‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 195 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

incontestables, et dont ils n'aient jamais à rougir. Cette piété doit donc être dégagée d'observances minutieuses, capables de provoquer les railleries de ceux avec qui ils vivront un jour hors du collège. 11 faut en conséquence qu'ils n'entendent et ne lisent rien qui puisse seulement exalter leur imagination, mais que par vos soins ils deviennent de vrais et solides chrétiens ; et c'est par là qu'ils seront armés suffisamment pour soutenir les assauts auxquels Dieu permettra qu'ils soient un jour exposés. »

En ce qui concerne les exercices religieux, le règlement dans les maisons des Jésuites ne différait pas de celui des autres Petits-Séminaires. On y trouve l'assistance à la messe chaque matin et, le soir, la lecture spirituelle. La confession est obligatoire une fois par mois ; mais, ajoute le Règlement de Saint-Acheul, « ceux qui voudront faire quelques progrés dans la piété s'approcheront plus souvent du tribunal de la pénitence et de la sainte table ». On sait que, au début du siècle dernier, la fréquentation des sacrements n'était guère en honneur, même parmi les plus fervents; le levain janséniste avait infecté les âmes demeurées fidèles à la pratique religieuse. On peut suivre, dans les documents manuscrits qui nous restent de cette époque, les luttes que les Jésuites eurent à soutenir dans leurs maisons d'éducation contre de déplorables préjugés qui étaient ceux des familles plutôt que des élèves'. Leurs efforts aboutirent d'ailleurs à des résultats que l'on pouvait alors considérer comme très satisfaisants, hes Annales de Saint-Acheul enregistrent pour l'année scolaire 1824- 1825 le chiffre de 18.000 communions; et pour l'année 1827- 1828, la dernière de Saint-Acheul, 25.000 confessions-.

L'année s'ouvrait par une retraite ; dès le début ce point

I. On pourrait citer ici une curieuse lettre du vicomte de Mac-Carlliy, frère du célèbre Jésuite, clirétien exemplaire, qui ne peut consentir que l'on fasse faire la première communion à son neveu âgé de près de dix ans, dont il est le tuteur. (Archiv. lugd., XVI, ^og.)

a. Malheureusement ces chiffres sont ceux des confessions entendues par les Pères de Saint-Acheul et des communions distribuées dans

fut regardé comme indispensable pour donner l'impulsion. Nous voyons par la correspondance des Supérieurs que, lorsque Ton était obligé de difïerer la retraite, tout était en souffrance, le travail comme la discipline; les premières semaines étaient à peu près perdues. Le Père de Mac- Garthy fut l'un des prédicateurs attitrés de ces retraites. L'annaliste de Saint-Acheul mentionne spécialement celle de 1821 : « Elle eut, dit-il, un succès prodigieux. Nous avions depuis longtemps conçu des projets de réforme; le moment de les réaliser était venu. » Et il raconte, en effet, comment, grâce aux bonnes dispositions où la retraite avait laissé les élèves, il fut possible de mettre ordre à bien des abus petits ou grands. A Bordeaux, à Montmorillon, à Aix, à Forcalquier, la chaude parole du Père de Mac-Carthy, rehaussée du prestige de sa réputation, n'obtenait pas de moindres succès. A Aix, où l'on avait eu le tort de débuter avec un trop grand nombre d'élèves admis sans assez de discernement, la retraite fut dans les premières années, au témoignage même du Supérieur, un secours inappréciable, sans lequel toute discipline fût demeurée impuissante.

La durée de la retraite n'est pas déterminée d'une manière précise ni uniforme. Elle se prolongeait, semblet-il, toute une semaine. D'après le Coutumier de Saint- Acheul, tous les élèves n'y prennent pas part; ceux de la première division y sont admis de droit ; ceux de la seconde, avec le consentement du Père Préfet et de leur confesseur, lesquels l'accordent aisément. En princ ipe, le prédicateur s'adresse surtout aux grands; ils occupent les places les plus rapprochées de la chaire. Le temps de la retraite est divisé en deux parties, il y a des jours dits/?reparatoires et des jours de pleine retraite; il est encore permis de jouer pendant les premiers, mais tous les jeux sont suspendus pendant les seconds. Tous les professeurs

l'cj^lise; il n'y a pas de doute que la pari des élèves n'y figure pour le plus jj^raiid noiubre; mais rien n'indique quelle esl ejLactenieul celle part.

