CHAPITRE VI
important ministère et qui, à dater de cette époque, s'y employa avec un admirable dévouement ».
L'assistance des pauvres fut aussi dès le début un des privilèges des congréganistes. Les jours de promenade ils allaient par groupes, sous la conduite du Père Directeur, les visiter à domicile et leur porter des secours; d'autres fois on les conduisait aux hôpitaux et même aux prisons; ils faisaient ainsi l'apprentissage de la charité sous toutes ses formes. Pour mieux assurer le fonctionnement de ce service, le Père Louis de Bussy organisa, en 1821, la section de charité à laquelle il fut officiellement confié. Ce fut une véritable Conférence de Saint-Vincent de Paul avant la lettre. Son règlement, dressé et longuement expliqué par le Père Louis de Bussy, quelques semaines avant sa mort, est une esquisse, trait pour trait, de l'œuvre fondée par Ozanam dix ans plus tard et qui devait étendre sur le monde entier sa bienfaisante influence.
Les Annales le résument en quelques lignes : « L'objet de la section de charité était de procurer aux pauvres à domicile, aux malades de l'Hôtel-Dieu et aux prisonniers des secours temporels et spirituels. Elle avaitun président, un vice-président, un secrétaire, un trésorier et plusieurs chefs de bandes. Outre les assemblées communes à toute la Congrégation, elle en avait de particulières, soit pour s'agréger de nouveaux membres, soit pour régler le travail et en faire le partage, soit pour en mettre le résultat sous les yeux de la section et le consigner dans les archives... Elle avait pour patrons particuliers saint François-Xavier et saint Vincent de Paul. Le mercredi était consacré à la visite de l'Hôtel-Dieu, le samedi à celle des prisons et des pauvres familles. Tous les membres de la section, groupés selon l'ordre des semaines, recueillaient chaque jour avec soin les restes de dessert, les fruits, les papiers épars, les copies inutiles, les vieux cahiers, etc. » Seuls, les congréganistes de la Sainte Vierge pouvaient entrer dans la section et, avant d'être admis, ils devaient faire
leurs preuves : « Rassembler pour les pauvres les restes du réfectoire, accompagner les sectionnaires à rtlôtel- Dieu, s'essayer à consoler les malades, à les instruire de leurs devoirs, à les ramener à Dieu », tels étaient les exercices du noviciat.
Notons encore parmi les privilèges des congréganistes rhonneur de faire tous les frais de la cérémonie du lavement des pieds le jeudi-saint. C'est en 1819 que le Père Louis de Bussy en établit l'usage. Lui-même, racontent les Annales, « se prosterna devant les douze enfants pauvres, leur lava les pieds et les baisa. Ses deux aides les essuyaient. Après eux tous les congréganistes vinrent s'agenouillera leur tour devant les douze pauvres et leur baisèrent humblement les pieds... Puis, après avoir distribué aux douze enfants des pains pour leurs familles et le produit d'une quête faite le matin parmi les congréganistes, on les conduisit en une salie, où les dignitaires de la Congrégation leur offrirent un repas el les servirent eux-mêmes ». Cette pieuse pratique se renouvela fidèlement chaque année.
L'exemple donné par la Congrégation porta ses fruits; on ne voulut pas laisser aux congréganistes le monopole de la charité. Chaque division d'abord, puis bientôt chaque classe du pensionnat adopta une ou plusieurs familles indigentes. Petits et grands rivalisaient de générosité envers ceux qu'ils regardaient comme leurs protégés. L'Annaliste de Saint-Acheul s'arrête ici longuement devant un tableau qui le charme :
« On les voyait se concerter entre eux pour remettre à un trésorier de leur choix les fruits dont ils se privaient, l'argent qu'ils se refusaient, les vêtements même dont il était permis de disposer. Toutes ces provisions ils les portaient eux-mêmes aux familles que la classe avait adoptées. C'était là leur promenade la plus agréable. Tous briguaient l'honneur d'accompagner les professeurs dans cet exercice de charité. Cinq ou six au plus de chaque classe pouvaient y aller à la fois, et c'était entre eux à qui