‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 127 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

connaissait guère de ménagements. Le local était très incommode; les novices logeaient sous les combles; ils n'avaient pour leurs récréations qu'une cour étroite, et le Père Roger exigeait qu'on y passât tout le temps prescrit par la règle, quel que fût l'état de la température.

Mais, même avec toute sa vertu, cette forte discipline ne saurait dispenser de recourir aux moyens dont l'expérience a démontré la nécessité. Le Père Général, nous l'avons dit déjà, éprouvait de sérieuses appréhensions : « Ce qui m'effraie surtout, écrivait-il au Père de Clorivière, c'est que je ne conçois pas comment des jeunes gens, surchargés de travail et distraits par leurs études, pourront se former à l'esprit de l'Institut... Que des prêtres ne fassent qu'une année de noviciat, et quelquefois même pour de bonnes raisons un peu moins, je ne le trouve pas mauvais, et saint Ignace lui-même l'a autorisé par son exemple ; mais que des jeunes gens qui ont besoin d'être consolidés dans la vertu soient privés de ces deux années que notre saint fondateur a si sagement établies, c'est ce que je ne puis approuver. » (15 décembre 1816.)

D'autres allèrent plus loin. Préoccupés de ce qui était désirable plus que de ce qui était possible, ils formulèrent contre le gouvernement du Père de Clorivière des appréciations sévères jusqu'à l'injustice. Plus équitable, le Père Brzozowski répondait aux explications du vénérable religieux : « Ne croyez pas avoir besoin d'aucune justification... Si tout dès le commencement n'a pas été entièrement conforme à notre Institut, c'est uniquement aux circonstances qu'il faut l'imputer, et il ne dépend pas des hommes de changer les circonstances. » (20 juin 1817.)

Néanmoins cet état de choses ne pouvait se prolonger sans de très graves inconvénients. Aussi moins de trois mois après, au moment de la rentrée des classes, le Père Général adressait au Père de Clorivière une sorte de mise en demeure : « Nous sommes convenus, lui écrivait-il, que le noviciat ne serait plus tronqué; ainsi le noviciat actuel n'étant composé que de sujets entrés en

1816 et en 1817, il n'en sortira personne que Tannée prochaine, excepté un ou deux prêtres. » (7 septembre 1817.)

Le Supérieur des Jésuites français n'était assurément pas sans excuse. Il pouvait invoquer la nécessité même : « Gomment, écrivait-il au Père de Grivel, aurions-nous pu retenir tous ces novices? Avec quoi les entretenir? Leur seule réunion était dangereuse et aurait attiré l'attention de la police. » (14 novembre 1816.) Néanmoins, tout compte fait, il semble bien que son administration laissa à désirer en un point dont les conséquences pouvaient être déplorables. A vrai dire, ces conséquences se faisaient déjà sentir sur la fin de 1817% Le recrutement subissait une sorte de crise; 23 candidats seulement avaient été admis dans le cours de l'année; il y avait eu 14 sorties, de sorte que l'augmentation totale sur l'année précédente se réduisait à 9 unités. Aussi le Père Général faisait-il entendre une note attristée : « En jetant les yeux sur le Gatalogue qui m'a été envoyé, je vois avec douleur que le nombre des sujets qui se présentent pour entrer dans la Compagnie diminue d'année en année. » (7 septembre 1817.)

Avec la pointe d'exagération dont il était coutumier, le Père de Grivel écrivait quelques années plus tard : « A peine sortie du tombeau, la Compagnie de Jésus aurait péri en France, si le Père Simpson n'eût apporté remède à ses maux '. »

Le nouveau Supérieur Général allait en effet se donner pour tâche de régler conformément à l'Institut et à la pratique traditionnelle tout ce qui concerne la formation des sujets. Il est juste toutefois de reconnaître que, au moment où il allait être relevé de ses fonctions, le Père de Glorivière se préoccupait sérieusement d'organiser le noviciat dans de meilleures conditions. Il avait d'abord songé à transférer à Laval le noviciat de Paris; de charitables bienfaiteurs l'y invitaient, « assurant que déjà on y avait pris

I. Societas vix nata periisset in Gallia,nisi his mails medicatus fuisset P. Simpson. (Archives. Paris.)

Page 1