CHAPITRE V
dans leur ancien collège de l'Arc. Le Père de Clorivière leur avait donné l'assurance que leur demande serait exaucée, sitôt que la Compagnie en aurait le moyen. Forts de cette promesse les magistrats de Dôle revinrent à la charge à plusieurs reprises. En 1823, très mécontents du personnel universitaire qui administrait le collège, ils décidèrent de supprimer la subvention municipale, d'offrir l'établissement à Tévéque du diocèse pour le transformer en Petit-Séminaire, et de renouveler, d'accord avec lui, les instances auprès des Jésuites. Bien d'autres municipalités avaient tenté de retrancher les subsides à des collèges universitaires qui ne leur donnaient pas satisfaction; l'autorilé supérieure leur imposait de les rétablir. On avait à Dôle des sujets de plainte particulièrementgraves. Le marquis de Vaulchier, chef de la délégation envoyée à Paris pour traiter l'affaire disait dans son Rapport: «Nous ne voulons pas de professeurs qui, au su de leurs écoliers, gardent ou visitent des femmes de mauvaise vie. On ne nous forcera pas à payer un maître qui enseigne que Jésus-Christ fut le plus habile comédien qui ait paru.»
Mgr FrayssinoLis, nommé l'année précédente Grand- Maître de l'Université, accorda très volontiers le transfert du collège de Dôle à l'administration épiscopale. Quant au Père Richardot, il eut à subir, disait plus tard le Père Varin, une sorte de contrainte morale. On lui représentait en effet que, dans la ville et la région, la promesse du Père de Clorivière était considérée comme un véritable engagement, qu'on avait assez attendu et qu'un nouveau refus ferait un effet déplorable ^ Appuyé d'ailleurs sur l'avis de son conseil, le Provincial donna sa parole. A la rentrée prochaine les Jésuites reprendraient la direction du collège de l'Arc. Les conditions étaient d'ailleurs on ne peut plus avantageuses. Le
I. Cf. Lettre du Père Varin au R. Père Fortis, du 9 septembre 1828, Catalogi Prov. Gallise 182S-1836 denuo trpis mandati (P. Alex. Vivier, Appendix, p. 8).
collège bâti par les Pères de l'ancienne Compagnie, était aménagé conformément aux dispositions de l'Institut; on y trouvait soixante-dix chambres desservies par de larges corridors, de vastes salles ouvertes sur un cloître voûté, et enfin une église fort convenable; les classes étaient de Tautie côté de la rue et on s'y rendait par un pont couvert, qui avait fait donner au collège le nom sous lequel il avait acquis une notoriété qui s'étendait bien au delà des limites de la province. La ville promettait en outre 120.000 francs pour les réparations qu'on jugerait nécessaires. Elle n'imposait d'autre charge que de recevoir quelques élèves externes.
Les avantages d'un tel établissement, avec les souvenirs qui s'y rattachaient et le vœu de toute une population, devaient, semble-t-il, lever toute hésitation. Tel ne fut pas cependant l'avis du Père Général. Pour les raisons que nous avons dites, il avait cru devoir interdire à la Province de France toute fondation nouvelle pendant trois ans. 11 refusa donc tout d'abord de ratifier l'engagement pris par le Provincial. L'infortuné Père Richardot se trouva pendant quelques semaines dans une situation plus que délicate. Son humilité lui suggéra une solution qui, aux dépens de son honneur, sauverait celui de la Compagnie. Il écrivit à son Supérieur une lettre vraiment touchante. Après avoir exposé comment il avait été amené à prendre une décision ferme, il reconnaissait avoir en cela outrepassé ses pouvoirs; en conséquence il consentait à être désavoué et révoqué. En attendant, concluait-il, aucune suite ne serait donnée au projet. (6 août 1823.)
Le Père Fortis n'avait garde d'en venir à cette extrémité; il demandait de nouvelles informations et les examinait avec ses Assistants, laissant le pauvre Provincial expier dans une attente pénible son trop d'empressement. « Le Père Richardot, écrivait le Père Varin, dépérit j)our l'alfaire de Dôle. » (9 septembre.) Enfin l'autorisation fut accordée; le Père Rozaven, Assistant de France, en la