CHAPITRE V
De fait, la situation financière de ces établissements ne semble pas, malgré le nombre de leurs élèves, avoir jamais été brillante. A Saint-Acheul, le plus prospère de tous, on se vit, en 1819, dans la nécessité d'acheter l'immeuble, car il fallait agrandir les bâtiments devenus trop étroits. Pour faire face à 60.000 fr. d'achat et 120.000 de constructions, on avait en caisse 30.000 fr. ; c'étaient les économies réalisées en cinq ans. On dut faire un appel aux familles des élèves pour contracter un emprunt, qui n'était point encore totalement remboursé en 1828', quand le pensionnat fut fermé. A Bordeaux, en vertu du contrat passé en 1816 pour la cession du Dépôt de mendicité au Petit-Séminaire, on avait à payer aux Hospices de la ville une indemnité de 25.000 fr. Là non plus on n'était pas arrivé en 1828 à éteindre cette dette".
On sait que Saint-Acheul fut sous la Restauration ce que l'on pourrait appeler le collège à la mode, si ce mot n'éveillait pas des idées trop légères. Aucune maison d'éducation ni à Paris, ni en province, n'attira davantage l'attention publique; on y accourait de tous les points de la France; la Belgique y envoyait un fort contingent et il n'était guère de pays d'Europe qui n'y fût représenté. A plusieurs reprises on dut ajouter de nouvelles constructions
1. Il y a ici quelque discordance entre les documents que nous avons pu consulter. Les chiffres que nous venons de citer sont ceux du P. Loriquet dans les Annales de Saint-Acheul. D'autre part, le P. de Grivel qui venait de gouverner la Province de France depuis la mort du P. Simpson, 25 juin 1820, écrivait dans son Rapport au P. Fortis, 17 décembre : « On a acheté Saint-Aclieul 80.000 francs ; on a fait pour 20.000 francs de réparations à l'église, et dépensé 60.000 francs en constructions nouvelles pour les pensionnaires. Ces frais ont été couverts par un prêt sans intérêt consenti par les parents des élèves. »
Dans ce même Rapport nous trouvons les précisions suivantes sur l'état ûnancier de la maison de Paris qui avait à sa charge le noviciat deMontrouge : «Elle a 12.000 francs de revenu (5. 000 francs de rentes et ^.000 francs provenant de diverses pensions payées par les familles des novices), pour subvenir à l'entretien de près de 100 personnes; il faut compter environ six cents francs pour chacun. »
2. F.es Séminaires de Bordeaux, par L. Bertrand, tome II, p. 25'j. La ville s'était en outre réservé la nomination de dix pensionnaires qui seraient reçus gratuitement.
à celles qui existaient déjà. On avait pourtant tiré parti de locaux destinés à toute autre chose. Après la vieille abbaye et l'abbatiale plus moderne, on avait envahi la ferme adjacente; en 1817, une étable avait été transformée en salle d'étude; détail pittoresque, on y avait laissé le râtelier qui servait de tablette à déposer les livres. En 1818 on éleva en bordure du cimetière un bâtiment de 43 mètres de longueur, occupé tout entier au rez-de-chaussée par une salle d'étude et aux deux étages par des dortoirs. Tout le travail fut exécuté en trois mois et coûta 35.000 fr. Autant dire qu'on faisait du provisoire.
Dans son ensemble l'installation du fameux collège n'était ni confortable ni commode. Sauf un immense réfectoire, baraque en bois qui a disparu, Saint-Acheul présente aujourd'hui encore le même aspect qu'au temps de sa splendeur ; le visiteur se demande comment on était parvenu à y loger près de cinq cents élèves pensionnaires avec cinquante à soixante religieux et au moins autant de domestiques, au total plus de six cents personnes. Assurément, avec nos exigences actuelles, le problème eût été insoluble.
L'établissement comprenait, outre les trois habitations de Saint-Acheul, le Blamont et une pension dite chez Cagny, remplacée dans les dernières années par la maison de Saint-Firmin, située en face de l'église, de l'autre côté de la route. Parti de 140, en 1814, le nombre des élèves tous internes, répartis entre les cinq maisons, dépassait 900, en 1824, et malgré de réels efforts, on ne parvint pas à l'abaisser notablement dans les années qui suivirent. On a vu par une lettre du Père Richardot, que l'on refusait alors annuellement plus de deux cents demandes. Pareille aflluence, en effet, n'allait pas sans inconvénients de toute sorte; l'encombrement dans des locaux trop étroits n'était même pas le plus grave. Un jeune professeur de Rhétorique, le Père Jacques Ferrand, voyait se presser autour de sa chaire jusqu'à 84 élèves ; la classe de troisième en comptait 140 ; les classes