‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 186 sur 358 · CHAPITRE Yl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yl

cfue de nos jours. Les élèves les mieux notés avaient l'honneur de subir leurs examens en public ; les séances se prolongeaient pendant trois jours, les étrangers y étaient admis et prenaient part aux interrogations ; les élèves de Philosophie eux-mêmes avaient le droit d'interroger, « avec la gravité convenable », leurs jeunes camarades, et ce n'étaient pas les examinateurs les moins redoutés .

D'autre part ceux qui étaient mal notés en diligence passaient leurs examens devant un jury spécial présidé par le Père Préfet des classes ; s'ils ne donnaient point satisfaction, ils devaient recommencer au bout de quelques jours, après quoi le Préfet décidait de leur sort. On ne montait pas à la classe supérieure, avant d'avoir obtenu à l'examen la moyenne requise. 11 y avait en outre l'examen des paresseux. Celui-là était environné d'un appareil formidable ; quelquefois même le correcteur attendait dans une pièce voisine. En tout cas, les sanctions n'étaient point une vaine menace; elles allaient jusqu'au maneat inclusivement.

Les prix étaient peu nombreux ; à cet égard on se conforma de bonne heure aux prescriptions du Ratio studio' runi; on ajouta seulement le prix d'Excellence^ non sans quelques protestations des supérieurs de Rome qui goûtaient peu cette innovation. Pareillement le régime de l'internat fit introduire le prix de Sagesse ou de Bonne Conduite, lequel fut, dès le début, décerné par le suffrage des élèves. « Jamais, lisons-nous dans les Annales de Saint-Acheul^ il ne nous est arrivé de réformer leur jugement. »

Quant aux matières d'enseignement, les prix étaient attribués d'après un concours unique qui avait lieu sur la fin de l'année scolaire, environné de précautions rigoureuses pour assurer l'impartialité des décisions. Les copies n'étaient pas signées et le jury les classait sans connaître le nom des concurrents. Il va sans dire que la distribution des prix se faisait avec toute la solennité

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possible; les Palmarès que nous avons eus sous les yeux ont eux-mêmes l'allure pompeuse des anciens programmes d'actes universitaires'.

Les Académies furent assurément Tun des meilleurs moyens imaginés jadis par les Jésuites pour provoquer et entretenir parmi les écoliers l'ardeur au travail. Le Ratio studiorum règle minutieusement tout ce qui regarde l'établissement et le fonctionnement de ces institutions. Il y a généralement une Académie pour les classes de grammaire et une autre pour les hautes classes. Naturellement tous les élèves ne sauraient prétendre à l'Académie; c'est une élite qui ne comprend que les meilleurs parmi les bons. Aussi le titre d'académicien est-il fort en honneur. L'Académie tient d'ordinaire séance une fois par semaine; c'est elle qui fait les frais des solennités littéraires du collège.

L'Académie ne figure pas dans le Plan d'éludés du Père Loriquet; cette omission à elle seule serait plus que suffisante pour prouver que, à réj)oque où il le rédigea, il connaissait encore mal les méthodes traditionnelles de la Compagnie de Jésus. Les Académies n'en furent pas moins établies dans tous les Petits-Séminaires dirigés j)ar les Jésuites sous la Restauration. Le Coutuniier de Saint- Acheul mentionne le congé des académiciens au 29 jan vier, fête de saint François de Sales. « Trois académies, dit l'annaliste, furent fondées au mois de mai 1820, celle des Rhétoriciens, celle des Humanistes et une dernière composée d'élèves de Troisième auxquels pouvaient être associés quelques-uns des meilleurs élèves de Quatrième...

I. Voici un spécimen de frontispice d'un Palmarès de Bordeaux :

In Minori Seminario Burdij,'alensi Solemnis Prœmiorum Distributio

Quod felix fauslum Forlunalumque sit Religioni Christianissimi Régis Iniperio tolique adeo Rei Litlerariaî et omnibus Gymnasii nostri alumnis. Anno reparatae salutis MDCGCXXVl.

