‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 184 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

aux Mathématiques et à la Physique, autrement dit aux Sciences. C'est la méthode successive^ que nous avons remplacée par la méthode simultanée, mais à laquelle, après expérience, on se demande aujourd'hui si nous ne ferions pas bien de revenir. Toutefois l'arithmétique n'est pas renvoyée à la dernière année des études; elle est enseignée dès les basses classes, de façon que ceux qui n'iraient pas jusqu'au bout en sachent ce qui est utile dans la pratique de la vie. A ce propos, nous voyons que, lorsque le Père Loriquet arriva à Saint- Acheul sur la fin de 1817, on y enseignait encore les anciennes mesures avec leur calcul si compliqué; homme d'initiative et de progrès, le Père Loriquet s'éleva contre cette forme d'attachement au passé et fit adopter le système décimal qui, disait-il, restera, quel que soit l'avenir politique de la France.

Pour l'enseignement de l'Histoire, le Plan cVétudes accuse aussi un pas en avant : « On a cru, dit-il, devoir rendre à l'Histoire trop généralement négligée le rang que semble lui assigner son importance. » Dans les hautes classes, à partir de la quatrième, le manuel ne sera pas appris par cœur, mais les élèves devront eux-mêmes faire de vive voix le récit après une lecture répétée deux ou trois fois; ils devront en outre rédiger par écrit un résumé des leçons; ces rédactions seront remises au professeur, vues et corrigées tous les mois.

Parmi les « objets d'enseignement » figure, dans le Plan cVétudes, la déclamation. Les élèves seront exercés le plus souvent possible à lire ou à débiter par cœur devant leurs camarades des morceaux choisis de français ou de latin; les plus grands donneront des pièces de leur composition; cet exercice aura lieu soit en classe, soit au réfectoire, soit à la grande salle dans les circonstances plus solennelles.

Enfin on arrive aux arts d'agrément; on les traite avec une sévérité qui pourra paraître excessive. « On ne leur donnera que des parcelles de temps dérobées au délassement; il y a trop d'études importantes. ;) Le dessin

lui-même n'est pas estimé; on s'en tiendra à ce qui peut avoir une application pratique; « l'art n'est pas abordable». La musique offre tant de dangers qu'il vaut mieux pour le plus grand nombre l'ignorer tout à fait. Aussi on s'y adonnera le moins possible ; on tolérera ce qu'on ne peut empêcher; le temps des leçons elles-mêmes sera pris exclusivement sur les récréations. « On apprendra seulement ce qu'il faut pour exécuter un air facile, proprement et avec goût ^ » Surtout « point d'airs mous, efféminés ou passionnés ». L'escrime est plus en faveur. Elle sera utile à tous pour leur développement physique, et il faudra l'enseigner « à fond à ceux qui veulent être militaires ».

Les deux chapitres suivants ont pour objet l'ordre du jour et l'emploi du temps de la classe. On se lève à 5 h. 1/2 en hiver, à 5 heures à partir du l*"" avril; on assiste à la messe tous les jours; il y a deux heures de classe le matin, deux heures le soir, un quart d'heure de récréation après la première; une demi-heure après la seconde, et une heure et quart après le dîner.

Le Plan cVéliicles est complété ici par le Coutumier de Saint-Acheul; on y entrevoit un train de vie que les collégiens d'aujourd'hui trouveraient bien austère. L'année scolaire n'a pas encore subi d'amputations; on ignore les

I. A Rome on voyait d'assez mauvais œil l'introduction dans le programme des collèges français de matières non prévues par le liatio. Le P. Rozaven s'efforçait de lutter contre les innovations : Au recteur de S.iint-Acheul il écrivait : « Arithmétique, par condescendance. Mais on n'apprenait autrefois ni arithmétique, ni géographie, ni histoire. On les apprend mieux en Logique et en Physique. Chaque année les enfants oublient ce qu'ils ont appris l'année précédente, w (Archiv. Lugd., 111, p. 3.) Au recteur de Sainte-Anne d'Auray : « Palmarès reçu m'a fait de la peine... Des prix pour le Dessin et la Musique; ce qui a paru ici extraordinaire. On a demandé d'où vient cette nouveauté... Le Dessin et la Musique ne font pas partie de l'éducation que donnent les Jésuites. » (i" janvier 1823,)

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