‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 154 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

aux investigations érudites. Sans avoir à sa disposition les découvertes des modernes orientalistes, il appliqua à l'histoire des empires asiatiques une critique des sources qui marque un véritable progrès sur RoUin et ses autres devanciers.

La correspondance du Père Richardot révèle une nature généreuse, expansive, prompte à l'action, pleine d'entrain et de bonne humeur; il avait d'ailleurs, par de longs efforts, acquis une maîtrise de lui-même que son tempérament rendait plus méritoire. En voici un trait que le grave auteur des iVo^^ce* déclare tenir d'un témoin oculaire. Le Père Richardot avait préparé une Histoire de Pologne qui allait être livrée à l'impression. En son absence un jeune élève, prenant le manuscrit pour papiers de rebut, s'en servit pour entretenir le feu. A son retour, le Père ne trouva plus que des lambeaux épars. — « Malheureux enfant, dit-il un peu ému, cet ouvrage m'avait coûté quinze années de travail! » Puis rentrant en lui-même et reprenant sa sérénité, il se contenta de soupirer : Dominus dédit., Dominus abstulit. Et il n'accorda pas d'autre plainte à son livre perdu ^

Le Père Richardot était recteur du collège de Mohilew quand survint le décret de bannissement. 11 avait passé

verser une avance de 5.ooo francs que le missionnaire n'avait pas à sa disposition. Il avait également préparé une édition nouvelle de son Histoire d'Assyrie, augmentée de dissertations sur le Livre de Judith dont il s'efforçait d'établir l'historicité. Le manuscrit faillit avoir le sort de celui de l'Histoire de Pologne. Voici comment il raconte l'aventure dans une lettre au R. Père Roothaan du 2 décembre i83o : « La pauvre Histoire d'Assyrie a couru grand risque d'être perdue. Je l'avais donnée à recopier à quelqu'un de notre maison de Montrouge, huit jours avant que les troubles de Paris n'éclatassent. Au fort de ces troubles, pendant que l'on se battait, j'apprends que la maison de Montrouge est au pillage. Je sautai les barricades des rues de Paris et je me présentai plusieurs fois à la porte de la maison de Montrouge, au risque d'être maltraité par les patriotes. Enfin comme ces braves gens n'en voulaient qu'à l'argent, au linge et au vin, je suis parvenu, au bout de quatre jours de pillage continuel à retrouver mon Histoire et la copie qui en avait été faite. »

1. Achille Guidée, Notices liistoriques, etc., tome II, p. loG.

vingt-huit ans dans les maisons de son Ordre en Pologne et en Russie. De retour en France, il commençait à évangéliser les campagnes de Picardie; la vie de missionnaire répondait aux aspirations de son zèle et à son besoin d'activité mieux encore que celle de professeur ou d'écrivain. Appelé par le choix du nouveau Général à une charge plus honorable et plus lourde, il n'apporta peut-être pas dans le gouvernement toute la prudence et la pondération désirables; on pouvait lui reprocher un empressement quelque peu excessif, accompagné d'un manque de décision et de constance ; mais ces défauts étaient rachetés par (le rares qualités de cœur, un dévouement sans mesure, un fonds de bonté inépuisable, avec un tour d'esprit optimiste qui entretenait la confiance et stimulait les courages.

De fait, pendant les trois ans que le Père Richardot est à sa tête, la jeune Province de France s'affermit et se développe; Je nombre de ses membres monte de 236 à 320; deux nouveaux collèges sont ouverts; le noviciat de Montrouge prospère au point qu'il devient insuffisant et qu'il faut en créer un autre pour la région du midi. De plus en plus on s'applique à renouer la chaîne de la tradition. Deux mois à peine après l'élection du Père Fortis, le Père Rozaven écrivait au Père Gury : « Notre T. R. Père Général désire voir rétabli l'ancien usage qui était que de tous les pays on envoyait des jeunes gens à Rome pour y puiser à la source commune le véritable esprit de la Compagnie. En conséquence j'en ai désigné quelques-uns pour y venir incessamment, et j'en ai écrit au Père Richardot votre nouveau Provincial, par ordre du Père Général, afin qu'il les expédie par le même voiturier qui conduira le Père Grivel et ses compagnons... Ils achèveront leur noviciat ici, et ensuite on les mettra aux études... » (7 janvier 1821.)

L'annaliste de Montrouge nous fait connaître, avec le détail accoutumé, la suite qui fut donnée au projet : « On choisit, dit-il, les FF. Mallet, Pouget, Arthur Martin,

Page 1