I. Richardot à Fortis, i6 janvier
Dès 1825, le Père Guyon avait conquis une popularité dont s'inquiétait le Père Gury : « Je suis bien fâché, disait-il dans une lettre au Père Général, qu'on vende ainsi son portrait. Il est difficile qu'il ne l'ait pas su; mais comment l'aurait-il empêché? Son buste est dans presque toutes les villes du midi de la France. » (2 janvier 1825.) Le genre oratoire du Père Guyon avait plus particulièrement prise sur le tempérament des populations méridionales; mais son succès ne fut guère moindre dans des régions où l'on s'émeut plus difficilement. Le curé de Dinan écrivait que, à la voix du Père Guyon, les auditoires bretons eux-mêmes frémissaient d'enthousiasme; l'ébranlement persistait des années après son passage; « des hommes pleurent en parlant de lui' ».
Au reste, on peut bien dire que toutes les provinces retentirent les unes après les autres de cette éloquence intarissable, et on aurait bien de la peine à citer une ville parmi les'plus importantes oii le Père Guyon n'ait prêché, non pas quelques discours de circonstance à la façon des orateurs en vogue, mais une station, une Mission ou les exercices d'une grande retraite populaire. En 1835, pendant son troisième an à Saint-Acheul, on lui demanda une note de ses ministères depuis sa sortie du noviciat. « En me la remettant, dit le Père Fouillot, il me dit que j'en ferai ce que je jugerai convenable. » On y voit que, dans cet espace de douze années, le Père Guyon avait donné vingt-huit Missions d'une durée de six à huit semaines, avec au moins un sermon par jour et plus souvent deux, le samedi excepté; la liste comprend Orléans, Amiens, Brest, Rennes, Besancon, Montauban, Paris Saint-Sulpice, Toulouse, Angers, Le Mans, Metz, Nevers, Nancy, Le Puy, Marseille, Aix, Lyon, Versailles, Caen, Grenoble, Montpellier, Avignon, Bordeaux, etc. En outre, des Missions militaires de trois semaines à un mois, à Pau, à
1. Cette même lettre datée du 28 mars iS^a renferme un magnilique témoignage de l'impression profonde que le missionnaire faisait sur le clergé aussi bien que sur le peuple. Archiv. lugd ., XVI, p. 1G67.