‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 137 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dès son entrée en charge, le Père Simpson s'était rendu compte qu'il lui faudrait modifier l'allure imprimée à la Société depuis sa restauration. Elle comptait à ce moment toutau plus soixante-dix prêtres; plus de la moitié étaient d'anciens Pères de la Foi; c'étaient les premiers enrôlés, les plus influents par leur âge et par leurs services; c'étaient eux qui avaient donné le ton. Sans doute leur désir avait toujours été de faire revivre l'Institut de saint Ignace; mais ils ne l'avaient pas connu vivant et ils avaient donné à leur société une physionomie qui n'avait qu'une ressemblance imparfaite avec celle de la Compagnie de Jésus. Puis était venue la dispersion, et chacun livré à lui-même avait suivi sa voie particulière. En venant s'offrir au Père de Glorivière, ils apportaient tous un fond inépuisable de dévouement et de générosité, mais aussi leurs habitudes prises et leur tour d'esprit personnel. Après un semblant de noviciat, ils s'étaient jetés dans les œuvres avec l'impétuosité d'un zèle trop longtemps contenu. La grandeur des ruines à réparer, l'appel pressant des populations, le succès de leurs travaux, tout contribuait à les pousser hâtivement à l'action. Les nouvelles recrues étaient emportées par le courant; dans les Petits-Séminaires surtout, les maîtres trop peu nombreux, surchargés de besognes disparates, n'avaient de temps ni pour le recueillement intérieur ni pour l'étude.

On eût pu croire que l'idéal de la Société était de faire beaucoup avec de faibles moyens; semblable, en quelque façon, à l'homme de peine pressé par le temps, qui met les charges doubles et ajoute sans compter les heures supplémentaires. Mais à ce train, les réserves de forces sont vite épuisées. 11 n'en va pas autrement pour les personnes collectives que pour les individus, d'autant que des activités excessives s'émancipent fatalement plus ou moins des contraintes de la discipline, et ainsi le relâchement

risque de s'introduire par la porte qu'un zèle trop empressé lui a ouverte.

C'est recueil où les instituts naissants sont exposés à se laisser entraîner, et il semble bien que la première génération des Jésuites de France au siècle passé ne s'en était pas assez garantie.

En tout cas cet état de choses s'accordait mal avec l'esprit et la tradition de l'Ordre qui met au-dessus de tout la perfection personnelle du religieux, qui le retient pendant de si longues années dans les maisons de formation et qui ne l'envoie sur les champs de bataille de l'apostolat qu'après l'avoir armé aussi complètement que possible de science et de vertu. Dès la première lettre qu'il adressait au Père Général, le Père Simpson signalait, en l'atténuant, cette discordance : « Il y a quelque différence entre l'esprit des Pères de la Foi et l'esprit de saint Ignace. Ce sont des nuances légères qui, je l'espère, seront aisées à dissiper, quand ils connaîtront mieux notre Institut. Tout le mal vient, dans mon opinion, de ce qu'on ne les a pas tenus au noviciat un temps suffisant et qu'ils ont eu des maîtres trop ardents. » (19 janvier 1818.) 11 avait raison d'ailleurs de compter sur leur docilité ; il en recevait en toute occasion des témoignages non équivoques.

Au surplus, le Père Brzozow^ski entendait bien que la réforme ne se fît pas attendre plus longtemps. 11 répondait de Polotsk au Père Simpson : « Le noviciat :... La solidité d'un édifice dépend essentiellement de celle des fondements. Aussi je n'ai cessé dans toutes mes lettres d'insister sur ce point important. Les circonstances difficiles où l'on se trouvait, la vue d'un bien présent à faire et peut-être aussi une façon de voir et d'envisager les choses qui n'est pas tout à fait juste, ont empêché d'entrer dans mes vues et d'exécuter mes dispositions aussi parfaitement que je l'aurais voulu. Mais il est temps que les choses soient établies comme elles doivent l'être et qu'aucun de ceux qui se présenteront pour entrer dans la Compagnie ne soit, sous aucun prétexte, employé avant d'être

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