U COMMUNE
égalité et d'une fausse fraternité, Taristocratie des fai-néants, des émeutiers et des pillards. Que M. Louis Blanc cherche àfaseiner les ouvriers anglais, libre'àlui ; en France, sa théorie est irrévocablement condamnée.
Les utopies du communisme fraternel ou égalitaire ne nous arrêteront pas plus longtemps que la théorie des ateliers nationaux. Ces audacieuses négations de la propriété et de la Camille qui reposent évidemment sur le principe d'hérédité, ces provocations au partage ég<il aupropêriionml aux besoins des fruits du travail d^autrui soqt tout à la ibis i^ne iniquité si monstrueuse et une in^poasifaiiité si manifeste, qu'on a peine à conee^ vûir eomment de pareils principes ont pu être sériea*» sèment professés, et comment il a pu se trouver de pauvres ouvriers assez insensés pour croire à leur réalisation, et pour aller, sur la foi des espérances les phis chimériques, chercher la mort en Icarie sur les pas de M. Gahet.
Lçs rêveries phalanstériennes sont restées à Télat d'utopie. L'Assemblée constituante a entendu trois heures durant le lourd manifeste du chef actuel de Fécole de Fourrier, mais n'a voula ni doter ni encourager ses expériences. L'Assemblée législative ne sera certainement pas mieux disposée en faveur d'un système dont les preneurs les plus ardents doivent être eux-mêmes fort découragés par l'insuceès de leur tentative démagogique, Fourrier est assurément un critique supérieur, son* idée fondamentale est la nôtre, c'est celle de Tassoeiation. Nous approuvons sa formule de la répartition des produits sur la triple base du capital, du travail et du talent; mais nous condamnons hautement son
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système d'attfo^^tipa^mfmWItf» qui^méconaaissant la portée de cette parole des livrei» saints : Tu irwaitteras à la sueur de ton front, porte en germe la négation de la discipline, de l'obéissance, de Tordre, de la morale, de tout ce qui conserve et fait progresser les sociétés.
L'Assemblée constituante ne s'est pas bornée à pro* scrire les utopies communistes on phalanstériennes, elle a fait une éclatante justice de principes non moins faux, quoiqu'^en apparence plus réalisables. Elle a refusé d'wtoriser les tentatives d'accaparement par l'État de plusieiivs branches d'industrie, des chemins de fer, des canaux, des banques, des assur^tnees. Slle aurait dû fiûre BU pi|s de plus, et abroger ks décrets des S et â 4 mars sur la réduction des l^eures de travail et sur l'abo- Ution du marchandage.
On a beau faire, la main-d'ceuvre est une marchandise dont la valeur se règle comme celle de toute autre par le rapport entre le capital disponible et la quantité des ouvriers qui se présentent. La loi de Toffre est une loi inéluctable ; les coalitions les plus formidables vien- • dront tûpjonrs échouer contre lïnsuffisance relative du eapital, que ees coalitions tendent à réduire, Idn de l'augmenter.
Or, qtt'arrivera-t*il si les salaires augmentent tan^ dis ^e le capital décroîtra ? C'est que les frais de production s'élevant, la consommation se resserrera soit à 1 intérieur, soit surtout à l'étranger, que la production suivra forcément le même sens, et qu'il y aura dès-lors moins d'ouvriers occupéSé Voudra-t-on remédier à ce mal ^ créant des ateliers nationaux, une taxe des pauvres, une liste civile des travailleurs'? Il feudre
écraser de nouveaux impôts les contribuables, c'est-àdire diminuer d'autant le capital national. Tout ceri nous ramène à cette conséquence forcée que laugmentation des salaires ne peut être décrétée ni d'une manière directe ni indirectement par la fixation des beores de travail. Dans un pays libre, la première, la plus vitale des libertés est celle qui consiste k débattre entre le mattre et l'ouvrier les conditions du loyer du capital et du salaire du travailleur sans Tintervention de la police. Que l'autorité intervienne pour faire accepter par l'ouvrier^ dans un double intérêt de moralité et d'hygiène publiques, le repos du jour du dimanche, rien de mieux. L'honorable ministre des travaux publics a pris sur ce point une louable initiative pour les travs^ux de l'État. Cette initiative doit être encouragée et étendue. La loi du \ 8 novembre 1 81 4, qui interdit tout travail public le dimanche, doit être remise en vigueur dans l'intérêt de la classe ouvrière. Les lois anglaises et américaines vont bien plus loin, car elles prescrivent sous des peines sévères de s'abstenir de tout travail, même de tout plaisir, et sous peine d'une amende applicable aux pauvres. Nos mœurs sont trop relâchées ponr des dispositions aussi sévères ; mais il est temps de faire cesser le spectacle impie et désordonné de ces populations ouvrières qui, tout en rendant hommage à la nécessité absolue d un jour de repos par semaine, vont s enivrer le lundi aux barrières après avoir passé le dimanche dans leurs ateliers. Puisqu'un jour de repos sur sept est indispensable à l'homme qui travaille, faisons le dimanche au nom de l'hygiène, si ce n'est au nom de la religion, mais n'empêchons pas louvrier adulte de travailler les
autres jours aussi longtemps que cela lui platt. Les bons ouvriers, c'est un fait notoire, ont refusé d'observer le décret rendu le 2 mars par le Gouvemement provisoire, et ont donné par là une leçon au législateur.