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Pour être admis à l'Académie, il fallait avoir donné des garanties de bonne conduite et témoigné d'un esprit de piété peu commun. Aussi l'Académie était-elle fermée à un élève, quelque fût son talent, qui n'avait pas sollicité son agrégation à la famille de Notre-Dame et n'y jouissait pas au moins du titre de postulant.

« Outre les séances publiques qui avaient lieu invariablement tous les trois mois, des séances privées se tenaient chaque semaine, toujours en présence du Directeur. Elles commençaient et finissaient par une courte prière. Le Secrétaire lisait le compte rendu de la séance précédente; après quoi l'on s'occupait de quelques-uns des exercices suivants : la lecture de nouvelles pièces, discours, etc., pour juger si elles étaient dignes d'entrer dans le recueil intitulé Masie academicai, ou si leurs auteurs auraient à les retoucher ; lectures commentées de quelques pages d'un auteur de rhétorique, de littérature, de poétique, de grammaire; déclamation d'un morceau de prose ou de poésie, suivie de remarques des académiciens et du Directeur; explanation de quelque jjeau passage d'un auteur grec ou latin, ou français; questions proposées sur quelque point relatif aux études... w

Les Annales de Saiiit-AcJieul, ainsi que les Dlaires des autres maisons ne manquent pas de signaler les séances publiques des Académies et parfois en reproduisent le programme in extenso. Ainsi à Sainte-Anne d'Auray, par exemple, le !«'" janvier 1827, le nouvel évêque de Vannes arrive sans être annoncé. L'Académie improvise une séance littéraire pour le lendemain. C'est un plaidoyer sur cette question : Dans quel état peut-on servir plus utilement son pays? Cinq orateurs plaident tour à tour pour le Commerce, les Lettres, l'Armée, la Magistrature et l'état ecclésiastique. Tout naturellement le dernier saisit l'occasion de tourner un compliment au prélat.

Avec les Académies on pourrait signaler encore comme moyens de stimuler les talents naissants la publication d'un Journal. Le Père Loriquet raconte que l'essai en fut

fait à Saint-Acheul, preuve que la gent écolière de ce temps-là ne laissait guère à inventer en fait d'initiatives hardies. Le Journal, rédigé par les Rhétoriciens et les Humanistes, se borna d'abord à insérer, avec la chronique du collège, des critiques littéraires et scientifiques, des devoirs et compositions jugés dignes de franchir les limites des classes ; mais bientôt il élargit son programme et la verve malicieuse des rédacteurs se donna carrière aux dépens des uns et des autres, si bien que l'autorité jugea prudent d'arrêter la publication.

Indépendamment de ce qu'on pourrait appeler des institutions scolaires plus ou moins passées dans le domaine public, il y a mille et une manières d'éveiller et d'entretenir l'émulation ; elles diiFèrent suivant l'âge, le tempérament et le caractère des écoliers, suivant même les mœurs et les habitudes du pays. A cet égard on ne saurait fixer de règles précises ; mais il n'est peut-être pas excessif de dire que le meilleur maître est celui qui sait le mieux découvrir et employer les industries qui obtiennent des enfants l'application et l'effort personnel.

Telle est bien la pensée de l'auteur du Plan d'études. Il recommande aux professeurs de faire appel à toute leur ingéniosité ; il ne faut pas dédaigner les petits moyens; les bons sont ceux qui réussissent. Il cite l'exemple de ce professeur de classe élémentaire à Saint- iVcheul qui, à la fin du jour, offrait au plus méritant de ses élèves... une prise de tabac. A la fin de la semaine le premier lauréat avait le privilège, non plus seulement de plonger ses doigts dans la tabatière professorale, mais d'offrir lui-même une prise à ses camarades les mieux notés. Avec cette originale récompense le maître obtenait des prodiges ; « des enfants pleuraient, dit le Père Loriquet, pour n'en avoir pas été jugés dignes ».

Nous aurons à revenir sur l'article des répressions. Le dernierchapitre du Plan cVétudes concernela Bibliothèque. Le Père Loriquet veut en effet qu'il y ait une bibliothèque pour les élèves et qu'ils consacrent à la lecture le plus de

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