CHAPITRE IV
dat qu'il dirait la messe le lendemain, pour connaître la volonté de Dieu et il l'engagea à en faire autant de son côté. M. des Genettes revint le lendemain, fête de la Nativité de la Sainte Vierge. — Nous ne pouvons pas vous recevoir, lui dit le Père de Glorivière. — Pourquoi ? — Ce n'est pas la volonté de Dieu. — Cependant, mon Révérend Père, voilà longtemps que cette pensée me poursuit, et il me semble que ce serait pour moi la voie de la perl'ection et du salut. — Non, il faut que vous soyez curé. — Curé ! Jamais; j'ai déjà refusé deux fois de l'être; je me suis fait prêtre pour prêcher, confesser, exercer le saint ministère en un mot, mais pas pour être curé. — C'est la volonté de Dieu. Vous serez nommé curé avant la fin de l'année. Vous refuserez et serez forcé d'accepter. Vous irez dans une paroisse où vous souffrirez beaucoup, mais où vous ferez du bien. Vous la quitterez après quelque temps pour aller dans une autre*. »
Le biographe du saint curé de Notre-Dame des Victoires a-t-il quelque peu mis du sien dans la scène et le dialogue, c'est assez probable; mais quant au fond du récit, il n'y a aucune raison d'en suspecter la véracité. Il est certain que l'abbé des Genettes fut des premiers à solliciter son admission dans la Compagnie de Jésus ; on ne s'expliquerait pas que le Père de Glorivière eût refusé un postulant de cette valeur, s'il n'eût connu par une lumière intérieure que Dieu l'appelait ailleurs.
Quoi qu'il en soit au surplus des faveurs exceptionnelles par lesquelles il aurait plu à Dieu de manifester la sainteté de son serviteur, le Père de Glorivière apparaît à tous les Jésuites français comme l'instrument providentiel de la restauration de leur famille religieuse et, par suite, comme un second fondateur de la Compagnie de Jésus en France ; et c'est assez pour que sa mémoire leur soit chère et vénérable.
I. Notice sur la vie de M, Dufriche des Genettes..., par E.-A, de Valette. Ch. VI, p. 96.
Le 28 janvier 1818, le Père Aloys Simpson prenait ofTiciellement la succession du Père de Glorivière, « avec les mêmes pouvoirs, c'est-à-dire avec les pouvoirs ordinaires que les Constitutions accordent aux Provinciaux, l'état actuel des affaires de France ne permettant pas encore le titre de Provincial' ».
Le Père Simpson était un vieillard de soixante-seize ans. Le Père de Grivel, avec qui il était revenu d'Angleterre pou auparavant, s'exprimait ainsi à son sujet dans une lettre au Père Général :
« Votre Paternité a reçu sans doute ma lettre du 12 novembre (1817). Elle y a lu le projet proposé par moi de nommer Provincial de France le Père Aloys Simpson. Je me convaincs tous les jours que le Père Simpson a le véritable esprit de la Compagnie. Il est très prudent, il voit juste, il joint un grand calme à une activité suffisante pour la place proposée. Il parle peu et bien; il a de l'affabilité et des manières engageantes, beaucoup d'instruction théologique et autre. Sa santé passerait pour très bonne, même dans un homme de cinquante ans, n'ayant d'autre infirmité que de trembler un peu des mains. » (3 janvier 1818.)
Au moment où le Père de Grivel rédigeait cette information, la nomination du Père Simpson était déjà partie de Polotsk. Nous avons vu comment il l'acueillit.Le début de sa réponse au Père Général fera mieux connaître encore l'humilité et l'obéissance du nouveau Supérieur.
« Mon Très Révérend Père, P. C. — La lettre que Votre Paternité m'a fait l'honneur de m'écrire me fut remise le 15 janvier et fut pour moi un coup de foudre. Après l'avoir lue, je me jetai aux pieds du crucifix et m'écriai : Transeat a me calix iste! J'aurais bien voulu m'arrêter à ces mots, mais il fallut ajouter : Verumtamen, non sicut