CHAPITRE V
des Missions de France. Pendant sept ans il avait évangélisé, du Nord au Midi, les villes les plus importantes; partout son éloquence impétueuse, irrésistible, avait soulevé les populations. Parvenu à l'âge de trente-cinq ans, connu de la France entière, possédant mieux que la gloire, le renom d'un apôtre intrépide et d'un homme de Dieu, il comprit que, pour assurer la fécondité de son apostolat, il fallait lui donner la sauvegarde de l'obéissance; il alla mettre sous la discipline de la Compagnie de Jésus une activité qui avait plus besoin de frein que d'aiguillon. Il fut admis au noviciat de IMontrouge, le 7 décembre 1821 . Le joug de la règle, en prévenant les écarts d'une nature exubérante, n'en éteignit pas l'ardeur. Comme missionnaire, le Père Guyon apparaît avec la taille d'un personnage de légende. « Tous ceux qui le voient, écrivait le Père Yarin, disent que c'est un homme prodigieux. Gela est vrai : Prodigieux d'abord du côté des forces physiques, suffisant à lui seul à des travaux qui absorberaient plusieurs ouvriers; prodigieux ensuiteparl'empire qu'il prend sur un auditoire immense et par l'ébranlement général qu'il produit dans les âmes. C'est ce qu'on a vu ici à Saint-Sulpice pendant le Carême et ensuite à Toulouse. » (3 juillet 1826.) Le grave religieux écrivait encore à propos d'une retraite que le Père Guyon prêchait pour les hommes à Notre- Dame de Paris, de l'Ascension à la Pentecôte : « 11 n'y a presque pas un de ses discours où l'auditoire ne fonde en larmes. » (29 juin 1824.) Même en admettant que cette locution usuelle dépasse quelque peu l'exacte vérité, il reste que la chaude parole de l'orateur produisait une impression profonde. Il arrivait parfois, dans le midi surtout, lors des grandes solennités en plein air que la foule répondît par des acclamations : Vive le missionnaire! Vive le Père Guyon! Lui alors imposait silence : « Non, pas cela; le missionnaire n'est rien. » Et du geste montrant la croix : « Criez : Vive la Croix! Voilà voire prédicateur', »