‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 157 sur 358 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

était une calamité, non seulement pour la communauté catholique, mais pour toute la ville de Riga. Au surplus, il ne croyait pas, ajoutait-il, pouvoir mieux adoucir les regrets du religieux lui-même qu'en lui donnant « l'assurance de maintenir dans leur état actuel tous les établissements dont cette ville lui était redevable' ». Le Père Coince était presque sexagénaire quand il rentra en France; usé avant l'âge par des travaux excessifs, il ne put guère s'adonner à la grande prédication. Le ministère plus humble de la confession et des retraites l'absorba pendant ses dernières années'^.

D'autres ouvriers jeunes et valides vinrent à propos renforcer la communauté de Laval. L'œuvre capitale des Missions à l'intérieur était alors dans sa période la phis brillante; on s'en fera une idée en feuilletant la collection de VAfiii de la Religion et du Roi; pas un numéro qui ne renferme sur ce sujet des relations un peu monotones, mais assurément bien consolantes. Un témoignage plus éloquent encore de cette activité apostolique, ce sont les croix de Missions que, même après les ravages du vandalisme contemporain, on rencontre encore çà et là dans nos villes et nos campagnes avec la date de 1819 à 1826.

1. Cf. Aug. Carayon, Document T, Missions des Jésuites en Russie. Notes historiques sur l'établissement des Jésuites à Riga, par le Père Ledergen, pp. i85 sqq. Crétineau-Joly a reproduit la lettre du marquis Pauluzzi au P. Coince, lettre non moins honorable pour celui qui l'écrivit que pour celui à qui elle était adressée. Cf. Zalenski, Les Jésuites de la Russie- Blanche, t. II, pp. 167 sqq.

2. Né le II septembre 1764, le Père Coince était entré au noviciat de Dunabourg, le 28 août i8o5. Il mourut à Laval le 10 mai i833. On le tenait pour un saint et son tombeau n'a pas cessé d'être l'objet de la vénération populaire. En 1896, le cimetière de Laval fut transféré sur la route du Mans. En échange des anciennes sépultures, la ville accorda aux Jésuites deux nouvelles concessions. Le Maire écrivait à cette occasion au Supérieur de la maison de Saint-Michel : « Pour le P. Coince, nous passerons par -dessus les règlements. » Et de fait une place spéciale fut attribuée aux restes véaérés a entre le caveau des chanoines et le plus grand de nos deux caveaux ». (Lettre du P. de Bigault, 10 sept. 1896. Arch. Paris, 23io.)

Des Sociétés de missionnaires se fondaient à Lyon, à Besançon, à Nancy, à Tours, à Poitiers, etc. Nous voyons VAmi de la Religion offrir en 1823, de la part d'un bienfaiteur anonyme, « 100 pistoles » (mille francs) à tout évéque qui parviendrait à réunir quelques prêtres pour se consacrer aux Missions locales.

Les .Jésuites s'y employaient dans la mesure que permettait leur petit nombre; aux anciens missionnaires que nous avons déjà vus à l'œuvre le Père Richardot eut la consolation d'en adjoindre quelques autres, les Pères Nicolas Petite Aubergier, Marion, Etienne Ghanon, etc. Mais le nom qui domine tous les autres est celui du Père Claude Guyon^. Cet homme extraordinaire appartenait à cette race de soldats dont on dit qu'ils valent une armée. Mais, sans aucune hyperbole, on peut affirmer que, sur le champ de bataille de l'apostolat, il comptait à lui seul pour une escouade de missionnaires. On en jugera par ce que le Père Richardot écrivait de lui au Père Général, le 28 novembre 1823 :

« J'ai envoyé à Avignon le Père Guyon qui a donné, pendant un mois entier, à lui tout seul, les exercices de la Mission dans cette ville. L'infatigable athlète prêche deux et trois grands sermons chaque jour; il lui arrive de rester deux heures en chaire, sans lasser son auditoire ; il passe huit heures au confessionnal, en donne trois au sommeil, et il soutient pendant plusieurs mois de suite ce travail écrasant. »

A cette date le Père Guyon était encore novice. Il avait été avec les abbés de Quélen, et de Forbin-Janson parmi les premiers compagnons de M. Rauzan dans la Société

1. Nicolas Petit, né le 8 juillet 1789, entré au noviciat le i" janvier 1816, avait alors toute l'ardeur de ses trente ans. Le Père Fouillot dans une note transmise au Père Général sur « l'incroyable activité » du Père Claude Guyon dans les Missions, ajoutait : « Le Père Petit l'a accompagné souvent et faisait tout autant. » (iS nov. i8/|5.)

2. Claude Guyon, né à Régny (Loire), le 18 juin 1785, entré au noviciat de Montrouge le 7 décembre 1821, mort à Lavaur (Tarn), 26 novembre 18^5.

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