‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 197 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

porterait les paniers contenant les provisions destinées à la pauvre famille. Tous les samedis c'était un spectacle curieux et édifiant de voir, sans compter les trois sections des congréganistes de la Sainte Vierge, quinze ou dix-huit bandes d'écoliers de tout âge qui, avec leurs professeurs respectifs, prenaient le chemin de la ville, la traversaient chargés de provisions et allaient dans les divers quartiers chercher des malheureux à secourir. »

Voici, entre autres, une gracieuse invention qui, tous les ans, à l'époque de Noël, faisait tomber des sommes assez rondes dans le trésor des pauvres. A l'exemple des bergers, les élèves portaient leurs offrandes à l'Enfant Jésus dans sa crèche; c'étaient des oranges, des douceurs de toute sorte qui s'y amoncelaient chaque jour, et qui, après avoir été ainsi exorcisées contre la gourmandise, étaient vendues aux enchères au profit des familles assistées. On se piquait au jeu et les prix montaient follement. Trois douzaines d'oranges, disent les Annales^ produisisirent 166 francs, et un autre jour, une seule fut adjugée pour 30 francs.

D'après le compte rendu présenté par les trésoriers de la section de charité pour l'exercice de 1825-1826, les aumônes en argent, recueillies parmi les congréganistes seuls, atteignaient six mille francs, et ce chiffre, dit l'Annaliste, aurait été doublé, triplé même si on y avait ajouté les dons de toute nature provenant des divisions et des classes.

En même temps que la charité, la piété des congréganistes exerçait une heureuse contagion. L'histoire de Saint-Acheul en fournit une preuve assez originale pour mériter d'être signalée. On a vu que le règlement de la Congrégation prescrivait la méditation le matin et l'examen de conscience le soir. Or, ces deux exercices fondamentaux de la vie intérieure, base et aliment d'une solide et virile piété, devinrent d'une pratique presque générale parmi les élèves de Saint-Acheul, Bien peu manquaient de s'agenouiller au pied de leur lit pour faire leur

examen avant de se coucher. Quant à la méditation, ceux qui voulaient yprendre part suspendaient leur cravate à la tête du lit; on les éveillait un quart d'heure avant l'heure réglementaire et, leur toilette faite, ils se rendaient dans les salles qui leur étaient assignées. Or, les cravates suspendues étaient nombreuses dans les dortoirs delà grande division. « La retraite des élèves a produit de tels fruits cette année, lisons-nous dans une lettre de 1824, que, depuis ce temps-là, il y en a plus de cent qui font tous les jours la méditation'. » « Sur soixante-six pensionnaires que j'ai dans mon dortoir, écrivait en 1827 un autre surveillant, il n'en reste que deux ou trois qui ne vont pas à la méditation. »

Le cycle des fêtes liturgiques fournissait d'ailleurs les meilleures occasions de promouvoir la piété des élèves conformément à l'esprit de l'Eglise. Le Coulumier de Saint-Acheul contient à cet égard des indications très circonstanciées et parfois point banales. Ainsi, au 8 décembre, l'ordre du jour porte que le Père Recteur lit publiquement une profession de foi à l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, laquelle est ensuite déposée dans la chapelle de la Congrégation; le jour même les Pères vont y apposer leur signature et les jours suivants, les élèves sont admis, sur leur demande, à signer à leur tour.

La station de Carême est prêchée comme dans les paroisses bien ordonnées; outre l'instruction ordinaire du dimanche, il y a prédication le mercredi et le vendredi. Il y a adoration au Tombeau la nuit du jeudi-saint. Tous ceux qui en expriment le désir passent une demi-heure devant le Saint-Sacrement.

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