recommencer l'apprentissage. « Puis il devient compagnon, qu'on appelait ancienne- « ment bachelier, c'est-à-dire prétendant et aspirant à « la maîtrise; et ayant été encore trois atis compagnon « chez les maîtres, il peut être reçu maître, après avoir « fait épreuve publique de sa suffisance qu on appelle « chef-d'œuvre et par icelui être trouvé capable. » (LoYSEAU, des Ordres du Tiers-Etat, ch. 8.)
Les corps d'arts et métiers constitués d'après ces bases avaient d'incontestables avantages. Nul ne pouvait être reçu maître qui ne sût son métier. La loyauté et la perfection des produits étaient garanties; la discipline morale était sévèrement maintenue ; les amendes infligées aux délinquants tournaient au profit des pauvres ; des caisses de secours mutuels et dé retraites
L'ÉGLKB ET L'ÉTAT. S
pour les Tieillardi étaient établies dans (Chaque cob«frérie et alimentées en outré pmr les subventions dos corps religieux.
Malheureusement l'esprit de fiscalité et de privilège altéra insensiblement cette belle organisation. Les roiis de France devinrent marchands de titres de mattriscs^ De là des exactions et des tyrannies odieuses^ Chaque corporation se rendait presque inaccessible par les restrictions et les privilèges dont elle s'entourait. L'industrie était devenue un réseau de monopoles; La production en souffrait ; le capital ne s'y formait qu'en très-petite quantité ; le crédit y était presque nul, et le gouveriiement, les traitants et les privilégiés se partageaient tous les avantages d'un ordre de choses qui 6td)sistait au prix du labetir infructueux des ouvriers.
Ces abus auxquels Henri II avait cherché à iremédier par l'édit de 4 553, et qu'aggravèrent au contraire ledit fiscal de 4 584 et l'édit plus tyrannique encore de 4 597, ces abus furent attaqués avec une grande force par Robert Miron , prévôt des marchands dans les Étatsgénéraux de*464 4, et déterminèrent deux siècles après la réforme industrielle commencée par l'édit de Turgot de 47T6, continuée par Necker, et terminée en 4794 par l'Assemblée constituante.
Le principe fondamental de cette réforme, la liberté du travail, est un principe désormais acquis et irrévocable. Gardons-nous d'y porter aucune atteinte soit directe, soit indirecte.
Loin de nous donc le socialisme et ses formules diverses. Loin de nous l'intervention de l'État dans la quiration des salaires et des heures de travail. Les espé-
rances qae les ouvriers fondent snr la dictature du gouvernement en matière industrielle soAt évidemment chimériques. Il faut que les ouvriers renoncent à ces préoccupations. Il faut que les membres de rAssemblée nationale cessent de se faire les éditeurs de toutes ces prétendues réformes qui se résument toutes dans ridée fausse etilangereuse de l'intervention du gouver^ nement dans les contrats industriels.
c Eh quoi, s'écrie à ce sujet un économiste, on nous dit que nous serons un peuple libre, et il faudra qae nous prenions, dans chacune de nos transactions relatives au travail, Tattache du gouvernement 1 C'est l'autorité qui toujours stipulera pour nous» qui nous imposera des maximum , des minimum I Elle plantera des piquets devant et derrière nous, k notre droite et à notre gauche, et nous nous croirons libres I Elle réglera tout ce qui concerne l'ouvrier, sans regarder si le chef d'industrie le peut, si cela convient k louvrier qui a du feu sacré, qui ressent la généreuse ambition de s'élever par son travail, ou d'acquérir plus de bien-être pour sa femme et se§ enfants I Sous prétexte de protéger l'ouvrier, on lui interdira le chemin qui pourrait le conduire à la propriété! 11 voudra travailler onze heures, ce sera un délit; il voudra entreprendre à la pièce, il ne le pourra pas 1 Quelques-uns de ses camarades le choisiront pour chef afin de faire sous sa- direction rétribuée une petite entreprise, ils n'en aurontpas le droit, eux définitivement émancipés, eux souverlunsl Ehl comme dit M. de Lamartine, si dans toutes les transactions matérielles de l'homme le gouvernement se substitue à lui, que ne lui signifie-t-il
qu'on pensera pour lui de mêmey et qu*il devient machine de tout point? Je conçois cette prétention de Ta part de Manco-Capac à l'égard des Péruviens, de la part des jésuites envers leurs novices du Paraguay. Dans la République française, elle me confond et m'indigne. »
La formule vague, indéterminée de Vorganisation du travail implique dans la pensée de toutes les écoles socialistes la suppression du grand principe de liberté et de concurrence fondé par les législateurs de 4789. Cette formule implique même, par voie de conséquence, la négation plus ou moins directe du droit de propriété. Et voilà pourquoi le socialisme est énergiquement réprouvé par tous les hommes éclairés qui comprennent qu'en dehors de la triple formule : Propriété, liberté, concurrence, le principe d'association est infécond ou dangereux.
Je ne me propose pas d'examiner un à un tous ces systèmes socialistes qui sous des formes diverses procèdent tous d'une idée commune : la guerre au capital et à la liberté humaine. Je me bornerai à en résumer les principaux caractères.
Celui d'entre eux qui a eu sous le Gouvernement provisoire les honneurs bien immérités d'une expérience officielle, le système des ateliers sociaux ou na-tionaux, ne compte plus, grâce au ciel, un seul partisan parmi les ouvriers. Tous ont fini par comprendre que l'égalité des salaires, que la suppression de toute concurrence dans l'atelier ne tendaient à rien moins qu'à tarir les sources de l'émulation et par conséquent du travail, et à créer, sou$ les apparences d'une fausse