CHAPITRE IV
ego volo^ sed sicut tu. Une réponse intérieure me fut faite à l'instant : Qui non accipil crucem suam et sequitur me non est me digniis. Ce combat ainsi terminé vous assure <le mon entière soumission à vos ordres. Vous me permettrez cependant de vous dire que Votre Paternité devrait, ce me semble, être effrayée d'avoir fait un pareil choix; je le suis infiniment pour ceux qui l'ont suggéré et bien plus pour moi. Je suis à peine retourné d'Angleterre où j'ai vécu vingt-huit ans. Je ne connais plus personne en France et j'y suis inconnu à tout le monde. Ne sachant pas encore me conduire moi-même, comment pourrai-je diriger ceux qui en savent plus que moi et me sont supérieurs en tout, et cela dans un pays où nous n'avons pas même d'existence ?. . . Je m'arrête ; ce ne sont pas des plaintes que j'exhale ; c'est un cœur affligé qui s'épanche dans le sein d'un Père. Vous avez parlé, mon Père, vous me tracez une route nouvelle; j'y entre avec tout le courage que m'inspirent une grande défiance de moi-même, une entière confiance en Dieu et l'assurance que le secours de vos prières et de vos avis paternels ne me manqueront pas. » (19 janvier 1818.)
Ordre actif et militant, appelé à servir Dieu et l'Église, non dans la paix du cloître, mais sur tous les champs de l'apostolat et avec tous les moyens d'action permis au zèle sacerdotal, la Compagnie de Jésus a besoin d'hommes très affermis dans leur vocation, d'une trempe d'âme éprouvée et solide. C'est pourquoi son capital souci est de donner à ses recrues une formation intérieure aussi complète et aussi vigoureuse que possible. Tout d'abord les Constitutions prescrivent que le novice passera deux années entières dans des maisons spéciales, uniquement appliqué, en dehors de tout ce qui pourrait le distraire, y compris l'étude, aux exercices de la vie spirituelle et à l'acquisition des vertus propres de son état. C'est ce que le défaut d'organisation, le manque de personnel et de ressources ne permit pas de réaliser dans la période du début. Les sujets admis par le Père de Clorivière étaient,
en règle générale, employés immédiatement dans le service actif, et le service était lui-même absorbant au point de ne laisser que peu ou pas de loisirs pour ce qui aurait dû être la principale occupation. On s'efforçait de satisfaire le moins mal possible aux exigences de l'Institut. Dans chacun des Petits-Séminaires il y avait un Père faisant fonction de maître des novices ; le Père Loriquet à Saint-iA.cheul et le Père Gury à Forcalquier en avaient môme le titre; en même temps le noviciat existait de droit dans la maison de Paris, sous la direction du Père Roger ; le Supérieur Général veillait à ce que chacun y passât quelques mois ou du moins quelques semaines, et sur la fin de son gouvernement, le Père de Glorivière avait même réglé que personne ne serait admis aux premiers vœux sans y avoir fait la grande retraite d'un mois. G'était, pour le plus grand nombre, le temps des vacances qu'ils consacraient à cette récollection, qui n'était guère pour les reposer des fatigues de Tannée scolaire. Sur la fin de septembre 1817, le Père de Glorivière écrivait de Paris : « Nous avons eu ici réunis pendant les vacances tous les Supérieurs de nos Petits-Séminaires. Les uns ont fait la retraite d'un mois, les autres ont subi leur examen'. »
Les annales domestiques rapportent même à ce propos un détail assez caractéristique. Ges Pères, avec plusieurs autres, étaient arrivés le même jour. Rien ne semblait plus naturel que de leur laisser un peu de temps pour se reposer du voyage et se faire part les uns aux autres de leurs travaux, de leurs succès et de leurs espérances pour l'avenir. Le Père Roger voyait là une délicatesse superflue; mieux valait en faire le sacrifice. Dès le soir, il les plongeait dans le silence et la solitude de la retraite. De part et d'autre il y avait manifestement une très grande bonne volonté et beaucoup de vaillance. Il en fallait une forte dose aux disciples du Père Roger dont la rigidité ne