‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 198 sur 358 · I. Le p. Charles Gentil au R. P. Général, 25 janvier · texte numérisé non relu

I. Le p. Charles Gentil au R. P. Général, 25 janvier

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Le jour de Pâques, avant l'aube, on fait la cérémonie de la Résurrection du Sauveur. Le rite en est décrit minutieusement ; l'assistance est facultative ; ceux qui veulent s'y trouver doivent suspendre leur cravate à la corniche du lit, et on les éveille à quatre heures moins un quart. Ils descendent à l'église qu'ils trouvent tout illuminée; l'image du Christ ressuscité est portée triomphalement et saluée de fanfares et d'alléluias.

Mais la solennité qui éclipse toutes les autres, c'est la procession du Saint-Sacrement. L'ordonnance en est réglée par le Coutu mie r jusque dans le plus menu détail; nous savons qu'il y a vingt fleuristes, vingt thuriféraires, vingt canistriféraires, quarante céroféraires, etc., au total plus de deux cents figurants ; c'est le mot propre, car ils apparaissent dans une série de figures reproduites à la fin de l'ouvrage. La magnificence des processions de la Fête-Dieu à Saint- Acheul y allira dans les premières années une telle multitude, d'Amiens et des environs, qu'il en résulta quelque désordre ; c'est pourquoi on décida de la faire dans la matinée où l'afïluence était nécessairement moindre.

Nous trouvons encore au calendrier des fêtes religieuses à Saint-Acheul les pèlerinages annuels à Notre-Dame d'Albert, à Saints et à la Trappe du Gard.

L'année 1816 avait été particulièrement calamiteuse ; on souffrait de la disette en même temps que des agitations politiques ; on eut de graves inquiétudes pour l'avenir de la maison. Pour conjurer le péril maîtres et élèves recoururent à la protection des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie. On s'engagea par vœu à pratiquer certaines dévotions et à ériger deux autels ; la formule du vœu, signée de tous les habitants de Saint-Acheul, fut enfermée dans des cœurs de vermeil qu'une députation d'élèves fut chargée de porter au sanctuaire d'Albert. Dès lors le pèlerinage était fondé. Tous les ans, les préfets de Congrégations et un représentant de chaque classe, désigné par le suffrage de leurs camarades, se rendaient

à Albert et renouvelaient au nom de tous la consécration à Notre-Dame. Aux termes du règlement, les pèlerins se levaient à une heure du matin et faisaient à pied dans la journée tout le trajet, aller et retour, soit plus de cinquante kilomètres. L'expédition n'était donc pas à la portée du grand nombre ; mais presque tous pouvaient prendre part au pèlerinage de Saints. Le lever avait lieu à trois heures, on allait réciter la prière à la chapelle, puis on partait par bandes de cent à cent vingt, en chantant des cantiques.

Quant au pèlerinage à la Trappe, c'était une récompense qui s'achetait au prix de beaucoup d'efforts et de bonnes notes. Le voyage était d'ailleurs soumis à des conditions qui l'empêchaient de dégénérer en partie de plaisir : Trajet à pied, méditation, récitation de l'Office de la Sainte Vierge en entier, deux chapelets, défense d'acheter la moindre douceur, se contenter du repas de la Trappe, verser au monastère une légère aumône et enfin être de retour pour l'heure du souper. 11 fallait promettre d'observer ce règlement; d'ailleurs les Pères s'en remettaient à la parole des pèlerins.

Saint-Acheul n'eut pas le monopole des pèlerinages : nous voyons par les Diaircs que le pensionnat d'xA.ix allait tous les ans à Notre-Dame de la Garde; malheureusement les détails manquent. Nous sommes mieux renseignés pour Bordeaux. Une longue lettre d'un jeune professeur nous montre tout le Petit-Séminaire, maîtres et élèves, partant à deux heures du matin, le 14 juillet, pour se rendre à Notre-Dame de Verdelais. Le vénérable archevêque, Mgr d'Aviau du Bois de Sanzay, qui avait pris les devants, rejoint l'expédition en cours de route; il préside en personne tous les pieux exercices de la journée et, au retour, par une nuit radieuse, il est sur le pont du bateau, au milieu des enfants qui font retentir de leurs cantiques les rives de la Garonne. Plusieurs de ces cantiques, composés pour la circonstance par le Père Loumeau ou le Père Barrelle, alors jeunes professeurs, ont pris place dans nos

