CHAPITRE III
du Père Delpiiits, l'abbé de Braillard s'employa de son mieux à entretenir la bonne volonté de ceux qui ne se laissaient pas décourager; les registres delà Congrégation mentionnent même trois admissions nouvelles pendant les deux années qu'il en garda la direction. Mais, absorbé par les soins de sa paroisse, il se vit contraint de s'en décharger. Au mois de janvier 1812 il remit ses pouvoirs à l'abbé Legris-Duval, un des prêtres les plus recoramandables d'alors par sa charité et son zèle intelligent. Tout ce que pouvait faire le nouveau pilote, c'était de sauver la petite barque bien désemparée et terriblement menacée de sombrer sans retour. 11 y réussit à force de dévouement, et sitôt qu'une lueur de liberté religieuse se leva sur la France, les membres de l'Association, qu'on pouvait croire disparue à tout jamais, se rassemblèrent à l'appel de leur chef. La première réunion officielle eut lieu aux Missions étrangères, le lundi de Pâques, 11 avril 1814, moins d'une semaine après l'abdication de Fontainebleau. Attirés les uns par les autres, bientôt tous les anciens sans exception, hormis ceux que la mort avait moissonnés, vinrent reprendre leur place dans les rangs de la Congrégation.
Au bout de quelques mois l'abbé Legris-Duval songea à confier à d'autres mains la direction d'une œuvre qui demandait tout l'homme et à laquelle la multiplicité de ses obligations ne lui permettaient pas de se consacrer exclusivement. La Bulle Sollicitudo venait de paraître ; la Compagnie de Jésus allait se reconstituer en France ; c'est elle qui avait établi et dirigé pendant deux siècles d'innombrables congrégations de la Sainte Vierge. Il paraissait tout naturel de lui remettre celle qui avait été fondée par un ancien membre de l'Ordre. L'abbé Legris- Duval alla donc prier le Père de Clorivière d'accepter les pouvoirs et la charge qu'il ne pouvait plus exercer lui-même. On était au mois d'août 1814 ; il n'y avait pas trois semaines que le Père de Clorivière avait reçu ses premiers novices, tous anciens Pères de la Foi. L'un d'eux
était le Père Pierre Ronsin'. C'est lui que l'abbé Legris- Duval demandait pour successeur ; ils se connaissaient de longue date et étaient liés d'amitié, ayant travaillé ensemble à l'éducation du comte Sosthène de la Rochefoucauld, plus tard duc de Doudeauville. L'abbé Legris- Duval présenta lui-même le Père Ronsin aux Congréganistes assemblés, en expliquant les motifs de sa retraite. 11 gardait la direction d'une association qu'il avait organisée parallèlement à la Congrégation, sous le nom de Société des Bonnes-Œuures. Elle recrutait le plus grand nombre de ses membres parmi ceux de la Congrégation elle-même, à qui elle offrait le moyen de satisfaire leur besoin de charité et d'apostolat. Elle comprenait trois sections, celle des hôpitaux, celle des prisons et celle des Petits Savoyards^. Les deux associations, réunies dans la main de l'abbé Legris-Duval, poursuivaient des buts assez distincts pour qu'il fût expédient de donner à chacune son autonomie. Néanmoins, les associés étant les mêmes pour la plupart ici et là, la dualité de direction pouvait n'être pas sans inconvénients. Mais l'esprit de charité et le tact des directeurs surent éviter toute appa-
1. Pierre-François Ronsin, né à Soissons le 18 janvier 1771, songea d'abord, au plus fort de la tourmente révolutionnaire, à entrer chez les Trappistes réfugiés à la Val-Sainte, en Suisse. Ses devoirs de famille l'empêchèrent de mettre son dessein à exécution. Ordonné prêtre le 16 juillet 1801, par Mgr d'Aviau, il fut admis peu après dans la Société des Pères de la Foi. Il exerça les fonctions de Père spirituel et de maître des novices en même temps que celles de professeur dans les collèges de Belley et de Roanne, puis, en 1807, se retira comme ses confrères dans son diocèse d'origine. L'évèque de Soissons, Mgr Leblanc de Beaulieu, après avoir solennellement al>juré les erreurs du Jansénisme et celles de l'Église constitutionnelle, fut si touché des vertus du Père Ronsin qu'il le choisit pour directeur de sa conscience, et quand il le vit entrer dans la Compagnie de Jésus (19 juillet i8i4). il s'empressa de demander des Jésuites pour la direction de son Séminaire. Le P. Ronsin fut un ardent apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur. Il mourut à Toulouse, le 4 novembre 1846, dans la 76" année de son âge.
2. La section des hôpitaux datait des premiers jours de la Congrégation. Les jeunes gens du P. Delpuits ne demandaient qu'à se dévouer au service des pauvres malades. Le sage directeur s'efTorçait plutôt de contenir les élans d'une générosité qui pouvait leur être préjudiciable.