CHAPITRE IV
peu trop pour les autres, quoique très poli, fort aimable en récréation et homme d'esprit, véritablement savant, mort à tout et sans aucun respect humain. Il n'est pas possible de ne pas l'aimer et estimer. L'âge ne lui a fait perdre que fort peu de ces qualités; mais il est ardent, extrêmement vif et tient fortement à ses idées. L'âge qui l'a un peu calmé n'a pas diminué ce que j'appellerais opiniâtreté en toute autre personne moins sainte que lui. Il ne commence rien, pas môme les plus petites choses, sans invoquer Dieu par de ferventes prières; aussitôt qu'il croit en avoir été éclairé, il est inébranlable dans le parti qu'il a pris. Il ne demande que rarement conseil, parce que depuis quarante ans il a vécu à peu près seul, indépendant, et({u'il a trouvé peu de personnes capables de conseils généreux et exempts de respect humain. Il s'est ainsi formé l'habitude de se décider par lui-même '. »
Outre la tendance naturelle aux vieillards, il faut se souvenir que, seul représentant de la tradition pendant les premières années de la restauration de son Ordre, le Père de Gloriviére avait bien dû en effet décider d'ordinaire par lui-même. Au surplus, le Père de Grivel prit soin d'atténuer dans ses lettres subséquentes ce qu'une première impression lui avait représenté dans le Père de Gloriviére comme un attachement excessif à ses idées. « N'en doutez pas, écrivait-il au Père Général, il se conforme à vos intentions, car son obéissance est parfaite... 11 a l'obéissance d'un enfant. »
Une lettre du Père Varin met en relief certains traits de la physionomie de l'homme choisi par la Providence pour former la première génération des Jésuites français au dix-neuvième siècle : « Ferme et sévère, il nous a fait sentir pendant les deux années de noviciat le poids de l'autorité. Ses vivacités alors très fréquentes nous inspiraient la crainte et resserraient les cœurs, que rien d'ailleurs ne dilatait. Depuis l'époque des vœux il nous a tenus