Le même décret abolit le marchandage, et un autre décret du 24 mars sanctionne Tabolition en ces termes : Toute exploitation de l'ouvrier par la voie de marchandage sera punie d'une amende debO à ^ 00 fr. pour la première fois, de 4 00 à 200 fr, en cas de récidive, et y s'il y avait double récidive, d^un emprisonnement qui pourrait aller de \ à Q mois. Le produit des amendes sera destiné à secourir les invalides du travail. Ces deux décrets ont pu être motivés jusqu'à un certain point par les spéculations immorales de quelques tâcherons qui ne s'interposent souvent entre le consommateur et l'ouvrier que pour les tromper Tun et l'autre ; mais ils consacrent une grave atteinte à la liberté de l'industrie. Ils sacrifient à une fausse égalité la hiérarchie nécessaire dans l'industrie comme partout. Ils ont encouragé de la part des ouvriers des prétentions exorbitantes, telles que la suppression du travail à la pièce, et par conséquent la ruine de l'émulation, source du travail; le bris des machines, ce retour violent à l'enfance de l'industrie ; l'élection des chefe par les ouvriers, cette négation de tout ordre, de toute discipline, de tout progrès industriel.
De l'ensemble de toutes ces mesures, inspirées autant par une lâche condescendance pour les passions de louvrier que par l'inintelligence de ses véritables intérêts, sont résultés des maux qui pèsent encore sur le
pays. Lé ttatail s'est arrêté partout; les fcnrtaBesIog mieux assises ont été ébranlées^ les riches se sont mi* nés» les pauvres ont manqué de tout ; et Vanéantissement du crédit» ce puissant moyen de circalation dont les dé* mocrates socialistes poursuivaient avec furie les agents sous le nom de féodalité financière, nous a fait rétrograder de six siècles dans les voies commerciales.
Le rapport que vient de publier M. Audiganne, chef du bureau de Tindustrie au ministère de l'agriculture et du commerce» fait une peinture aussi instructive que lamentable de l'influence déplorable exercée sur Tétat des classeà ouvrières par le socialisme démagogique; La production des filatures de coton et des fabriques de tulle à Lille a été réduite de moitié. Les mauufactureis d'étoffes de laine et de tapis de Turcoing et de Roubaix ont laissé huit mille ouvriers sur douse sans travaiL Les deiitelles et les toiles de batiste du Pas-de-Calais se sont arrêtées devant une baisse de près de 25 p. 4 00 . Dans le département de la Somme, 4 42,000 ouvrière employés aux industries de la laine, du coton; de la bonneterie, du velours, ont été réduits au chômage. A Rouen, Tim-^ pression et le tissage de coton, qui donnent un produit annuel de plus de 250 millions, ont subi d'afi^eux dé^ sastres. A Caen, 50,000 ouvriers qui fabriquaient de la dentelle ont été mis sur le pavé; Les ateliers debro^ derie sur tulle et sur mousseline de Saint-Quentin ont presque cessé tous leurs travaux. Reims a fermé pendant trois mois ses filatures de laine. Mulhouse à arrêté le plus grand nombre de ses métiers. Lyon n*a vécu longtemps que des commandes d'écharpes faites par le gouvernement. Les pertes de l'industrie parisienne ont
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aUdAt les kieuf dixièmes de li production ordtssîre. La perte totale pour les seuls ouvriers de l'industrie s'élève, selon M. Âudiganne» à plus de 300 millions*
Et maintenant viennent ces prétendus amis du peuple, ces aboliaseurs de la misère et du prolétariat^ nous prêcher les révolutions et la guerre au capital I les effets de leurs théories insensées sont mis à nu. €e qui a tué le crédit I ce qui Tempôche de renaître, ce n'est pas l'ébranlement d une révolution politique que tous les partis ont acceptée ou subie sans murmurer, et que l'Europe n'a pas songé un seul instant à attaquer. C'est le danger toujours imminent d une révolution sociale. C'est la terreur inspirée aux capitalistes^aux msmufoe* turiers par l'immixtion du gouvernement dans les rapports essentiellement libres entre le producteur et le consommateur, entre le maitre et l'ouvrier. C'est la menace toujours suspendue sur la tète des industriels d'une dictature qui doit avoir pour effet inévitable de tuer la confiance, le travail, la production, tous les gé* nérateurs de la richesse nationale.
