‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 164 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Peu d'années après, dans un livre sur la Prédication, un dignitaire de l'Église de Paris consacrait à l'humble religieux quelques lignes qui valent une oraison funèbre :

« L'un des hommes les plus recommandables de ces derniers temps que je puis citer en preuve de ce que j'avance, c'est assurément M. de Mac-Garthy. Tous ceux qui l'ont entendu, qui l'ont vu à Paris, à Lyon, à Strasbourg, à Nancy et dans d'autres villes se rappellent sans doute avec bonheur cesdiscours solides, nourris d'Ecriture Sainte et sans phrases prétentieuses, cette action grave et modeste , ces gestes peu nombreux et sans art, cette voix un peu voilée, comme l'est toujours celle qui parle d'un cœur ému et plein de Dieu, enfin cette puissance de sa parole sur son auditoire immobile. J'aime à me rappeler les attraits, le doux abandon de sa conversation, et avec quelle humilité pleine de grâce et de naturel il consultait sur la manière d'interpréter les Ecritures et de s'en servir des personnes qui certainement en savaient moins que lui. Il me semble que c'est le peindre d'après nature que de lui appliquer ces paroles de Judas Macchabée sur Onias : Virum bonum et benignum^ verecundum çisii, modesluni moribus et eloquio décorum^ ... »

Quelle que fût l'activité des Jésuites missionnaires et prédicateurs, on peut dire cependant que la vie extérieure de la Province de France sous la Restauration est plutôt concentrée dans les collèges qu'elle dirige sous le nom de Petits-Séminaires. Nous avons vu que, de 1814 à 1817, elle en avait accepté cinq : Saint-Acheul, Bordeaux,

I. II Macch., XV, 12. Le Prédicateur, ou Examen diaprés VEcrilure, les Conciles et les Saints Pères de ce qu'il doit être et de ce qiiil doit dire, par l'abbé Morel, chanoine théologal de Paris, Paris, Poussielgue- Rusand, i83^, p. i^5.

Sainte-Anne d'Auray, Montniorillon et Forcalquier. A cette liste allaient s'ajouter Aix (1821), Dôle (1823), et enfin Billom(1826).

La charge paraissait déjà excessive au successeur du Père de Glorivière; le Père Simpson s'était montré intraitable aux offres et aux instances qui lui arrivaient d'un peu partout; néanmoins quand le Père Richardot prit en main le gouvernement de la Province, il trouva l'affaire d'Aix engagée au point qu'il n'était pas possible d'en retarder la conclusion. Mgr de Bausset-Roquefort, cousin du cardinal de Bausset, étant évêque de Vannes, avait établi les Jésuites à Sainte-Anne d'Auray. A peine transféré à l'archevêché d'Aix, il voulut les avoir dans sa ville métropolitaine. On ne crut pas pouvoir se refuser aux désirs d'un prélatàqui l'on devait beaucoup. Le 27 mai 1821, le Père Richardot lui écrivait :

« J'accepte définitivement le Petit-Séminaire d'Aix, en nous gênant un peu. Il vaut mieux que Votre Grandeur passe le bail de neuf ans en son nom. Je serai en Provence dans un mois pour disposer le local. »

Ce local situé sur le cours Saint-Louis appartenait aux hospices de la ville d'Aix ^; l'administration voulait bien le louer à l'archevêque pour y établir son Petit-Séminaire. Après l'avoir visité le Père Richardot écrivait, avec son optimisme ordinaire : « J'ai trouvé un beau bâtiment dans le meilleur état, et où il ne manque pas une serrure, quatre cours plantées d'arbres, eaux abondantes, etc.. Nous avons déjà fait nos achats à la foire de Beaucaire... » (7 août 1821.) Au mois d'octobre suivant, le Petit- Séminaire de Saint-Louis était ouvert, avec les classes au complet et plus de deux cents pensionnaires.

A Dôle la négociation fut plus épineuse ; elle donna lieu à des incidents que nous ne croyons pas hors de propos de raconter ici. Dès 1815 les députés de Franche-Comté avaient fait des démarches pour rétablir les Jésuites

I. Occupé aujourd'liui par l'École nationale des Arts et Métiers, qui y fut établie en i843.

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