‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 177 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avaient presque autant d'élèves que les lycées et collèges : soit 32.409 contre 35.130, en 1811. Maintenue parle gouvernement de la Restauration, l'Université n'en gardait pas moins comme l'empreinte du pouvoir qui lui avait donné naissance; de toutes les institutions impériales aucune n'était vue avec plus de défaveur par les monarchistes; elle sembla d'ailleurs prendre à tâche de provoquer leurs appréhensions et leur antipathie. Par une sorte de fatalité qui tenait à ses origines, elle fut sous les Bour- Jjons un foyer d'opposition antimonarchique et antireligieuse. De fait, pendant toute cette période un vent de révolte souffle dans l'Université, et les manifestations outrageuses s'adressent également à la royauté et à la religion. Le rétablissement de la monarchie coïncidant avec l'occupation du pays parles troupes étrangères, les adversaires du régime font rejaillir sur lui l'humiliation infligée à la France; les jeunes têtes fermentent et les troubles se succèdent dans les écoles de tout degré soumises à la discipline universitaire'.

Quant à la situation morale et religieuse, elle était certes autrement inquiétante encore que les incartades en matière politique. L'Administration supérieure s'efforçait de remédier au mal, mettant les exercices religieux en honneur, invitant le personnel des collèges à donner l'exemple, appelant le plus grand nombre possible d'ecclésiastiques aux fonctions d'enseignement ou de direction; on comptait, en 1820, 600 prêtres attachés à l'Université 2. Enfin, pour couronner le tout, la charge de Grand-Maitre, sup-

1 . « ... Parmi les lycées devenus collèges royaux il en est peu qui n'eurent leur insurrection, et cela dans toute l'étendue du royaume...» (Quiclierat, Histoire du collège Sainte-Barbe, tome III, p. i33.) « ... Les Barbistes se distinguèrent entre tous par leur turbulence. Chaque division eut son jour d'émeute et de gloire. En 181^ les rhétoriciens soutinrent un siège. En 1819 l'insurrection fut générale...» (Ibid., t. III, p. 180. En 1820, nouveau siège; on fait venir les pompiers et les pompes. On pratique une brèche; le directeur M. de Lanneau pénètre dans la place et reçoit une blessure.

2. Rapport du P. de Grivel au R. P. Général Fortis, i'^ dco. 1820.

primée en 1814, était rétablie par Ordonnance royale et confiée à un prélat distingué entre tous par ses vertus sacerdotales autant que par son éloquence,

Mgr Frayssinous n'épargna rien pour relever parmi la jeunesse universitaire le niveau de la moralité et de la vie chrétienne. 11 payait de sa personne, adressait à l'occasion de ses visites dans les collèges des exhortations pieuses aux maîtres et aux élèves et y faisait même donner des retraites par des prédicateurs en renom. De plus en plus il choisissait des ecclésiastiques pour les mettre à la tête des établissements ^ Les résultats ne semblent pas avoir répondu à son zèle non plus qu'à celui de ses devanciers. On en peut juger par la lettre ouverte que l'abbé de Lamennais écrivait au Grand-Maître, à la date du 22 août 1823.

Cette lettre, publiée dans le Drapeau blanc^ est un réquisitoire contre l'éducation universitaire ; on ne pouvait attendre du fougueux polémiste qu'il gardât ni ménagements ni mesure; le réquisitoire y perd sans doute en autorité. Toutefois, par la précision et la gravité des faits qu'il contient, par l'émoi qu'il suscita et le procès qui s'ensuivit, il constitue un document historique dont il n'est pas possible de ne pas tenir compte. L'auteur osait dire au destinataire : « Nous avons été, Monseigneur, plus d'une fois témoin de l'horreur que vous inspiraient la profonde impiété et les mœurs dissolues des collèges. » « ..! On ferme les yeux, disait-il encore, sur les plus énormes excès, on les excuse, on les justifie ou au moins on les tolère comme inévitables^. »

Après avoir cité des exemples que mieux vaut ne pas rappeler, le terrible écrivain se croyait en droit de conclure : « Une race impie, dépravée, révolutionnaire se forme sous l'influence de l'Université. »

1. Le Glohe se plaignait que les « trois-quarts des provisorals » dans les collèges royaux « et toutes les principautés » dans les collèges, communaux fussent occupés par des prêtres. (21 juin 1828.)

2. Vie de Mgr Frayssinous, i)ar le baron Henrion, i844i P- ^aS sqq.

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