I . Vie de la Révérende Mère Rollat, p
La mort du Père Roger (i5 janvier 1889) délermina une crise pour la Congrégation de Nazareth. Elle fut un moment sur le point de disparaître en se fusionnant avec le Sacré-Cœur. Le danger fut conjuré par l'énergie de la Mère Rollat, dont la confiance ne se laissa jamais abattre. Le Père Roger lui avait écrit un jour: « Nazareth ne subsistera vraiment qu'après votre mort. » Cependant, à l'approche de ses derniers moments, elle se déclarait encore prête à opérer la réunion avant de mourir, si d'autres la jugeaient nécessaire. Rassurée sur ce point elle s'éteignit saintement le 20 avril 1842. La duchesse de Doudeauville lui survécut sept ans. Elle mourut le 24 janvier iS^g dans sa 85« année. C'est effectivemeat après la disparition des trois personnes qui avaient collaboré à sa fondation que la Société de Nazareth parut solidement assise. En 1 858, elle prenait pied en Galilée ; elle s'installait tout d'abord à Nazareth même, puis à Gaïffa, à Saint-Jean d'Acre, à Ghefî-Amar; en 1866 commençait l'établissement de Beyrouth, appelé à une prospérité qui n'a fait que s'affermir avec le temps. Dès i855 la maison-mère était transférée à Oullins, aux portes de Lyon. C'est dans la chapelle de cette maison que reposent les restes du Père Roger.
un épouvantail, dont certains attardés de l'anticléricalisme contemporain se servent encore à l'occasion, pour exciter les passions de la multitude. En réalité, la Congrégation ne fut rien autre chose qu'une association de piété et de charité qui offrait à ses membres un moyen de conserver leur foi et leurs mœurs. Si elle ne fut pas l'officine ténébreuse où se réglaient les affaires de l'État, il est bien vrai qu'elle eut une influence considérable dans la renaissance chrétienne de notre pays au lendemain de la Révolution. « Les anciens Ordres religieux, foyer des œuvres du passé, écrit le comte de Mun, étaient détruits ou dispersés ; les évêques et le clergé, comprimés dans i'étau administratif où les enfermait la volonté de Napoléon, en compensation de l'existence rendue, n'avaient que la liberté relative d'un ministère entravé par des règlements soupçonneux. L'initiative des laïques, qui devait être dans ce siècle si féconde pour le bien, naquit de cette situation et du besoin d'apostolat naturel à tous les hommes de foi. Dès le lendemain du Concordat la première Congrégation de jeunes gens se forma sous la direction du Père Delpuits ; ce n'était qu'un groupe de six étudiants inconnus ; ce fut le berceau de toute la vie religieuse de notre époque '. »
L'abbé Jean-Baptiste Bourdier-Delpuits était un ancien Jésuite', devenu après la suppression de la Compagnie
1. La Congrégation, i8oi-i83o, par Geoffroy de Grandmaison. Préface par M. le comte Albert de Mun. Paris, Pion, 1889. In-80, pp, xv-^og. Cet ouvrage fortement documenté est la simple et véridique histoire de la Congrégation. Nous ne disons pas qu'il fait justice des contes puérils, des niaiseries énormes dont on repaissait la crédulité populaire au sujet de la « Congrégation » entre 1820 et i83o ; ces choses-là ne se discutent pas. Mais, par le simple exposé des faits, avec pièces à l'appui, il met au point les imputations calomnieuses, les mensonges et les exagérations qui ont trouvé accueil chez des historiens sérieux, tels que Ch. Lacretelle, Capeûgue, Vaulabelle, Dareste, Vieil-Castel, etc. C'est au livre de M. de Grandmaison que sont empruntés les détails qui suivent.
2. Jean -Baptiste Bourdier-Delpuits, né en Auvergne en 1786 (?), entra dans la Compagnie de Jésus à Toulouse en lyôa. Dans un mémorial écrit de sa main, il raconte qu'il eut le bonheur de vivre plus d'une année avec le Père Jean Gayron, mort au mois de janvier i^ô/J, et vénéré