Toutefois cette triple formule: propriété, liberté f ixmcurrence^ ne saurait résoudre seule le problème social. Il ne suffit pas de dire k Thomme : Travaille à tes risques et périls, et de garantir la liberté et les produits de son travail. C'est par l'association des travaux que la société peut vivre et prospérer. Écoutons Cicéron dans son Traité des devoirs : a Comme la vie^ dit-il> ne « nous a pas été donnée pour nous seuls et que nous en c devons une part à la patrie et à nos amis ; comme, « suivant les Stoïciens, toutes 1^ productions de la « terre se rapportent à notre usage, et que l'homme lui-
« m^me vit pour rhorome, afia que tous soient utiles k « tous, prenons ici la nature pour guide, mettons tous « nos avantages en commun par un échange mutuel de « services et de bienfaits, consacrons nos talents, nos « travaux , nos facultés à resserrer les nœuds de la « société humaine.» Écoutons Senèque le philosophe : € D'où dépend, dit-il, notre sûreté, si ce n'est des ser- « vic^ mutuels que nous nous rendons ? certainement « il n'y a que ce commerce de bienfaits qui rende la « vie commode, et qui nous mette en état de nous dé- « fendre contre les insultes et les invasions imprévues. « Quelle serait la condition humaine si chacun vivait « tout seul ? Autant d'hommes, autant de proies et de « victimes toutes prêtes pour les autres animaux ; un « sang très-aisé à répandre ; en un mot la faiblesse « même. C'est aussi la sociabilité qui arrête la violence « des maladies, qui fournit des secours à la vieillesse* c< qui soulage nos douleurs, qui nous donne lieu d'im- « plorer Tassistance d'autrui contre les accidents de la « fortune, et qui nous inspire du courage pour les sup- « porter. Otez la société, et vous détruisez en même « temps l'union du genre humain, d'où dépendent la « conservation et le bonheur de la vie. »
Les livres saints confirment le témoignage des philosophes. Il est écrit dans la Genèse que Thomme ne doit pas s'isoler : Vœ soK ! s'écrie l'auteur du livre de hSagesse; et VEcclésiaste : ^Le frère aidé de son frère est comme une ville forte. Voyez comme les forces se multiplient par la société et les secours mutuels : si quelqu'un est trop fort contre un seul, deux pourront lui résister. Une corde à trois cordons est difficile à
rompre.» « Qu'ils soient un comme nous sommes un, dit r£vangéliste, afin qu'ils soient tous ensemble; comm^ vous êtes en moi et moi en vou§y qu'ils soient de même un en vous. Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, Tf>
La loi d'association est une loi naturelle ; elle est dans Tordre moral ce qu'est la loi d'attraction dans Tordre matériel ; c'est par elle que la charité , ce lien des hommes sur la terre, peut fonder et maintenir son empire.
La société existe par Tassociation des travaux, et elle n'existe que pour former cette association.
Hais quel doit être le siège de Tassociation des travaux? Est-ce l'Étal? est-ce la commune? Là est toute la question.
Les socialistes (nous l'avons vu) exagèrent k des degrés^ différents les droits de l'État. L'État seul administrateur, seul, enseignant, seul producteur, seul propriétaire, seul capitaliste, tel est le rêve des plus avancés. D'autres, sans nier en principe les droits des associations secondaires, attrihuent cependant k l'État un droit de tutelle qui les annihile. Tous cherchent à nous pousser, par une pente plus ou moins rapide, vers un régime analogue à celui que Méhémet-Ali avait fondé en Egypte, et qui, fortifiant et enrichissant le gouvernement de toute la faiblesse et de toute la pauvreté des gouvernés, a sextuplé, il est vrai, le revenu total de l'État, mais a diminué d'un tiers la population, et a rendu les deux autres tiers plus misérables qu'ils ne Tétaient sous le régime desMamelucks.
