‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 130 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

solennité mémorable, les attentions délicates de l'archevêque, le panégyrique prêché par le Père de Mac-Carthy alors dans tout l'éclat de sa réputation, la joie, les espérances de tous. Le Père Général qui a été informé de tout, lui envoie des félicitations qu'il recueille précieusement comme un gage des bénédictions futures : « Qui donc, écrivait le Révérend Père Fortis, aurait osé, il y a dix ans, rêver pareille chose? Qui aurait osé prophétiser que Montrouge verrait de tels prodiges^? »

Le pieux et candide annaliste relate avec une complaisance non dissimulée les fêtes religieuses qui venaient rompre la monotonie de son cher noviciat. Mgr de Quélen les honorait volontiers de sa présence et ne marchandait pas aux Pères de Montrouge les témoignages de sa sympathie. L'année qui suivit l'inauguration de la chapelle, il vint célébrer avec eux la Saint-Ignace, assista à tous les exercices de la communauté et, en se retirant, invita pour le jour de l'Octave (7 août 1823) le Père Gury à déjeuner à sa maison de campagne « avec tous les Pères qui voudraient bien l'accompagner » {quoiquoi voluerint). Cette maison de campagne n'était autre que le château royal de Meudon que Louis XVIll mettait à la disposition de l'archevêque. Divers personnages de marque s'y trouvèrent avec les Pères, parmi lesquels le Journal mentionne l'abbé Nicole, recteur de l'Académie de Paris.

En cette même année (1823), nous y trouvons encore relatée la bénédiction solennelle de la première pierre de l'église paroissiale de Montrouge. Mgr de Quélen présida en personne la cérémonie à laquelle assistaient le préfet de la Seine, M. de Chabrol, le sous-préfet de Sceaux et d'autres notabilités, qui, en compagnie de l'archevêque, visitèrent ensuite le noviciat.

Mgr de Quélen ne bornait pas à ces démonstrations extérieures les preuves de sa bienveillance. Le Père Gury

I. « Quis anle annos docem vel excogitare quid simile potuisset? Quis in Monte Rubro hujusmodi portenta prsevidere aixt enunliare? »

raconte avec émotion comment, le premier peut-être des évêques de France, il voulut bien reconnaître comme étudiants de son Séminaire tous les jeunes clercs novices à Montrouge, leur communiquant par là même l'exemption du service militaire. D'autres fois il se chargeait de lever les obstacles provenant des règles canoniques. Un Irlandais, Guillaume Murphy, ne pouvait obtenir de son évêque la dispense nécessaire. INIgr de Quélen fut instruit du fait : « Qu'il s'incorpore à mon diocèse, dit-il au Père Gury et je vous le donne. » Sur quoi il ajoutait : « La charité d'un évêque doit être catholique. »

Un autre nom qui revient fréquemment dans les jNIémoires de Montrouge est celui du duc de Rohan-Ghabot, plus tard archevêque de Besançon et cardinal. Il avait brillé à la Cour impériale, puis devenu veuf très jeune encore à la suite d'une catastrophe, il avait résolu de se consacrer au service de Dieu et de l'Eglise. Il aimait à aller se recueillir avec les novices de Montrouge qu'il édifiait par sa piété. Il voulut contribuera l'ameublement et à la décoration de la pauvre salle qui servit d'abord d'oratoire ; il y fit placer un tableau de saint Stanislas Kostka qui en fut le plus bel ornement. Chaque année, le 13 novembre, il venait passer au milieu des novices la fête du jeune saint, leur patron et leur modèle. Elevé à la prêtrise en 1822, il voulut dire une de ses premières messes à l'autel de l'angélique enfant de saint Ignace pour lequel il conserva jusque sous la pourpre cardinalice une vive et tendre dévotion.

Parmi les personnages de marque dont le Père Gury note soigneusement la visite à Montrouge, nous citerons un autre cardinal, Mgr de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, qui devait donner à la Compagnie de Jésus bien d'autres témoignages d'une sympathie sans peur et sans reproche. La plume de l'annaliste rend un hommage discret à « ce vieillard admirable de simplicité et de piété », qui, lui aussi, était venu prendre sa part d'une fête de famille dans la communauté de Montrouge, au

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