‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 144 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

aux cours de Rhétorique, de Mathématiques, de Physique; ce sont plutôt des aspirants au noviciat que des novices; les années suivantes de jeunes religieux passeront par la même filière à Bordeaux, à Forcalquier, à Montmorillon; en 1821, les sept premiers étudiants en théologie apparaissent à la résidence de la rue des Postes; ils seront par la suite transférés à Gentilly, à Saint-Acheul, et autres lieux. Il y a même à un moment, selon l'expression du Père Gury, « un juvénat de Philosophie » à Montrouge; néanmoins ces essais demeurent incomplets et précaires; pendant toute cette période le service des huit Petits-Séminaires, trop florissants, absorbe et dévore la jeunesse; on ne parvient pas à lui ménager le temps nécessaire pour parcourir régulièrement le cycle des sciences divines et humaines. Ce n'est guère qu'après la tempête libératrice de 1828 que la Compagnie pourra organiser pour son usage, comme elle l'entend et conformément à ses besoins, ses maisons d'études littéraires, philosophiques et théologiques.

Pendant que l'Ordre de saint Ignace prenait une nouvelle vie en France et dans le reste de l'Europe, la Russie qui l'avait préservé d'une destruction complète s'apprêtait à l'expulser à son tour. Grâce à la liberté que lui assurait la faveur des tsars, il s'y était développé rapidement. Ce n'étaient pas seulement les Polonais catholiques, sujets de l'empire, qui lui fournissaient des recrues ; il lui en était venu d'Allemagne, d'Italie, de France, d'Angleterre, de Suisse, des Pays-Bas. En l'espace de trente ans, de 1785 à 1815, le nombre des membres de la Société avait passé de 172 à 337; au moment où elle fut bannie de l'empire russe (1820) elle y comptait 358 religieux'. Outre

I. « En i'j85 fut imprimé le premier Catalogue des personnes et des offices de la Compagnie de Jésus dans l'empire russe. L'Ordre comptait 172 membres ainsi répartis : 96 prêtres, 23 scolastiques, 48 Frères et 6 novices. Dix ans plus tard (1796) ils étaient 202 : 96 prêtres, 43 scolas-

leurs collèges de Polotsk, de Saint-Pétersbourg, de Mohilevv, etc., les Jésuites avaient fondé et dirigeaient des Missions à Riga, à Odessa, le long des rives du Volga, à Astrakan, dans l'Oural et jusqu'en Sibérie.

Ces progrès ne pouvaient manquer de susciter des mécontentements et des colères. L'orthodoxie ombrageuse et intolérante trouva des auxiliaires dans les Sociétés bibliques établies dans l'empire par suite de l'alliance de l'Angleterre et de la Russie contre Napoléon. Leur propagande rencontrait dans les Jésuites des adversaires trop actifs et surtout trop clairvoyants ; leurs rancunes s'unirent aux griefs des dignitaires de l'église nationale contre les religieux papistes. La guerre fut conduite d'abord sourdement. Le comte Joseph de Maistre qui avait suivi de près toutes ces intrigues écrivait plus tard : « Le sol était miné sous les pas de l'Ordre ; chaque conversion était épiée, signalée comme une infidélité à la Patrie, une trahison envers le Souverain, maître absolu des consciences et des cœurs. » Il fallait, en effet, gagner l'esprit du tsar Alexandre I" qui n'avait pas de raison de se départir de la bienveillance dont Catherine II et Paul P' avaient usé à l'égard des Jésuites.

La Bulle de Pie Vil fut comme le signal d'un redoublement d'animosité contre la Compagnie. Du moment que, par la volonté du Pape, elle était rétablie par toute la terre, il semblait que devait prendre fin la protection qui, par un singulier renversement des rôles, lui était libéralement accordée depuis quarante ans par un pouvoir schismatique.

Une conversion retentissante déchaîna les fureurs. Le jeune prince Galitzin, élève du collège des Jésuites de Pétersbourg, se déclara catholique. Tous les efforts tentés pour le faire revenir sur sa détermination n'aboutirent

tiques, 48 Frères et 16 novices. Au bout de vingt ans (i8o5) l'Ordre comptait déjà a84 nembres; en i8i5, 33'j; enfin au moment de l'expulsion de Russie (1820) il y avait 358 religieux. » (Zalenski, f.es Jésuites de la Russie-Blanche, tome I«'', p 423.)

Page 1