‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 171 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de la Congrégation; il crut devoir donner aux libéraux un nouveau gage de son indépendance. Le 19 novembre il écrivait à Mgr d'Aviau, archevêque de Bordeaux :

« Je suis informé que le Petit-Séminaire de Bordeaux sort des limites et des règles prescrites pour ces sortes d'établissements... » On dit qu'il est dirigé par des Pères de la Foi; qu'il compte de trois à quatre cents élèves; « on assure qu'il s'en faut de beaucoup que tous se destinent à l'état ecclésiastique et en prennent l'habit après deux ans d'études, comme il est prescrit; que des externes y sont admis, contre les dispositions formelles des Ordonnances royales... Je vous engagea réduire votre Petit-Séminaire aux seuls élèves ecclésiastiques et à y faire observer les règlements. J'ai été obligé de donner à cet égard les ordres les plus précis à M. le Préfet. »

A cette mise en demeure l'archevêque répondit finement : « Tous les élèves reçoivent une éducation ecclésiastique. » Ceux qui ne sont pas reconnus aptes à la cléricature ou qui y renoncent de leur plein gré emportent au moins de bons principes, et on a lieu de croire qu'ils seront de bons chrétiens et de fidèles sujets du Roi. Au surplus, on avait induit Son Excellence en erreur. Le Petit-Séminaire comptait non pas 400 élèves, mais exactement 240; « pas un externe ni demi-pensionnaire »; « ils portaient l'habit ecclésiastique », ce qui ne voulait pas dire la soutane. Le ministre n'insista pas.

A Saint-Acheul l'alerte fut plus sérieuse. De fait, la situation donnait prise à un autre grief. Les locaux de l'Abbaye ne pouvant suffire pour tous les élèves, on avait installé les séminaristes dans une maison dite le Blamont, à quelques centaines de mètres de Saint- x\cheul; les petits y avaient leurs classes; les grands suivaient celles du collège. On pouvait soutenir qu'il y avait deux écoles secondaires ecclésiastiques; or, la loi n'en autorisait qu'une seule. Le collège allait être mis en demeure de se soumettre à l'Université; sinon, il serait fermé.

La décision prise au ministère de l'Intérieur fut commu-

niquée le 18 décembre aux vicaires-généraux d'Amiens, administrateurs du diocèse pendant la vacance du siège * ; elle devait être mise à exécution immédiatement.

Averti le soir même, le Père Loriquet, Supérieur de Saint-Acheul, réunit son conseil, et séance tenante, on arrêta un plan de conduite. Tous les élèves des hautes classes, ecclésiastiques ou laïques, seraient réunis à Saint- Acheul, et ceux des basses classes au Blamont. Cette nuitlà même s'opéra un double déménagement, et le lendemain 19 décembre, le Supérieur appelé à l'évêché pouvait déclarer en toute vérité que la division était d'ordre purement disciplinaire, les grands garçons d'une part, les petits de l'autre, mais qu'il n'y avait en réalité qu'un seul établissement. De leur côté, les vicaires-généraux répondaient au ministre en se retranchant dans leur qualité de simples administrateurs ^eâJe vacante. Le Concordat aussi bien que le Droit canon leur interdisait de rien changer dans la situation du diocèse.

Sur ces entrefaites, M. Laine cédait la place au duc Decaze (23 décembre) ; mais l'affaire de Saint-x'\cheul n'était point abandonnée. Un nouveau préfet envoyé dans la Somme, le Comte d'AUouville fit savoir dès l'abord qu'il entendait voir les choses par lui-même; il se rendit, en effet, au jour dit, à Saint-Acheul, visita le Blamont, interrogea les maîtres et les écoliers. Les Pères eurent à se défendre sur tous les points en litige; les arguments ne leur manquaient pas. M. d'AUouville ayant relevé sur la liste des élèves quelques noms très aristocratiques : a Ceux-là, dit-il, ne se destinent assurément pas à la carrière ecclésiastique. » A quoi le Supérieur répondit : « Pourquoi

i. Mgr de Demandolx était mort peu auparavant. Il fut remplacé au cours de l'année 1819 par Mgr deBouibelles. Le marquis de Bombelles avait servi d'abord dans l'armée royale; il épousa la « sainte » amie de Marie-Antoinette, fut ambassadeur à Vienne et entra dans les Ordres après la mort de sa femme. Nommé évêque d'Amiens, il n'occupa malheureusement son siège que fort peu de temps; il mourut le .5 mars i82'2. Saint-Acheul, disent les Annales, ne connut pas « d'ami plus sincère, plus dévoué, plus tendre, plus généreux ».

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