Archiv. rom. S. J
2. Nous voyons, en efTet, dans les catalogues, à partir de 1819, sous la rubrique Intermissum ahsolventes tirocinium, un certain nombre de sujets, dont quelques-uns prêtres, admis les années précédentes et que l'on renvoyait à Montrouj^e compléter un noviciat interrompu. Ils ne sont pas moins de i3 en 1 8 19- 1 820, et celui qui Ogure en tète de la liste n'est autre que le propre neveu de la Bienheureuse Mère Barat, Louis Dusaussoy, le premier novice, non prêtre, reçu par le Père de Clorivière, le 20 septembre 181 4- Cette épreuve nécessaire eut d'ailleurs pour lui l'avantage de l'éclairer sur sa vocation ; il quitta le noviciat pour rentrer dans le clergé séculier; nous le retrouvons en 1822 en qualité de prêtre auxiliaire au Petit-Séminaire de Montmorillon.
Au dehors comme au dedans le Père Simpson déclarait énergiquement que la Compagnie avait besoin d'un temps d'arrêtet qu'elle entendaitserecueillir plutôtque s'étendre. Il avait mis quatre semaines entières à faire le trajet de Forcalquier à Bordeaux; ce n'étaient pas seulement les distances qui l'obligeaient à multiplier les haltes; sa correspondance et celle du Père de Grivel, son socius^ mentionnent tour à tour Marseille, Aix, Avignon, Nîmes, Montpellier, Béziers,Narbonne, Carcassonne, Montauban, Toulouse, Agen. Toutes ces villes et d'autres encore voulaient avoir un collège on une résidence de Jésuites. Le Père Simpson ne pouvait refuser de prêter l'oreille à des sollicitations très honorables pour la Société dont il était le chef, mais à toutes il faisait la même réponse : Pour entreprendre des œuvres il faut des ouvriers, et pour former des ouvriers il faut beaucoup de temps.
De Bordeaux, le Père Simpson passa à Montmorillon, puis à Sainte-Anne d'Auray et enfin à Saint-Acheul. Ici et là son premier soin fut d'établir l'exactitude et, du même coup, l'unité dans l'observance de la discipline religieuse; mais il se préoccupait aussi d'établir cette même unité en ce qui touchait à l'éducation et à l'enseignement. En acceptant coup sur coup la charge de cinq Petits-Séminaires, devenus presque immédiatement très populeux, on était allé au plus pressé; une bonne partie du personnel manquait de formation professionnelle et d'expérience; la direction surtout faisait défaut; il y avait bien dans chaque maison un préfet des classes, mais surchargé lui-même de travail, il ne lui était guère possible de contrôler et de coordonner l'activité des autres, moins encore de leur imposer une méthode précise qu'il ne connaissait pas lui-même. On n'avait eu ni le temps, ni le moyen, ni peut-être l'envie d'étudier le plan des études jadis en usage dans la Compagnie de Jésus. Ainsi chacun allait à peu près au gré de sa fantaisie, et il en résultait de maison à maison des divergences considérables et dans
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la même maison un manque de suite préjudiciable au bon ordre et au succès.
Le Père Simpson mit toute l'énergie de sa volonté à faire accepter par tous le Ratio Studiorum, qui assurerait la cohésion de tous les efforts individuels et l'harmonie dans l'œuvre commune. D'ailleurs, partie intégrante de l'Institut de la Compagnie de Jésus, on était tenu de le pratiquer avec le même respect et la même fidélité que les autres règles. 11 rédigea donc, conformément aux prescriptions du Ratio, un règlement qui fixait l'ordre des classes, l'emploi du temps et, tout au moins dans leurs grandes lignes, les procédés d'enseignement ((ue l'on aurait à suivre désormais. « Ce Règlement, écrivait-il en rendant compte de la visite de Saint-Acheul, lu au réfectoire et signé de ma main, a été adopté, non sans quelques objections qu'il a été facile de résoudre. Enfin il a été mis en pratique et en peu de jours les régents et même les écoliers en ont saisi tout l'avantage. »
Saint-Acheul marquait le terme de cette longue tournée à laquelle le Père Simpson avait consacré presque toute la première année de son gouvernement. Il y passa plus de deux mois. C'était de beaucoup la maison la plus importante, mais aussi celle qui réclamait le plus l'attention vigilante du Supérieur Général. Il y avait dix-huit ans que les Pères de la Foi dirigeaient presque sans interruption l'établissement qui, après des transformations et pérégrinations diverses, était devenu le florissant Petit-Séminaire de Saint-Acheul; ils s'étaient faits Jésuites, loyalement et sans arrière-pensée; mais des habitudes, une tradition, un esprit de corps survivaient, qui n'étaient pas de tout point d'accord avec l'Institut de saint Iç^nace. Comme l'écrivait confidentiellement le Père Simpson, beaucoup de ceux qui habitaient cette maison « n'étaient encore que des Pères de la Foi ».
Le Père de Clorivière avait tenu à leur donner pour Supérieur un homme formé au véritable esprit de la Compagnie. Nous avons vu que, à peine arrivé de Russie,
le Père Marc Follope avait été envoyé à Saint-Acheul, pour succéder en cette qualité au Père Nicolas Jennesseaux. (Juin 1816.) C'était, au témoignage du Père Simpson, « un excellent religieux, mais timide, faible, craignant de faire de la peine, donnant de bons conseils, mais incapable par son caractère de les faire observer, d'ailleurs d'une santé absolument délabrée* ». 11 était le premier à se reconnaître inférieur à la charge que l'obéissance seule avait pu lui faire accepter : « 11 me semble, écrivait-il au Père Général, qu'il serait de mon devoir, avec votre permission bien entendu, de me retirer chez les Chartreux ou chez les Trappistes mitigés, pour y finir dans la pénitence le peu de jours qui me restent à vivre. » (7 janvier 1817.)
Comme il fallait une main plus ferme pour diriger une maison qui comptait dès lors de quatre à cinq cents élèves, on lui avait adjoint le Père Nicolas Loriquet, avec le titre de Principal du Pensionnat'^. Par la force des choses, la plus grande partie de l'autorité avait passé entre ses mains. Saint-Acheul se trouvait ainsi avoir « deux Supérieurs », écrivait le Père Simpson dans le compte rendu de sa visite, l'un qui ne l'était guère que pour la forme ; l'autre, ajoutait-il, « le Supérieur réel, le Père Loriquet, homme d'ordre, de beaucoup d'esprit, ne manque pas de piété, mais gâté par les éloges prodigués à tout ce qu'il a fait; d'ailleurs, n'ayant pas appris à obéir, il n'est guère propre à commander... ; il est plus craint de ses inférieurs qu'il n'en est aimé. »
Néanmoins, le Père Simpson pensa qu'il fallait donner l'honneur et la responsabilité du gouvernement à celui qui en avait déjà les attributions; le Père Loriquet resta seul à la tête du collège, dont il était l'âme, et où il n'était