‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 153 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

générale qui devait lui donner un successeur fut indiquée à Rome pour le 4 septembre suivant. Dans l'intervalle des intrigues furent nouées dont le but n'était rien moins que d'introduire dans l'Ordre de saint Ignace des modifications qui l'eussent rendu méconnaissable. Le vicaire-général, Mario Petrucci, dirigeait le mouvement; le cardinal délia Genga, le futur Léon XII, habilement circonvenu, le secondait avec toute l'autorité que lui donnait sa charge de vicaire du Pape. Peu s'en fallut que le champ fût laissé libre aux perturbateurs. Les délégués étaient déjà en route quand ils reçurent ordre de retourner chez eux. Malgré tout, la Congrégation finit par se réunir et par triompher de toutes les entraves. Nous n'avons pas à entrer dans le détail des machinations ourdies contre la Société par quelques-uns de ses membres, ambitieux ou brouillons. C'est un genre d'épreuves qui n'a été épargné à aucune famille religieuse; il faut en conclure seulement que l'humanité se retrouve partout et toujours, avec ses faiblesses et ses illusions. Mais le détail de cet épisode ne rentre pas dans le cadre de notre Histoire. Il nous suffit de mentionner la présence, dans la Congrégation générale de 1820, de trois Jésuites français, les PP. Rozaven, Rilly et de Grivel. Le Père Rozaven eut une part considérable dans la résistance aux fauteurs de troubles, et l'on peut dire que c'est grâce à sa clairvoyance et à son énergie que l'Ordre de saint Ignace sortit victorieux d'une crise qui, au lendemain de sa restauration, mettait en péril son intégrité et son existence même.

Le Père Louis Fortis fut élu Général le 18 octobre. Un des premiers actes de son administration fut de désigner le successeur du Père Simpson pour gouverner la Province de France. Son choix tomba sur le Père Didier Richardot'.

I . Il y a quelque incertitude sux" la date précise de l'entrée en charge du Père Richardot comme Provincial de France. Le catalogue de 1821 la fixe au 8 janvier, ceux des années suivantes au 20 février. Ailleurs on trouve le 10 février, mais une lettre du Père Fortis, en date du 5 février, porte la suscription : Reverendo Patri Richardot Provinciali Galliœ. Le Père Rozaven, dans une lettre du 9 janvier au Père Gui'y, parle du Père

Né à Langres le 29 janvier 17G9, Didier Richardot avait fait ses études à Paris au Séminaire de Saint-Nicolas et avait conquis en Sorbonne le doctorat i'/z utroque jure. Résolu à entrer dans l'état ecclésiastique, mais ne voulant pas avoir de rapports avec le clergé constitutionnel, il s'était expatrié dès le début de la Révolution. La fréquentation d'un ancien Jésuite, le Père de Diesbach, converti du protestantisme, lui inspira le désir de le devenir à son tour; il partit pour la Russie et, le 24 août 1792, il entra au noviciat de Polotsk. Ses études de théologie achevées, il fut ordonné prêtre; puis pendant plus de vingt années il exerça les fonctions de professeur, de préfet des études, de Supérieur à l'Université de Polotsk et dans les collèges de Saint-Pétersbourg, de Mohiie^v et d'Orcha. Il y joignit le ministère de la prédication, soit en français, soit en polonais. Il avait en outre un goût prononcé pour les études historiques et géographiques. Il publia successivement en langue polonaise des manuels d'histoire romaine, puis l'histoire de la Grèce, de l'Assyrie et de la Perse'. Il avait l'ardeur au travail et la persévérance qui caractérisent les chercheurs, et il ne lui manqua pour rendre de précieux services à la science que de se trouver dans des conditions plus favorables

Richardot « notre nouveau Provincial ». D'autre part, en communiquant à la Province la nomination de son successeur, leii février i8a4, le Père Richardot écrivait : « Haec circiilaris Epistola legatur ad mensurn die 20 februarii, qua expletur triennale tempas mei Provincialatus. » Apparemment cette date serait celle de la prise de possession effective, la nomination étant antérieure de quelques semaines.

I. L'édition polon.aise du Cours d'histoire du Père Ricliardot fut suivie de près d'une édition latine, ce qui donnerait à croire que, dans certains collèges, cet enseignement se faisait encore en latin. En i84o parut à Turin une traduction italienne de l'Histoire des Monarchies assyrienne et perse. Un Dictionnaire français-polonais publié à Polostk en i8i3 parait devoir être ajouté à la liste des ouvrages du Père Richardot qui était à cette date professeur de français au Collège de cette ville.

En 1829, le Père Richardot, alors missionnaire à Laval, occupait ses loisirs à la composition d'une grande carte géographique de VOrbis vêtus en huit feuilles. Elle se trouvait prête à être gravée. (Lettre au Révérend Père Roothaan, 26 nov. iSag.) Malheureusement il eût fallu

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