Varin à Fortis, 29 juin i8a
Dans une lettre écrite de Bordeaux, 8 juillet 1821, à la comtesse de Mac-Carthy, sa mère, l'humble religieux, alors âgé de 52 ans, disait de lui-même : « Il y a en moi quelque chose de singulier que j'ai remarqué toute ma vie, que je ne comprends pas, et qui est sans doute une disposition de la Providence pour m'humilier, c'est qu'il m'est à peu près impossible de rien faire à l'avance. Il faut que le moment de prononcer un discours approche pour que je sois en état de le faire. Jusque-là je n'ai ni force, ni chaleur, ni faculté de m'appliquer à mon sujet. Je me fatigue et me tourmente en vain pour tâcher de saisir mes idées qui s'échappent et voltigent autour de moi sans que je puisse les atteindre ni les rassembler ; elles ne se livrent et ne sont à moi que lorsque enûn il me reste à peine assez de temps pour leur donner un corps et les revêtir à la hâte de quelques couleurs. Je n'avance pas dans mes discours et je n'ose m'occuper d'autre chose de peur d'avoir des distraclions à me reprocher. Ainsi le temps se perd, et si je gagne quelque chose à ce stérile travail, c'est qu'il est au moins une bonne pénitence... S'agit-il de parler sans avoir écrit, aussitôt je m'enflamme, la veine s'ouvre et il me semble que voilà la fécondité revenue. Faut-il ensuite reprendre la plume, tout s'éteint, se dessèche et ma stérilité se trouve la même qu'auparavant. » Notice biographique, p. Lxiii. Sermons.,., tome I'^"", 1884.
Plus on a le tempérament oratoire, plus est pénible, douloureux même l'assujettissement de la composition écrite; c'est ce que le Père Lacordaire appelait « se crucifiera sa plume». On voit que le Père de Mac-Garthy connut ce genre de martyre; il ne fut assurément pas sans avantage pour sa prédication; elle dut à cette contrainte plus de nerf, plus de précision, plus de solidité, mais il ne faut pas juger de cette prédication elle-même par l'image pâle et décolorée qui nous en reste dans le « Recueil des Sermons et Panégyriques^ ».
Au charme d'une éloquence entraînante s'ajoutait chez le Père de Mac-Carthy celui d'une parfaite distinction et d'une haute vertu; il avait l'humilité d'un saint; le Père Varin, son Supérieur, en était dans le ravissement. « Qu'il est beau, écrivait-il un jour, de le voir, au milieu de l'admiration générale, croire et protester sincèrement que ce n'est qu'aux prières de ses frères et à la bénédiction qu'il a reçue auparavant de son Supérieur qu'il est redevable de ses succès, que sans cela il n'aurait pu vaincre son impuissance! On peut dire de lui qu'il s'était fait petit enfant^. »
Appelé à Annecy pour y prêcher le carême de 1833, le Père de Mac-Garthy acheva péniblement la station et, trois semaines après, il expirait entre les mains de l'évêque, Mgr Rey, auquel l'unissaient les liens d'une ancienne et tendre amitié. Sur la demande du clergé, il fut inhumé à la cathédrale, dans le caveau réservé à la séj)ulture des évêques.
1. Les sermons du Pèi-e de M<ic-Carthy furent publiés par le Père Alexandre Pourcelel et édités pour la première fois chez Rusand, à Lyon, et Poussielgue-Rusand, à Paris, i8b4-i836. Ils forment 4 volumes in-8° et in-ia. La Notice liiographique et la Dédicace à Mgr de Pins, archevêque d'Amasie et administrateur du diocèse de Lyon, sont l'œuvre du Père Charles Déplace. Les sermons du quatrième volume ne se sont pas trouvés dans les manuscrits du Père de Mac-Carthy, ils ont été recueillis par des personnes de l'audltoii-e. Ce recueil a eu plusieurs éditions françaises; la dernière est celle de 1868, Pélagaud, Lyon et Paris. Il y a eu des éditions plus ou moins complètes en allemand, en anglais, en espagnol et en italien.