‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 176 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

jours. On y comptait encore une centaine d'élèves, avec toutes les classes, la Philosophie exceptée.

Ainsi donc, sur les huit maisons d'éducation dirigées par les Jésuites de 1814 à 1828, une seule s'achemina d'elle-même vers la ruine ; encore cette décadence eut-elle pour cause une situation géographique déplorable et le développement d'une voisine plus favorisée à tous égards.

Somme toute, les débuts des nouveaux Jésuites français dans l'enseignement furent plutôt brillants, trop brillants peut-être ; s'ils l'eussent été moins, il est permis de penser qu'ils n'eussent pas soulevé tant de fureurs chez les libéraux de ce temps-là.

Si l'on cherche les causes de ce succès, on ne les trouve assurément pas dans la supériorité de leur savoir ou de leurs méthodes. Nous avons déjà eu l'occasion de faire sur ce point les aveux nécessaires. Le personnel dont disposait la jeune Province de France laissait certainement beaucoup à désirer au point de vue de la valeur pédagogique. La plupart des maîtres n'avaient reçu aucune préparation professionnelle ; tout manquait pour cela, le temps et les hommes. Quand on voit, à Bordeaux par exemple, en 1816, le Père Maillard, âgé de vingt-cinq ans, préfet des études et le Père Barrelle, âgé de vingt-deux ans, professeur d'Humanités, faire leur classe, y ajouter la surveillance et, sans être prêtres ni l'un ni l'autre, prêcher aux élèves sermons et retraites, on admire leurs prouesses, mais on ne peut douter que, avec un tel surmenage et une action aussi improvisée en tout genre, il ne dût y avoir, dans l'enseignement tout au moins, bien des fautes et des lacunes. L'Université, il est vrai, ne pouvait pas non plus se vanter de posséder alors beaucoup de maîtres éminents; chez elle aussi le recrutement était défectueux et la formation hâtive et incomplète, quand

elle n'était pas nulle ^ Néanmoins si beaucoup de familles préféraient pour leurs fils les maisons des Jésuites à celles de l'Université ce n'était pas à cause de la qualité de l'enseignement et de la force des études. Mais, au point de vue de l'éducation religieuse et morale, la confiance qu'on accordait aux Jésuites s'augmentait de toute la défiance qu'inspirait l'Université.

Cette défiance s'était manifestée dès les débuts de l'institution impériale. Les inspecteurs généraux la signalent déjà en 1809. Beaucoup de Petits-Séminaires, d'écoles destinées au recrutement du clergé, ont été fondés par les évêques; « des pères de famille avouent qu'ils y ont placé leurs enfants, non pas pour en faire des prêtres, mais parce qu'ils se défient des lycées et des collèges- ». Le Grand-Maitre, Fontanes, semble bien avoir partagé ces préventions, ce qui suffirait à prouver qu'elles n'étaient que trop justifiées. On sait, en effet, qu'il encouragea les institutions libres, atténuant à leur égard dans la mesure du possible les rigueurs des Décrets impériaux, au point que certains historiens trop dévoués au monopole universitaire lui ont reproché d'avoir à demi trahi « les vues et l'ambition du maître^ ».

Quoi qu'il en soit d'une imputation aussi honorable pour celui qui en estl'objet, il est certain que, même sous l'empire, en dépit de l'effroyable pression légale qui s'exerçait au profit de l'enseignement officiel, les institutions privées

1. L'École normale supérieure n'était pas ce qu'elle est devenue dans la suite. Les examens d'entrée étaient insignifiants. « Il y avait peu de candidats, médiocre concurrence. » (Aulard, Napoléon ]<"■ et l'Université, p. 3^5.) Les grades étaient conférés arbitrairement. (Ibid.) L'école fut même supprimée sous la Restauration à cause de son mauvais esprit ; elle ne fut rétablie qu'en iSig.

2. Rapport des inspecteurs envoyés dans le Rhône, 9 avril 1809. Cf. Aulard, Napoléon /«='• et le monopole unh'ersitaire, p. 299. — « L'époque de l'Université impériale est marquée, malgré les restrictions des Décrets impériaux, par un grand accroissement des établissements particuliers d'instruction secondaire. )> (Schmidt, la Réforme de V Université impériale en 1811 , p. 42.)

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