H LA COMMtlNË,
Tel n'esl pA§ le monvemekit (|Qi domiùé en Fràtièè la classe ouvrière. Tandis que la partie vicieuse et turbulente de Mte classe trônait au palais du Luxem^ bourg ou peuplait les ateliers nationaux, demandant Tégalité des salaires et le ministère du progrès, rimmense majorité protestait contre le socialisme, reprenait les bannières des anciens corps de métiers, et venait déposer ses chefs-d'œuvre aux portes de l'As-»iemblée nationale i ce qu'elle demandait alors, ce qu'elle demande aujourd'hui, c'est ^ avec la liberté qui vivifie le travail, l'association qui centuple les forces du travailleur.
Deux institutions parallèles, qui ont à une autre époque rendu d'éminents services, ont fait leur temps et appellent de profondes modifications ; ce sont» d'une part, lès doctrines économiques du lmêst»'fiiire , Iat>«e9^<l95er; de Tautre, la centralisation adminis^ trative* De l'un découlent comme conséquences inévi*tt^les t la concurrencé sans frein, la production sans limites, l'antagonisme perpétuel entre les mattres et les ouvriers, l'alternative des exigences immodérées Ats travailleurs et de l'abaissement indéfini dès salaires, la transformation de chaque industrie en une arène» de chaque ville manufacturière en un foyer permanent d'émeutes» L'autre dessèche dans son germe toute vie locale et spontanée, dépeuple les campagnes, dénora*lise leurs habitants^ fait affluer dans lès grandes villes, et surtout dans la capitale, des populations nomades de fainéants et d'émeutiers, et met le paupérisme aux prises avec la force brutale. Misère, asservissement,
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dégradation des classes ouvrières : telle est la résnlUuite de ces deux systèmes combinés.
Les dangers de cette situation avaient frappé les esprits élevés, longtemps avant la révolution de Fé^ vrier. « Si les classes inférieures s'ébranlent aVant que « le christianisme ait été reconstruit dans les esprits, « l'Europe, écrivait il y a vingt ans l'abbé Gerbét, * l'Europe verra des luttes effroyables auiquelles rien « ne ressemble peut-être dans les annales du monde. »
Ces sinistres pressentiments n'ont été qm trop réa*iisés ; et nul ne peut aujourd'hui nier l'étendue du mal.
Quel est le remède? Ce n'est certainement pas la spoliation directe ou indirecte de ceux qui possèdent, ce n'est pas le communisme^ ce n'est pas Tabolition immédiate ou graduelle de la propriété. Mais ce n'est pas non plus l'égoïsme des malires et l'oppression des ouvriers.
Le socialisme est jugé. Mais est-ce à dire qu'en arrachant à ses perfides étreintes nos malheureuses classes ouvrières, nous voulons les rejeter sous les pieds des malthusiens? Est-ce à dire qu'en dehors des doctrines du laissex-faire^ laissez-passer , nous ne concevons aucun remède à la plaie du paupérisme, et qu'à défaut du droit au travail, cette prime au vagabondage et à l'émeute, le prolétaire abandonné à sa faiblesse individuelle ne doit obtenir que le droit du travail^ c'est-iidire, en cas de chômage, le droit de mourir de ^im?
Non, gardons-nous de isacrifier aux doctrines matérialistes et égoïstes du dernier siècle la théorie sublime de la charité chrétienne. A côté de la loi de fraternité qui tend à unir les cœurs, inscrivons la loi d'associa-
tion qui tend à unir les bras. Imposons la loi du travail, mais organisons en même temps les moyens de venir en aide et à ceux qui veulent travailler et à ceux qui ne le peuvent pas. Perfectionnons notre organisation industrielle sans porter atteinte k la liberté ; développons nos institutions de bienfaisance sans altérer la charité privée.
II n*y a qu*un moyen de lutter contre le socialisme, cette audacieuse négation de tout ordre social, c'est la libre expansion de Tactivité humaine à tous les degrés de Téchelle, depuis la famille jusqu'à TËtat, sous la garantie des lois protectrices des intérêts généraux ; c'est l'organisation au sein de chaque commune, sous la direction de mandataires librement élus et sous la surveillance de l'État, d'un système d'associations libres pour les progrès de l'agriculture et de l'industrie, du culte, de l'enseignement, de la bienfaisance publique.
La question de l'amélioration du sort des classes laborieuses étant étroitement liée à celle de l'affranchissement des communes, occupons-noUs avant tout des , conditions fondamentales de l'organisation communale et cantonale. Recherchons à quelles conditions une commune existe, acquiert, possède, administre, aliène, emprunte, s'impose des contributions. Déterminons les rapports de la commune et de l'Ëtat pour la police générale. Nous aurons fait un grand pas vers la solution du problème que nous nous sommes posé dans l'intérêt des classes ouvrières, quand nous aurons fixé la portée et la limite de la liberté des communes.