CHAPITRE V
transmettant au Père Richardot, lui rappelait que « le rôle du Provincial est d'écouter les propositions, mais c'est au Général de les accepter ». (26 septembre 1823.)
Peu de jours après, le Père Richardot annonçait au maire de Dôle, M. Dusillet, que tout était heureusement arrangé : « La Providence a donc pleinement secondé vos vues et fait complètement réussir les mesures que vous aviez proposées au Conseil et que la Ville avait adoptées. Elle a couronné d'un plein succès la constante activité de M. Garnier; et Mgr l'évéque de Saint-Claude, en me faisant part de l'arrêté de l'Université qui met à sa disposition l'ancien collège de l'Arc, sous le nom de Petit- Séminaire, nous invite, par une lettre pleine de bonté, à prendre l'administration de cet établissement. La rentrée des classes n'éprouvera aucun retard, et nos professeurs se rendront à Dôle dans le courant de la semaine prochaine, pour ouvrir les classes les premiers jours du mois de novembre. » (16 octobre 1823.) Le Provincial s'y rendit en personne, pour présidera celte ouverture qui eut lieu le 10 novembre, en présence de tout ce que la ville comptait de plus distingué par le rang ou la profession. Le Père Varin, très connu en Franche-Comté, son pays d'origine, fut le premier Supérieur du nouvel établissement; mais quelques mois plus tard, la direction en fut confiée au Père Richardot qui sortait de charge et qui de toute façon en devait être le fondateur. (20 février 1824.)
Deux ans plus tard autre fondation à Billom en Auvergne. Comme à Dôle, ce furent les habitants, magistrats en tête, qui prirent l'initiative du rappel des Jésuites. Le collège de Billom avait été le premier que la Compagnie de Jésus possédât en France; elle y avait été établie du vivant de saint Ignace par l'évéque de Clermont, Guillaume Duprat (1552). 11 compta bientôt au delà de quinze cents écoliers' ; et pendant plus de deux siècles il ne cessa d'élever dans les lettres divines et humaines la
1. Lilter.v anniiss Soc. Jesu, 1585. BihliothèquenalionsileS" H iS;.
jeunesse de la province. C'est dire quelle place la Compagnie s'était faite dans l'existence d'une })elite ville qui n'avait pas d'autre notoriété que celle qu'elle tirait de son collège. Aussi fut-elle parmi les premières à solliciter le retour des maîtres qui pouvaient y ramener la prospérité d'autrefois. Elle ne manquait pas de faire valoir ses droits à un tour de faveur. Une lettre signée des plus notables habitants de Billom adjurait les Pères de ne pas tarder davantage : « 11 faut que vous preniez le plus tôt possible possession d'un établissement qui fut en France le berceau de votre Société..., qu'elle a bâti ou réparé, qu'elle a rendu un des plus beaux que vous occupiez en France. » (25 mars 1825.) Cette lettre répondait aux espérances que le Père Ricliardot avait données, deux ans plus tôt. Il écrivait, en effet, le 23 juillet 1823, à l'évêque de Clermont : « Avant octobre 1825, je ne f)uis vous donner des sujets pour Billom. » Entre temps, le maire, M. Lasteyras, avait obtenu de l'Université la remise du collège à l'administration diocésaine ; enfin les Jésuites y rentraient à l'automne de 1826 ; c'était, hélas! pour bien peu de temps.
Ainsi se complétait ce chiffre de huit Petits-Séminaires dirigés par la Compagnie de Jésus. Il n'y en eut pas d'autre sous la Restauration ; mais c'en fut assez pour provoquer les alarmes et les colères des libéraux qui voyaient déjà l'éducation de la jeunesse française accaparée par les Jésuites.
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Nous devons ici entrer avec quelque détail dans la vie de ces établissements. C'est là que, pendant quatorze ans, la nouvelle Province de France dépensa au service de l'Eglise et du pays le meilleur de ses forces et de son activité. Au moment où celte période prit fin, elle n'avait en dehors de ses Petits-Séminaires, que les deux résidences de Paris et de Laval, et ses deux noviciats de Mont-