‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 128 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

des moyens pour leur assurer des secours annuels^ ». L'affaire était même décidée pour le mois d'octobre 1817, lorsque le préfet de la Mayenne eut vent du projet. 11 manda le Père Tiiomas, Supérieur des missionnaires, et lui fit clairement entendre que l'étaljlissement d'un plus grand nombre de Jésuites à Laval ne serait pas vu d'un œil favorable par le gouvernement. C'est alors que l'on pensa à Montrouge, et dans sa première lettre au Père Général, le Père Simpson écrivait : « J'essaierai au printemps d'établir le noviciat à Montrouge, notre maison de campagne, à deux petites lieues de Paris; et si le gouvernement n'en prend nul ombrage, on pourra l'y laisser durant l'hiver. Si Dieu fait réussir cet arrangement, nous aurons par là même un emplacement convenable pour former à la fin de cette année une maison d'études, établissement que je désire aussi ardemment que Votre Paternité, et si nécessaire que, sans cela, tout ce qu'on a fait jusqu'ici, tout ce qu'on fait à présent doit tomber et s'anéantir. »

Cette maison de Montrouge, qui devait bientôt acquérir une si étrange célébrité, fut le premier immeuble possédé en France par la Compagnie de Jésus après son rétablissement. Le Père de Clorivière l'avait achetée en 1816, sans penser aucunement à y installer le noviciat. Voici comment il rendait compte de l'affaire au Père Général: « Nous venons de faire l'acquisition d'une maison de campagne. Elle devenait nécessaire pour la conservation des santés qui souffraient notablement dans la maison de Paris, où nous sommes renfermés sans avoir aucun espace pour prendre de l'air et de l'exercice. Cette maison est agréablement située, à trois quarts de lieue d'ici, dans le village de Montrouge, à côté de l'ancienne maison de campagne

I, Clorivière à Brzozowski, 8 octobre i8i6.

du noviciat de Paris'... Nous l'avons payée 41.000 francs, à l'aide du dépôt qu'avaient conservé les Pères de la Foi après la destruction de leurs établissements^. »

Aucun Père n'avait résidé à Montrouge pendant les deux années qui suivirent l'achat de la propriété; deux frères seulement y étaient à demeure pour garder la maison et cultiver le jardin. Le Père Simpson ayant dès son entrée en charge décidé d'y installer le noviciat, on tît à la hâte les aménagements indispensables, et, le 15 avril 1818, les novices de la rue des Postes en prirent possession sous la conduite du Père Jean-Baptiste Gury. Ils étaient au nombre de 15, dont 6 prêtres, 8 scolastiques et 1 coadjuteur. Nous trouvons sur cette liste les noms des Pères de Mac- Carthy, Fouillot, Barthès, Leleu, Le Délaizir, etc. La communauté avait à sa tête, en qualité de recteur, le Père de la Fontaine, dont il a été question plus haut^, vénérable vieillard de 79 ans qui avait appartenu à l'ancienne Compagnie. Sa présence était pour les jeunes religieux une leçon vivante de fidélité à leur vocation; mais la véritable autorité et la direction effective étaient aux

1. Clorivicre à Brzozowski, 4 j'iin i8i6. Le Père Simpson évaliie la distance à deux petites lieues ; le Père de Glorivière à trois quarts de lieue. En réalité on pouvait compter de la rue des Postes à la maison de Montrouge quatre kilomètres. L'ancienne maison de campagne du noviciat de Paris, située à Gentillj', était bien dans le voisinage mais pas précisément « à côté » de la maison de Montrouge.

a. Ce « dépôt » d'argent appartenant aux Pères delà Foi, et conservé après leur dispersion en iSo'j, sans doute par le Père Varin, prouve bien que, dans la pensée de ses membres, la Société subsistait, en attendant le jour où il lui serait possible de se réunir.

3. Jean-Baptiste Fouet de la P'onlaine né à Gany (Seine-Inférieure), le 3o mai 1739, entré au noviciat de Paris !e i3 sept. 1707, y Gt ses premiers vœux deux ans plus tard. Sitôt que la Compagnie fut rétablie en Angleterre, il s'y rendit et prononça ses derniers vœux en i8o5. Rentré en France en 18 16, il fut le premier supérieur de Montrouge (avril 1818- 17 janv. 1820). Il mourut à Paris, le 27 mars 1821, à l'âge de 82 ans.

Il semble que, à cetteépoque, on évitât, du moins chez les Jésuites, de faire précéder son nom de la particule nobiliaire, alors qu'on y avait droit. On s'appelait simplement Fontaine, Grivel, Barruel, etc.; les Pères de Bussy signaient Debiissi. Nous trouvons encore dans des documents manuscrits postérieurs à 1820, Raze ouDeraze, Ravignan, etc., pour de Raze, de Ravignan...

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