CHAPITRE V
gratuitement son enseignement à tous, clercs ou laïques, mais ne s'occupe ni de leur logement ni de leur subsistance. En principe, les collèges des Jésuites ne connaissaient donc que des externes. Les élèves étrangers à la ville prenaient pension chez l'habitant. Quand celte ville était une bourgade comme Billom ou Tournon, et que les écoliers venus du dehors se comptaient par centaines, chaque foyer en recevait qui plus qui moins. On peut voir dans les Mémoires de Marmontel comment les choses se passaient à Mauriac en i\.uvergne, vers le milieu du dixhuitième siècle. Lorsqu'ils se virent obligés d'annexer des pensionnats à de rares collèges, les anciens Jésuites, tout en s'y réservant un certain contrôle, en laissaient à d'autres l'administration temporelle. Quant aux Séminaires dont ils eurent la direction dans quelques diocèses de France, aussi bien que de l'étranger, on n'y recevait que des clercs ou des enfants destinés à la cléricature, dont l'éducation était à la charge de l'Eglise.
Après le rétablissement de la Compagnie de Jésus au commencement du siècle dernier, les circonstances étaient bien différentes. On ne donna plus aux Jésuites, en France du moins, aucun collège avec fondation ; les Petits- Séminaires que leur oflVaient les évéques étaient dénués de ressources; sauf des locaux presque toujours insullisants et mal en état, ni le gouvernement, ni les municipalités ne fournissaient aucun subside ; ces établissements devaient se suffire à eux-mêmes, se procurer de quoi entretenir maîtres et élèves et pourvoir à la retraite et au recrutement du personnel. C'est ainsi que les Jésuites furent amenés par la force des choses à ouvrir des pensionnats ; ce fut dès lors le régime ordinaire de leurs maisons d'éducation. On peut bien dire, à l'encontre de la légende, que la Compagnie de Jésus manquait d'expérience en ce genre et qu'elle eut à faire un véritable apprentissage. Elle ne le fit pas, et qui pourrait s'en étonner? sans tâtonnements et faux pas. Nous aurons à en signaler quelques-uns.
Nous avons retrouvé dans les Archives des Provinces de Paris et de Lyon les prospectus des huit Pensionnats du temps de la Restauration. Ils se ressemblent pour le fond; au nord et au midi, le but des Jésuites est de donner aux enfants qui leur sont confiés une forte éducation chrétienne basée sur une solide instruction religieuse. Les programmes, les méthodes, les ressorts pédagogiques, l'émulation, les notes, les bulletins adressés aux familles, etc., ne présentent que des variantes sans importance; partout, l'uniforme est de rigueur. 11 y a des différences assez notables dans le prix de la pension, ce qui n'a rien d'étonnant, vu la diversité des régions où se recrute la clientèle. A Sainte-Anne d'Auray il ne s'élève pas au-dessus de 450 fr. A Forcalquier, après avoir débuté à 620 francs, il descend dans les dernières années à 450 fr. Pareillement à Dole, le chifi're fixé dans les deux premières années à 630 fr. s'abaisse ensuite à 472 fr. A Montmorillon il se maintient à une moyenne de 525 fr. Enfin à Saint-Acheul, à Bordeaux et à Aix la pension n'est jamais inférieure à 600 fr. et divers abonnements la font monter jusqu'à 700 fr. ou 720 fr. 11 est vrai qu'à Aix les élèves peuvent passer les vacances au pensionnat sans supplément de prix, et à Saint-Acheul avec un supplément de 50 fr. Ces prix sont assez élevés pour l'époque ; car les 700 fr. de Saint-Acheul en 1820 correspondent assurément à plus de 1.000 fr. aujourd'hui. A cette date le budget de la France n'avait pas encore atteint le milliard. 11 va sans dire que les remises étaient nombreuses et parfois considérables. A Bordeaux, lors de la fermeture de l'établissement, 120 élèves seulement sur 230 payaient la pension entière, 31 n'en payaient aucune; le chifi're total des remises dépassait 46.000 francs'. A F'orcalquier, dans les premières années, les pensionnaires paient les uns 400 fr., d'autres 300 fr., d'autres 200; les boursiers y furent toujours en proportion notable*.
1. Les Séminaires de Bordeaux, par L. Bertrand, tome II, p. 282.