CHAPITRE III
Ravignan, d'autres encore, qui faisaient également partie de la Congrégation et à qui leurs services ou leurs vertus ont valu une notoriété plus ou moins grande '. Du jour de leur entrée au Séminaire, ils ne comptaient plus comme membres actifs de l'Association. Une fois par an seulement il y avait une sorte d'assemblée plénière à laquelle ils étaient conviés et fêtés fraternellement. Mais ils conservaient toujours le bénéfice de leur affiliation, et c'est ainsi que les ecclésiastiques figurent en proportion relativement considérable sur les catalogues de la Congrégation.
Parmi les laïques, la Congrégation compta en grand nombre des membres distingués, quelques-uns même illustres. Toutes les professions libérales, la magistrature et le barreau, l'armée, les académies, les grands corps de l'État, fournirent des recrues. Dès le début, le Père Delpuits avait donné très nettement à entendre à ses étudiants qu'ils devaient unir le travail à la piété et s'efforcer, chacun dans leur sphère, de conquérir par leur mérite les premiers rangs, non pas pour5 satisfaire la vaine gloire, mais afin d'être plus puissants pour le bien. Et puis, disait-il familièrement, « il faut montrer au monde par votre exemple que les chrétiens ne sont pas plus bêtes que les autres». Aussi, s'identifiant avec ses chers jeunes gens, il aimait à dire : « Nous avons soutenu nos examens de Droit tout à boules blanches » ; ou bien : « Nous avons plaidé d'une façon brillante et solide... Nous avons eu tant de prix à l'Ecole de Médecine... Nous sommes sortis les premiers de l'Ecole Polytechnique ou entrés les premiers à l'Ecole des Ponts et Chaussées. » 11 disait encore avec sa joyeuse humeur : « Ces gaillards-là, la Sainte Vierge les protège, elle lescouvie de son manteau 2.»
I. On troine dans le catalogue des admissions les noms de 33 évêques ou archevêques, y compris les nonces du Saint-Siège, reçus dans la Congrégation, et ceux de i^ évêques ou archevêques sortis des rangs des congréganistes.
a. Cf. La Congrégation, p. 6i.
La Congrégation ne rassembla jamais les gros bataillons dont la presse libérale effraya la crédulité populaire; mais, il ne faut pas qu'une modestie mal placée empêche de le dire, elle fut, au sens le plus complet du mot, une élite où se rencontraient, dans une même pensée de progrès moral et religieux, l'illustration de la naissance avec celle du talent et du savoir. Les noms de Mathieu et Eugène de Montmorency, d'Alexis de Noailles, de Charles de Breteuil, de Loménie, de Choiseul-Beaupré, de Béthune-Sully voisinent sur le catalogue des Congréganistes avec ceux de Monmerqué, de Laënnec, d'Augustin Cauchy, d'Hennequin, de Ponton d'Amécourt, d'Auguste et de Jules d'Haranguiers, d'Espiventde la Villeboisnet, de Sébastien Laurentie, etc.
La Congrégation était encore, si Ton peut dire, dans la période de la première enfance, quand elle eut le bonheur d'être présentée au Pape Pie Vil et de recevoir sa bénédiction. C'était le 18 décembre 1804, dernier dimanche de l'Avent. Le Souverain Pontife, qui venait de sacrer Napoléon (2 décembre), visitait ce jour-là l'église Saint-Sulpice. La Congrégation, qui comptait déjà à ce moment 193 membres, fut admise à l'audience du Saint-Père dans la chapelle des Allemands; un Congréganiste, descendant du chancelier Séguier, lui lut une adresse en latin à laquelle le Saint-Père répondit en termes particulièrement affectueux, répétant à plusieurs reprises : « Nihil mihi jucundius fuit. »
Quelques jours après, le Père Delpuits faisait remettre à Pie Vil une supplique par laquelle il sollicitait pour la Congréo-ation Auxilium Christianoriim le renouvellement et la confirmation authentique des indulgences accordées aux Congrégations de la Sainte Vierge depuis leur établissement canonique par le Pape Grégoire XIII. 11 demandait en outre, pour lui et ses successeurs légitimes, les pouvoirs nécessaires pour admettre les autres congrégations formées à l'instar de celle de Paris et unies à elle
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à participer aux mêmes privilèges ^. Cette double requête fut favorablement accueillie; quelques années plus tard, un nouvel Induit, en date du 4 juillet 1808, ajoutait encore aux indulgences déjà concédées.
La Congrégation prospéra régulièrement pendant les années qui suivirent; elle comptait bien près de 400 membres en 1809 ; ne pouvant les réunir tous ensemble, le Père Deipuits avait dû les répartir en deux sections. La police impériale, si ombrageuse pourtant, n'avait pas entravé ces réunions. Mais, du moment que Napoléon eut inauguré contre le Pape cette série d'outrages et de violences qui ne devaient prendre fin qu'à la veille de sa chute, la Congrégation ne pouvait manquer d'avoir sa part des tribulations de l'Eglise. On sait que l'empereur prétendait empêcher que le Bref d'excommunication parvînt à la connaissance du public 2. Une surveillance d'une sévérité inouïe s'exerçait pour arrêter la circulation du redoutable document. Ce furent des Gongréganistes qui l'introduisirent en France. « La Bulle fut secrètement reçue à Lyon par MM. Franchet d'Esperay et Bertrand du Coin; de là elle fut apportée à Paris par le marquis Eugène de Montmorency qui en avait caché la copie dans ses bottes, afin de déjouer les recherches des policiers^. » Bientôt elle se propagea de main en main, et les Annales de la Congrégation ne font pas difficulté d'avouer que plusieurs de ses membres furent parmi les plus ardents
1. Voir aux Pièces justificatives, n° V, le texte de cette pièce qui a une importance capitale dans l'histoire de la Congrégation et des Congrégations de la Sainte Vierge en France dans le premier tiers du xix" siècle.
2. Le Bref de Pie VII, daté de vSavone, 3o novembre i8io, fut supprimé par le Conseil d'Etat « comme contraire aux lois et à la discipline ecclésiastique ». En outre un décret parut portant que « ceux qui seront prévenus d'avoir, par des voies clandestines, provoqué, transmis ou communiqué ledit Bref, seront poursuivis devant les tribunaux comme crime {sic) tendant à troubler l'État par la guerre civile, aux termes de l'article 91 du Code des délits et peines. Titre I, chap. I*'''^ sect. II, § 3 et article io3, chapitre [«■", sect. III. » (Cité par \e Journal des Dé hais, 29 janvier 1911.)