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sont invités à se mêler aux élèves pendant les récréations.

La retraite de fin d'année pour ceux qui terminaient leurs études fut instituée dans les Petits-Séminaires des Jésuites sous la Restauration. Nous en avons la preuve dans une lettre du Père Loriquet au Père Général, du 30 septembre 1822. A cette date l'usage était établi, mos invaluit^ ce qui semble indiquer que la pratique remontait à un certain nombre d'années; et c'est sur la demande des élèves eux-mêmes, ipsis peientibus alumnis, qu'elle s'était introduite à Saint-Acheul et de là dans les autres maisons ^

Avec la retraite, le moyen employé de préférence par les Jésuites pour entretenir parmi leurs élèves la piété et le bon esprit, ce furent les Congrégations. On peut dire en toute vérité que c'était là une tradition de famille, ou plutôt une part de l'héritage que la nouvelle Compagnie tenait de sa devancière. On sait en efï'et quelle action ]>ienfaisante eurent les Congrégations dans les anciens collèges des Jésuites. Du jour où il leur fut permis de se consacrer de nouveau à l'apostolat de l'éducation, ils s'empressèrent de rétablir une institution dont une expérience de deux siècles avait démontré la merveilleuse fécondité.

La Congrégation de la Sainte Vierge fut érigée à Saint- Acheul, dès 1814, par le Père Louis de Bussy. « 11 jugea à propos, disent les Annales^ de n'y admettre d'abord que trente-trois élèves et de les faire élire par les enfants euxmêmes à la pluralité des voix. La restriction mise au nombre des futurs congréganistes ne laissait entrer que les plus fervents et, d'un autre côté, l'élection confiée aux élèves éloignait tout soupçon de partialité, et assurait en

I. Mos, ipsis petentibus alumnis, invaluit, ut omnes qui studia jamjam absoluturi suiit, sub finem anni, diebus festum Sti Ignati priecedentibus, sacrum instituant recessum, in quo vocationem quisque suam serio examini subjiciant et arma contra spirituales mundi nequitias sibi nature comparent. (Archiv. rom.)

Pour leur retraite de fin d'études les philosoplies de Saint-Acheul s'installèrent à l'Abbatiale ; la retraite durait huit jours, octiduum.

même temps la bonté du choix, personne ne connaissant mieux un écolier que les écoliers qui l'entourent. »

La Congrégation ne trompa pas les espérances qu'on avait fondées sur elle, « Tous, poursuit l'annaliste, auraient voulu être reçus dans la famille de Notre-Dame, et ceux du moins à qui leur âge le permettait s'offrirent à l'envi à subir les épreuves qui en ouvraient la porte. » Outre les réunions et les exercices de piété que les congréganistes faisaient en commun, « la méditation le matin et l'examen de conscience le soir étaient obligatoires pour tous, et ils devaient d'ailleurs se distinguer par l'observation plus fidèle du règlement de la maison, la réception plus fréquente des sacrements et la charité fraternelle ». Ainsi, soit par l'exemple de ceux qui en faisaient partie, soit par le désir de s'y faire admettre, la Congrégation agissait comme un perpétuel stimulant de régularité, de travail et de vertu. L'annaliste ne craint pas de lui attribuer l'honneur d'avoir contribué pour une très grande part à maintenir le bon ordre dans les années difficiles où un développement trop rapide exposait Saint-Acheul à une sorte de crise de croissance. Le grand nombre d'enfants trop jeunes pour entrer dans la Congrégation de la Sainte Vierge suggéra au directeur l'idée d'en créer une seconde à leur usage; ce fut la Congrégation des Saints Anges à laquelle on dut des fruits merveilleux de piété et de sagesse dans la division des petits. En 1824, la Congrégation de la Sainte Vierge comptait cent soixante membres, celle des Saints Anges, soixante.

Outre l'obligation générale de donner en tout le bon exemple, les congréganistes avaient dans leurs attributions différentes œuvres de zèle et de charité. On a vu déjà qu'ils s'employaient de tout cœur à organiser les jeux. C'est sur eux encore que l'on comptait pour accueillir les nouveaux camarades et leur adoucir les difficultés et les ennuis de l'accoutumance. Le Père Louis de Bussy, disent les Annales, voulut même, en 1819, instituer « une section, dite de zèle, qui fut spécialement chargée de cet

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