‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 192 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Un des chapitres les plus importants de l'ordre du jour dans les internats est celui qui concerne l'emploi du temps des récréations. Tout le monde est d'accord sur l'utilité, disons plutôt la nécessité des jeux. Mais ici se pose un problème délicat : Dans quelle mesure l'autorité peut-elle imposer l'obligation de jouer, et comment concilier cette obligation avec la liberté qui paraît être de l'essence du jeu? Naturellement tous les éducateurs n'adoptent pas la même solution; les uns font la part très large à la liberté; d'autres estiment que la liberté en cette matière a trop d'inconvénients, et donc, doit être sacrifiée sans miséricorde; d'autres enfin s'ingénient à établir une obligation qui laisse subsister une certaine dose de liberté pour la satisfaction des esprits ombrageux. Il semble que ce soit ce compromis que l'on tâcha de réaliser à Saint-Acheul.

Voici en effet ce qu'on peut lire dans les Annales : « L'expérience avait prouvé que, dans un pensionnat nombreux, les jeux qui donnent de l'exercice au corps sont très salutaires à l'âme. Les conversations fréquentes entre élèves pendant la récréation aboutissent d'ailleurs, presque toujours, à des liaisons suspectes, à des plaintes, à des murmures secrets contre toute disposition prise pour le maintien de l'ordre. Aussi, dès le premier jour de l'année scolaire 1817, avait-on pris soin d'introduire les jeux et de les recommander. On engagea les congréganistes à donner l'exemple; ils le firent de bonne grâce, et ce fut désormais une sorte d'obligation pour tous les élèves de jouer habituellement; il n'y eut d'exceptés que ceux à qui la faiblesse du tempérament semblait interdire toute fatigue. »

Dès l'abord on s'était ingénié à multiplier les jeux, de façon qu'il y en eût pour tous les goûts. Restait cependant l'allée des promeneurs où devaient se trouver tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne prenaient pas

part aux jeux. Ces péripatéticiens étaient l'objet d'une surveillance spéciale. L'annaliste raconte à ce propos une anecdote assez plaisante. En 1817 on avait reçu à Saint- Acheul une douzaine de jeunes gens, anciens élèves de l'Université, qui s'obstinèrent pendant quelques jours à faire bande à part, estimant au-dessous de leur dignité de jouer avec leurs camarades. Le Père Sellier se (diargea de les réduire. — Puisque vous vous trouvez bien ensemble, leur dit-il, nous allons favoriser votre réunion amicale. Vous passerez désormais vos récréations dans une salle où vous pourrez converser tout à votre aise, et je me ferai un plaisir de vous tenir compagnie. — 11 fallut se rendre à l'invitation, et d'abord ils firent assez bonne contenance ; mais avant la fin du jour, la conversation languissait, tombait même. Vainement le Père Sellier essayait de la ranimer. Les jeunes philosophes demandèrent grâce; le Père Sellier se montra difficile et ne leur ))ermit enfin de quitter le salon de conversation que sur leur promesse de ne plus s'exposer à y revenir.

Ce fut en cette même année que M. de Bonald fit une visite à Saint-Acheul dans l'intention d'y placer deux de ses petits-fils. 11 voulait se rendre compte par lui-même si l'établissement méritait sa réputation. Membre de la Commission de l'Instruction publique, il savait mieux que d'autres quels justes sujets de })laintes donnaient aux familles les internats universitaires. 11 vit les élèves à l'église, en étude et en classe; mais ce fut après les avoir vus en récréation dans toute l'ardeur de leurs jeux qu'il se déclara pleinement rassuré. C'était là à ses yeux le véritable critérium.

Pour en finir avec le chapitre de la discipline, notons encore quelques détails qui ont leur signification. Le Coiiiumier de Saint-Acheul, rédigé dès les premières années, fut ensuite soumis à la révision romaine. Il revint avec les annotations de l'Assistant de France, le Père Rozaven. Dès lors l'accès de l'intérieur du collège fut interdit aux femmes ; une infirmerie dut être aménagée à proximité

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