‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 122 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

du goût de tout le monde; il est certainement du mien. Nous étions du même noviciat, lui, le Père Fontaine et moi ; mais il y était entré très jeune, dès l'âge de treize ans. J'avais été soixante ans sans le voir. Depuis le peu de temps que j'ai renouvelé ici connaissance avec lui, je n'ai vu en lui que des qualités, beaucoup de prudence et d'esprit religieux. »

Nous pouvons, sans anticiper beaucoup, suivre le vénérable vieillard jusqu'à son dernier jour ; car il était dès lors bien près de sa fin. Rentré dans la vie commune, le Père de Glorivière n'exerça plus d'autres fonctions que celle de consulteur du Supérieur Général et de Père spirituel de la communauté. Il faisait très exactement les exhortations prescrites par la règle ; sa bouche parlait alors de l'abondance du cœur, et il s'exprimait avec une chaleur et une vivacité qui ne se ressentaient en rien des glaces de l'âge. Entre temps, il donnait ses soins à une édition nouvelle des règles et constitutions des Filles du Cœur de Marie. En cette même année 1818, mourut Mlle de Cicé. La perte de celle qui avait été sa fidèle collaboratrice dans la fondation de la Société fut pour le Père de Glorivière un sujet de profonde douleur. Incapable de supporter une heure d'oisiveté, le saint vieillard avait repris un travail commencé lors de sa captivité au Temple, et que ses occupations l'avaient depuis forcé d'interrompre, le commentaire du Discours de Notre-Seigneur après la Gène. Gomme il était devenu presque complètement aveugle, un novice lui faisait la lecture du texte qu'il méditait ensuite, et le lendemain, le novice écrivait sous sa dictée. L'achèvement de ce commentaire et la revision de ce qu'il avait écrit autrefois occupèrent les derniers loisirs du Père de Glorivière; ce fut pour lui l'occasion de montrer jusqu'où il portait l'humilité. Son écriture étant assez difficile à lire, il arrivait parfois au jeune secrétaire de ne pouvoir s'y reconnaître, et la vivacité naturelle de l'auteur s'échappait en quelque mouvement d'impatience. « Alors, raconte le Père Sébastien Fouillot, il se

jetait à mes pieds comme un enfant pour me demander pardon, »

Véritablement pauvre, il n'eût pas toléré en ce qui était à son usage le moindre adoucissement au régime commun ; il fallut user d'autorité pour lui faire accejHer dans ses derniers jours les soins d'un de ses frères; toutefois il ne consentit pas à se départir de certaines habitudes d'austérité qui pourraient paraître excessives; jamais, par exemple, même dans les plus grands froids, il ne voulut avoir de feu dans sa chambre. Il avait eu toute sa vie une piété tendre et naïve ; parvenu à l'extrême vieillesse il trouvait encore dans la prière son meilleur repos. Levé en toute saison à trois heures du matin, il faisait deux heures d'oraison avant sa messe qu'il disait à cinq heures et demie. Pendant ses deux dernières années, il dut renoncer à ofïrir le Saint Sacrifice ; ce fut une privation douloureuse, dont il se dédommageait en passant plusieurs heures chaquejour en adoration devant le Saint-Sacrement. C'est dans cette attitude que, sentant sa fin prochaine, il avait souhaité mourir. Ce vœu fut exaucé. Le 9 janvier 1820, vers quatre heures du matin, comme il était, selon sa coutume, prosterné en face du tabernacle, appuyé sur la balustrade de communion, il eut une défaillance que rien ne faisait prévoir, et au bout de quelques instants il rendait le dernier soupir, entouré de ses frères et sous le regard du Divin Maître qu'il avait tant aimé et servi. Il était dans sa quatre-vingt-cinquième année.

Quelques mois après son arrivée à Paris, le Père de Grivel esquissait la physionomie du vénérable religieux dans une lettre au Père Général : « Le Père de Clorivière a dans toute la France la réputation d'être un homme de Dieu, et il la mérite; il jouit chez tous les gens de bien d'une très grande considération, et c'est une providence très particulière de Dieu d'avoir réservé jusqu'à ce temps un homme aussi respecté, pour nous donner du crédit à l'époque de notre rétablissement en France. Il a fait toute sa vie beaucoup de bien; il est austère pour lui-même, un

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