‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 12 sur 358 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

sans parler des collèges, ils ont fait le catéchisme à des catégories très difFérentes de personnes, aux adultes et aux vieillards aussi bien qu'aux enfants, aux soldats, aux prisonniers et jusqu'aux saltimbanques.

A l'autre extrémité de l'éloquence sacrée, ils se sont adonnés à la grande prédication, non pas toujours avec beaucoup d'éclat, peut-être avec moins de renom que d'autres, mais peut-être aussi avec plus d'utilité pratique. Le Père Lacordaire donnait une note assez juste quand il disait : « Je fais monter les auditeurs sur les confessionnaux; le Père de Ravignan les fait entrer dedans. » On aurait pu par la suite renouveler l'observation pour d'autres que pour le grand Dominicain et le grand Jésuite. Toujours est-il que, dès le lendemain du rétablissement de leur Ordre en France, on a vu les Jésuites dans toutes les chaires de quelque importance, et aucune des plus fameuses ne leur a été fermée. C'est par centaines, ou plutôt par milliers que se comptent les stations d'Avent et de Carême, les mois de Marie, les triduum, les neuvaines, les panégyriques et autres discours de circonstances solennelles qu'ils ont donnés sur tous les points du territoire. Quelques-uns ont conquis une notoriété qu'on peut bien appeler de la gloire; les noms de Mac-Carthy, de Ravignan, de Félix ont pris rang parmi les plus illustres; audessous d'eux on en pourrait citer plusieurs qui méritaient plus que leur renommée, et à qui peut-être il n'a manqué pour devenir célèbres que de se produire dans la capitale. C'est en effet une des misères de notre pays que rien, hors de Paris, ne compte ni en littérature, ni en art. L'éloquence sacrée ne fait pas exception à celte loi déplorable.

Sur le terrain de la grande prédication, il y a eu, au cours de ce siècle, pour les Jésuites français une cause d'infériorité relative qu'ils ne font pas difficulté de reconnaître; c'crit que le service des collèges a presque toujours absorbé le meilleur de leurs forces et, par là même, arrêté ])ien des talenls au moment où ils pouvaient le

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