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Recueils'. Ce qui paraîtra sans doute plus extraordinaire, c'est que, en certaines solennités, la procession du Petit- Séminaire se déroulaitlibrement dans les ruesde Bordeaux, protégée par le respect et la sympathie de la population, plus que par la présence de quelques agents de police et d'un piquet de soldats. Que les temps sont changés ^1 Tout ce que nous savons de l'histoire des maisons d'éducation qui nous occupent prouve que les Jésuites qui les dirigeaient s'attachèrent à y faire fleurir la dévotion à la Sainte Vierge. Les Congrégations y contribuèrent puissamment; elles furent comme le foyer d'où la flamme perpétuellement entretenue et attisée se communiquait de proche en proche jusqu'aux plus réfractaires. D'ailleurs toutes les occasions étaient mises à profit pour afTeclionner les élèves au culte de Notre-Dame; ses statues se présentaient partout à leurs yeux, aussi bien dans les cours de récréation qu'à la chapelle et dans les salles d'études et de classes; chacune de ses fêtes était célébrée avec toute la solennité possible. Ces établissements furent des premiers à faire le Mois de Marie^ pratique adoptée depuis presque universellement, mais alors à peine connue en France^.

1. Par exemple, le canlique a Jour mille fois heureux » est du P. Léonard Loumeau; « Où va ma Mère bien-aimée! » du P. Joseph Barrelle.

2. Le Pelit-Séminaire, ainsi que toutes les paroisses de la ville, se rendait chaque année à la cathédrale, le i5 aoiit, pour la procession du vœu de Louis XIIL Le retour se faisait à la tombée de la nuit en grande pompe. On lit dans le Mémorial des Curés de la paroisse de Saint-André : « C'était le collège (sic) des Jésuites qui faisait le beau de cette procession. On rapportait chez eux, à la lueur de mille flambeaux, la statue vénérée. La façade et la coupole du collège étaient illuminées. Une foule immense se rendait au salut solennel qui terminait dans la chapelle des Jésuites ce jour de triomphe pour la Mère de Dieu. » (Les Séminaires de Bordeaux, par L. Bertrand, t. II, p. 27.)

3. Le Mois de Marie composé à Saint-Acheul par le Père Louis de Bussy (-|- 1821) est, croyons-nous, le premier qui ait été publié en France. Il ne fut livré à l'impression qu'après la mort de l'auteur; on en compte 22 éditions françaises et plusieurs traductions, 1827-18'j'j.

La pratique du Alois de Marie, inaugurée en Italie par le P. Laloniia, S. J., parait bien avoir débuté en France à Saint-Acheul, ou plutôt à Montdidier, où le P. Louis de Bussy enseignait la Rhétorique dès

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C'était un stimulant énergique pour la piété : « Maintenant, écrivait de Sainte-Anne d'Auray le Père Louis de Bussy, la ferveur grandit chaque jour, car le Mois de Marie est notre mois de bonheur. Tu aurais bien du plaisir à voir, après le repas, nos pauvres enfants, entassés dans la chapelle de Congrégation, où ils se rendent de leur propre mouvement; un grand nombre doit rester à genoux, hors de la chapelle, faute de place. On récite les litanies, et puis tous vont jouer et de tout cœur'. »

Le Père Delvaux, nommé recteur à Aix, en 1824, déclarait publiquement que le premier Supérieur de la maison serait la Très Sainte Vierge; quant à lui il ne voulait être que son ministre. La dévotion ainsi inculquée pénétrait, pour ainsi dire, dans le tempérament des élèves, et les orages mêmes de la vie ne parvenaient pas à la déraciner. Les témoignages abondent à cet égard dans les documents de famille. Nous nous contenterons de citer une lettre écrite en 1820, par un étranger, à un de ses anciens maîtres :

« ... Mais un bien que je dois surtout à Saint- Acheul et dont je sens mieux que jamais le prix, c'est la confiance que j'ai en Marie... Je n'ose quelquefois pas prier le bon Dieu; on a peur de son Père, quand on sait qu'il a de bonnes raisons d'être fdché; mais ma Mère, je ne crains jamais d'avoir recours à elle; je lui dis mes peines, mes fautes...

« Oserai-je vous faire une prière? Je m'estime si heureux d'être son enfant et de sa Congrégation que je serais au désespoir si le père de Bussy, apprenant peut-être une sottise que j'aurais faite — et ma légèreté, mon imagination, ma mauvaise tête m'y exposent, — apprenant, dis-je, quelque chose qu'il jugerait indigne d'un congréganiste, me rayait du tableau, comme il a déjà fait plusieurs fois. Jusqu'à présent je n'ai pas grand'chose à me reprocher; mais, si cela arrivait, faites, je vous en prie,

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