‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 185 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vacances du jour de l'an, aussi bien que celles de Pâques ou de la Pentecôte; les grandes vacances elles-mêmes sont loin d'avoir la longueur de celles d'aujourd'hui 'i Elles commencent vers le 20 août (ailleurs le dernier lundi d'août), pour finir le deuxième jeudi d'octobre. Les congés sont fort rares; le Père Simpson s'appuyant sur le Ratio studiorum et la tradition de l'ancienne Compagnie, avait prescrit le jour de congé hebdomadaire; on y renonça bien vite pour s'en tenir aux deux promenades du mercredi et du samedi. Il y a pourtant sortie une fois par mois pour ceux qui ont des parents à Amiens. Par contre, à Aix, le Prospectus déclare expressément qu'on ne va jamais en ville, « si ce n'est dans le cas d'absolue nécessité ». Avec cela, il semble qu'on n'a pas encore assez de temps pour l'étude; le Coutumier permet en effet aux grands de se lever à 4 heures. Cela vaut mieux que la veillée que, à une époque plus rapprochée de nous, on accordait dans les collèges à ceux qui avaient à préparer l'examen du baccalauréat. Autre détail où se révèle la sévérité des mœurs de l'époque : Le Coutumier énumère les fêtes où l'on déjeune au réfectoire; les jours ordinaires les élèves, au sortir de la messe, cueillent dans la corbeille un morceau de pain qu'ils mangent sur le pouce.

A propos de l'emploi du temps en classe, le Père Loriquet semble aller au-devant de certaines querelles que l'on a faites de nos jours, avec plus ou moins de bonne foi, à la pédagogie du passé. Il n'estime pas que la tâche du maître consiste à faire apprendre par cœur et réciter le texte des manuels. Son principe est «qu'il faut donner peu à apprendre, mais exiger que ce peu soit su et récité couramment ». La récitation des leçons ne prendra pas plus de quinze à vingt minutes. La correction des devoirs vient ensuite; elle se fait en public pour quelques-uns, mais il faut que le professeur s'astreigne à la faire en

I. « Jusqu'à la Rhétorique, elles ne doivent pas dépasser cinq à six semaines; elles peuvent aller jusqu'à huit pour les Philosophes. >» {Arcliiv. Paris. 3oo6.)

particulier, « s'il veut entretenir le goût du travail ». L'exercice fondamental de la classe est l'explication des auteurs. On choisit un texte court, que l'on scrute à fond, que l'on tourne et retourne, que Ton fait revenir sous forme de questions, et dont on dégage les règles. Dès qu'on le peut, on doit éviter le mot à mot; dans les hautes classes, ce sont les élèves eux-mêmes qui font l'explication. Ici le Plan d'études s'écarte du Ratio.

Le chapitre suivant traite des moyens d'émulation et de répression. Les anciens Jésuites avaient fait de l'émulation l'un des principaux ressorts de l'œuvre éducatrice; des théoriciens modernes se sont plu à en signaler les inconvénients et ont prétendu substituer à l'émulation, stimulant de la vanité, l'amour pur du devoir et le zèle du perfectionnement personnel. Pédagogie idéale qui a seulement le tort d'oublier que les enfants sont des enfants, ou plutôt, comme dit La Bruyère, « déjà des hommes ».

Fidèle à la tradition des Jésuites et de l'humanité le Plan d'études fait une très large part à l'émulation. Nous y trouvons le système des « émules », pas encore toutefois celui des « camps ». Ce n'est que plus tard que les classes seront partagées en « Romains » et en « Carthaginois»'. Il y a composition toutes les semaines, une « étoile » pour les premiers avec ruban vert pour la diligence, et ruban rouge pour la composition; inscription au tableau d'honneur; à l'origine on affichait les listes tout entières; c'était le pilori pour les derniers; le Père Simpson ordonna que l'on n'irait pas plus loin que les dix premiers. Ajoutez les proclamations mensuelles en grande solennité, les bulletins trimestriels et enfin les examens de Pâques et de fin d'année. Le Contuniier de Saint-Acheul fournit sur ces examens quelques informations très détaillées, d'où il résulte qu'on y attachait plus d'importance et qu'on y mettait aussi plus de sérieux

I. Les « camps » existent dans les classes à Saint-Acheul en iSa^. Ht. « Le Collège de mon tils », par Bellemare, p. 48.

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