‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 194 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A Dôle, on vit pire encore, un véritable mélodrame. Le Père Richardot, alors Recteur, raconte toute l'histoire dans une lettre au préfet du Jura, du 25 décembre 1824. Un élève, portant un nom des plus reluisants de la province, d'accord avec son père, comme on a lieu de le croire, achète un pistolet, se rend dans le parc et perce d'une balle le pan de son habit; après quoi il vient faire un récit terrifiant. 11 a été arrêté par trois voleurs, qui lui ont pris sa montre et sa bourse, et qui lui ont dit qu'ils se chargeaient de régler leur affaire aux Jésuites et au Père Recteur tout le premier. Le jeune homme avait si bonne réputation, son récit avait un tel accent de candeur, qu'on n'eut pas même l'idée d'une supercherie. La police fut avisée, on fit des perquisitions, on félicita le héros de l'aventure et on dit une messe d'actions de grâces pour sa préservation. Malheureusement l'armurier qui avait vendu le pistolet vint éveiller des soupçons. Le jeune homme interrogé entra bien vite dans la voie des aveux. On avait été dupe d'un homme du monde, désireux de mystifier les Jésuites; ce qui ne suffit pas à justifier une gaminerie.

Les Etats les mieux policés ne sont pas exempts de crimes et de délits ; en dépit de quelques frasques inévitables dans les agglomérations nombreuses d'écoliers, les maisons dont nous faisons l'histoire se distinguaient par leur bonne tenue, au point de servir d'exemple à d'autres et de les piquer d'émulation. « Un effet bien remarquable de notre arrivée en ce pays, écrivait le Père Drui- Ihet lors de la visite provinciale à Billom, c'est que les autres établissements, tant de Glermont que du diocèse, ont perfectionné la discipline de leurs maisons d'éducation, et en général, la conduite des élèves y est meilleure qu'auparavant. Nous le savons par les journaux, par les parents et même par les chefs de ces établissements. On pourrait donc dire avec vérité qu'il serait de l'intérêt public que nous eussions des établissements sur tous les

points de la France. Une louable rivalité se fait sentir. » (12 janvier 1827.)

La discipline au collège est de toute nécessité ; rien ne saurait la remplacer, et plus les élèves deviennent nombreux, plus il importe qu'elle soit exacte et rigoureuse. Gardienne de l'ordre, elle a d'ailleurs par elle-même une vertu éducatrice, car elle habitue l'enfant à la maîtrise de soi-même; bien loin d'anéantir la volonté, comme le lui reprochent des gens à courte vue, elle l'assouplit et la fortifie par l'exercice. C'est à ce point de vue que pour beaucoup de jeunes gens il y a un sérieux avantage à passer par le service militaire. Toutefois la discipline ne saurait sulïire à l'éducation. Le collège où elle régnerait seule, avec le secours des sanctions pénales, ressemblerait trop à la caserne. Les éducateurs chrétiens, les prêtres surtout, ont heureusement dans la religion, et ne craignons pas de le dire, dans la piété, un instrument de culture morale, dont l'action est tout à la fois plus puissante et plus douce.

On a fait grief aux Jésuites, ailleurs même que chez les libres-penseurs, de pousser leurs élèves à la piété au delà des limites de la discrétion. 11 est certain qu'ils ont toujours considéré comme leur devoir de former des chrétiens, en même temps et plus encore que des hommes instruits dans les lettres et les sciences, et que, pour y parvenir, ils ont fait de la piété le principal ressort de leur pédagogie. Si c'est un tort, ils ne songent pas à s'en défendre. Voici d'ailleurs une instruction sur ce sujet qui montre quel idéal poursuivaient les Jésuites français de la nouvelle génération ; c'est de quoi rassurer quiconque voudra ici être de bonne foi. Le 1^' juillet 1818, le Père Simpson écrivait aux Pères du Petit-Séminaire de Bordeaux :

« Que la piété que vous devez inspirer à vos élèves soit une piété solide, fondée sur des principes sûrs,

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