CHAPITRE IV
que le Père Général Forlis accorda son consentement à cette innovation.
Indépendamment des multiples exercices qui se partagent la journée des novices, l'Institut leur impose une série à'expérimeiits dont chacun doit durer un mois. Les circonstances ne permirent pas de les pratiquer tous à Montrouge avec la même exactitude. Le pèlerinage que l'on doit faire, deux à deux, à pied, sans argent et en demandant l'aumône, n'est guère dans les mœurs de notre époque; on a pu en rétablir l'usage dans la seconde moitié du siècle passé; les novices de Montrouge ne l'eussent pas entrepris sans inconvénients. En revanche ils eurent assez largement le moyen de s'employer aux œuvres de charité et d'apostolat auprès des malades et des prisonniers. L'hospice de Bicétre, où ils pouvaient se rendre en une petite demi-heure, offrit à leur zèle un champ d'action illimité.
Il y avait là près de 3.000 vieillards indigents, des deux sexes, épaves de la longue tempête que le pays venait de traverser. La plupart de ces pauvres gens avaient passé leur vie étrangers à toute instruction et à toute pratique religieuse ; un trop grand nombre avaient gardé de l'époque révolutionnaire une impiété agressive et brutale. Sans être bienveillante, l'administration tolérait la présence des ecclésiastiques qui apportaient aux pensionnaires de l'hospice des soins affectueux et des paroles réconfortantes. Le Père Gury relate dans ses Mémoires une multitude de conversions, souvent fort extraordinaires, dues aux essais d'apostolat de ses jeunes disciples. A plusieurs reprises les novices prêtres donnèrent à Bicêtre les exercices de la Mission ; les Mémoires racontent que Mgr de Quélen vint en personne clôturer celle de 1824; il distribua la communion à plus de sept cents vieillards, parmi lesquels plusieurs la recevaient pour la première fois. 11 bénit une croix monumentale érigée dans la cour d'honneur de l'hospice en souvenir de la Mission; « elle portait un Christ en fonte qui avait trois mètres de haut ».
Les novices se rendaient également deux fois par semaine, par petits groupes, dans les paroisses voisines, à Vanves, à Chatillon, à Bagneux, jusqu'à Sceaux, partout où les curés voulaient bien accepter leur concours; ils réunissaient les enfants et les adolescents, leur faisaient le catéchisme, les préparaient à la première communion. Les Méfjioires constatent que généralement ils étaient bien accueillis, mais que quelquefois aussi les chansons impies et les insultes ne leur étaient pas ménagées.
Le noviciat de Montrouge vit sa population grandir d'année en année; à partir de 1822, il reçut les novices des provinces d'Angleterre et d'Irlande; il en vint trentesix en l'espace de cinq ans. De 1821 à 1826 on y envoya les Pères qui faisaient la troisième probation^ ; à cette dernière date, ils y furent remplacés par un groupe d'étudiants en Philosophie. 11 faut ajouter encore les hôtes qui formaient un contingent sans cesse renouvelé. Dès le mois de septembre 1820, écrit le Père Gury, « on commença à recevoir au noviciat des séculiers, prêtres et laïcs, pour y faire des retraites... Ces retraites étaient dirigées ou par le Père Recteur ou plus souvent par un des prêtres novices ou scolastiques ; elles furent rares cette année et les deux suivantes; mais les dernières années elles devinrent bien plus nombreuses ; elles se succédaient presque continuellement. »
Sans faire entrer en compte la population flottante, le chiffre des habitants de Montrouge atteignit et dépassa même quelque peu la centaine. Le Catalogue de 1824accuse un total de cent quatre personnes 2. C'était plus que le local ne pouvait raisonnablement contenir. 11 n'en résultait pas seulement une gêne que l'on supportait de bon cœur, mais l'état sanitaire souffrait de cet entassement.
1. On sait que, d'après les Constitutions de saint Ignace, le religieux de la Compagnie, ses études achevées et déjà parvenu à la prêtrise, doit faire encore une année de noviciat avant de prononcer ses derniers vœux; c'est ce qvi'on appelle la troisième Probation ou le Troisième an.
2. Le Père Gury porte le maximum à ii2 ; il y a lieu de croire qu'il y faisait entrer les retraitants alors présents dans la maison.