CHAPITRE V
l'ancienne Compagnie, nous n'avons pas à ledémontrer ici; mais combien elle est injuste pour ce qui regarde les nouvelles générations, on le voit par les textes législatifs que nous avons cités. « Le régime de ces établissements (les Petits-Séminaires) est le pensionnat...; ils ne peuvent recevoir aucun élève externe. » Les Jésuites n'avaient donc pas le choix. Leurs établissements sous la Restauration ne reçurent en effet que des pensionnaires, sauf pourtant les deux derniers en date. Dôle avait en 1825 150 externes contre 270 pensionnaires; à Billomon compte dès la première année 320 externes et seulement 78 pensionnaires. La dispense avait été accordée non pas aux Jésuites, mais aux municipalités.
D'après leur institution et le texte de la loi les Petits- Séminaires avaientpour objet l'éducation des futurs clercs, et donc ne devaient en principe recevoir que des élèves se destinant à l'état ecclésiastique. 11 est certain que, à cet égard, les maisons des Jésuites s'écartèrent de la rigueur du droit. Mais elles n'étaient pas les seules dans ce cas, et il faut reconnaître aussi que ni l'autorité ecclésiastique, ni l'autorité universitaire elle-même n'entendirent jamais au pied de la lettre les prescriptions légales relatives au recrutement des Petits-Séminaires. Du moment que l'évêque ouvrait une école secondaire ecclésiastique, on le laissait libre d'y admettre qui bon lui semblait. Comment d'ailleurs eût-on institué une enquête sur la vocation des élèves? De fait, même sous l'empire, les Petits-Séminaires reçurent sans être aucunement inquiétés une multitude d'élèves qui ne se destinaient point à l'état ecclésiastique. Quant à ceux qui furent confiés aux Jésuites à partir de 1814, il était entendu au préalable qu'on aurait toute liberté pour les admissions; la preuve c'est que, presque partout, les évêques stipulaient qu'un plus ou moins grand nombre de séminaristes seraient entretenus gratuitement sur les bénéfices procurés par les pensions des élèves laïques. Il y en avait vingt dans ce cas à Bordeaux, quarante à Sainte- Anne d'Auray, pas moins de cinquante à Montmorillon,
et une centaine à Saint-Acheul^. Il était de notoriété publique que les pensionnats des Jésuites, comme du reste les Petits-Séminaires en général, recevaient des élèves qui ne songeaient point à entrer dans les ordres, et on ne voit pas que l'administration universitaire leur ait jamais suscité de difficulté sur ce point.
Il en fut de même pour le port du costume ecclésiastique, obligatoire en certains cas, à s'en tenir à la lettre des Ordonnances. Cette obligation paraît être tombée de bonne heure en désuétude, si tant est qu'elle ait été jamais en vigueur. A moins que l'on ne considère comme costume ecclésiastique l'uniforme assez sévère de coupe et de couleur tel qu'il est décrit dans les prospectus : redingote brune, tout le reste noir. Il semble bien en effet que, à ce compte-là, on s'estimait en règle avec la loi^.
Une seule fois, à notre connaissance, l'autorité supérieure prétendit ramener les Jésuites à la stricte légalité. C'était en 1818; la campagne contre l'Université, commencée dès 1814, était menée avec véhémence; les partisans de r Université ne se contentaient pas de la défensive ; les récriminations et les dénonciations se multipliaient contre des établissements qui avaient le tort de réussir trop bien. Le Petit-Séminaire de Bordeaux attirait les élèves au détriment du lycée; à Saint-Acheul c'était pire encore. Le chef du gouvernement, M. Laine, ministre de l'Intérieur, craignait surtout de paraître inféodé au parti
1. « ... Prœler hosce convictores, siint etiam i8o fere alii (alumni) qui dicuntur externi, quanquam ipsis hospitium et doctrinam gratuito domiis suppeditel. Sacro minislerio destinanlur. » (Lettre du Père Druilhet, recteur de Saint-Acheul, au Père Général, 24 avril 1824.)
2. En 1828, les Supérieurs des Petits-Séminaires eurent à remplir un questionnaire envoyé par l'Administration. On lit dans celui de Bordeaux : « Les élèves portent-ils un vêlement uniforme? — Rép. Les élèves ont un uniforme qui est un vêtement noir complet. — Est-ce la soutane? — Rép. La soutane n'est portée que par ceux dont l'âge et les dispositions garantissent la vocation. Vingt élèves portent la soutane. 11 en est d'autres en grand nombre dont la vocation est justement présumée, plusieurs en qui elle est clairement manifestée et qui porteraient volontiers dès aujourd'hui la soutane, (/es Séminaires de Bordeaux, par Louis Bertrand, t. II, p. 282.)