CHAPITRE VI
connues pour le dévouement à la cause royale', un La Rochejaquelin, un Marcellus, un Reverseaux.
Quelques semaines plus tard, la duchesse d'Angoulème se rendait à la Chartreuse d'Auray pour poser la première pierre du monument des victimes de Quiberon. A cette occasion elle alla faire ses dévotions au sanctuaire de Sainte-Anne et visita le Petit-Séminaire. Le Père de Mac- Garthy qui s'y trouvait de passage porta la parole au nom des maîtres et des élèves malheureusement partis en vacances; c'était le 20 septembre. On s'imagine quel accueil eût été fait à la prisonnière du Temple parmi la fleur de la jeunesse bretonne. La princesse ofFrit en souvenir à Sainte-Anne un riche ostensoir. Peu auparavant le Roi lui-même avait fait don au Petit-Séminaire d'un tableau représentant la Sainte Vierge entourée des élèves que l'Enfant Jésus bénit en souriant. Le préfet du département, comte de Chazelles, présenta en personne le cadeau royal, le jour de la Distribution des Prix, en l'accompagnant des paroles les plus courtoises pour ceux à qui il était destiné.
Saint-Acheul ne pouvait rester en arrière. Dès la première Restauration son loyalisme s'était assez affirmé pour qu'aux Gent-Jours sa perte fût résolue. L'ordre vint en effet de fermer l'établissement au cas où les directeurs refuseraient de prêter serment à l'empire. Or, ce serment les Jésuites ne l'eussent jamais prêté. Par suite
I. La Duchesse d'Angoulème avait eu d'abord des préventions contre les Jésuites; elle les croyait coupables d'attentats contre les rois et surtout de l'assassinat d'Henri IV. Louis XVIII, moins crédule et même quelque peu sceptique, la querellait à ce sujet. A l'époque dont nous parlons, elle savait à quoi s'en tenir sur les fables auxquelles elle avait prêté l'oreille. Entre autres témoignages de sa bienveillance envers la Compagnie de Jésus, nous pouvons citer un petit livre du P. Debrosse, recteur du collège de Bordeaux : Le Mois Angélique, ou la Dévotion à la Reine et aux neuf chœurs des Anges. Publié pour la première fois en i8i5 il eut en i8ao sa troisième édition dans laquelle le titre porte une double addition : Érigée en confrérie et enrichie d'indulgences. Dédié et présenté à S. A. B. Madame la Duchesse d'Angoulème, Protectrice et membre de ladite Confrérie.
d'erreur, d'oubli ou pour toute autre cause, l'ordre ne fut pas exécuté. Le roi rentré le 25 juin 1815, la ville d'Amiens attendit encore trois semaines avant de se déclarer; la garnison qui occupait la citadelle hésitait à abandonner le parti de l'empereur déjà en route pour Sainte- Hélène.
Enfin, le il juillet, le drapeau blanc fut arboré au beffroy. Le commissaire royal. Prince de Solre, arrivait en grand appareil militaire. Toute la ville se porta à sa rencontre. Saint-Acheul se trouvant au bord de la route, le bruit des acclamations mit les élevés hors d'eux-mêmes. C'était l'heure du diner ; ils quittèrent le réfectoire pour se précipiter au-devant du cortège. Ce fut un moment d'enthousiasme indescriptible ; le Père Recteur put à peine saluer le commissaire royal ; les officiers l'arrêtaient et l'embrassaient; les vivats de la foule et des élèves empêchaient de s'entendre. Le soir la ville fut illuminée ; tout Saint-Acheul y parut. Pendant plusieurs jours il fallut renoncer à contenir l'explosion des sentiments qui soulevaient les âmes; on ne pouvait passer d'un exercice à un autre sans crier : Vive le Roi! Enfin, le 18 juillet, eut lieu une solennité religieuse à laquelle le Prince de Solre assista entouré des autorités civiles et militaires; la journée se passa en réjouissances et se termina par une illumination accompagnée de musique et de chants qui se prolongèrent bien au delà des limites accoutumées. L'éclat de la fête, la dépense, tout avait passé la mesure, si bien que le vénérable Père de Clorivière crut devoir adresser un blâme au Supérieur. Mais il y a des jours dans la vie des peuples où tout le monde est un peu ivre et où l'on aurait mauvaise grâce à rester sage.
Un petit incident montrera à quel diapason les esprits étaient montés au début de la Restauration, Dans un plaidoyer donné à la Distribution des prix de 1816, l'un des avocats faisait une allusion aux régicides contre lesquels la Chambre introuvable venait de prononcer la peine du bannissement. Rappelant les noyades de Nantes, l'orateur