‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 202 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

exprima le regret qu'on n'en eiU pas organisé une pour ces gens-là. Le propos fut rapporté au préfet, et du préfet alla jusqu'au ministre. Une enquête s'en suivit; on examina le manuscrit; il n'y était pas question de noyade, le jeune homme l'avait ajoutée de son chef au cours de la déclamation. Le ministre exigea son renvoi.

Au reste le culte passionné des maîtres et des élèves pour la monarchie ne suffisait pas à écarter de Saint- Acheul les suspicions et les désagréments. Le 26 septembre 1817, le Père Loriquet, alors préfet général du pensionnat, écrivait à son frère : « L'horizon est bien noir, et quoi que vous en puissiez penser, les coups qui nous menacent ne sont que suspendus et finiront par nous frapper. » Voici, vraisemblablement, ce qui donna lieu à ses appréhensions sinistres. Le fait est raconté au long dans les Annales.

Le duc d'Angoulême avait visité au cours de l'année les départements du Nord et de l'Ouest. Comme il approchait d'Amiens, tout Saint-Acheul l'attendit sur la route. On espérait que le prince voudrait bien s'arrêter un instant pour recevoir les hommages des maîtres et des élèves. Sitôt que la voiture parut, les vivats éclatèrent, mais le prince ne se montra pas et l'équipage passa au galop des chevaux. Grande fut la déception. Le mystère n'allait d'ailleurs pas tardera s'éclaircir. A une heure fort avancée de la nuit le marquis de Rougé, dont les fils étaient élevés à Saint-Acheul, se présenta au collège et demanda à parler au Supérieur. On le conduisit chez le Père Loriquet ^ — « Son Altesse, lui dit-il, veut vous voir et vous recevra demain matin à sept heures et demie. »

Très étonné, le Père désire savoir ce qui lui vaut cet honneur, surtout après le procédé peu gracieux de la matinée. — Aujourd'hui même, répond le marquis, il a été question de vous pendant le dîner. Le prince nous a

I. A celte date le supérieiu* de Saint-Acheul était le P. Follope,mais il s'effaçait devant le P. Loriquet qui avait la direction effective du pensionnat.

paru avoir des préventions... Nous avons pris hautement votre défense. Là-dessus Monseigneur a déclaré vouloir s'expliquer avec vous sur les griefs dont on vous charge. Tenez-vous prêt, je viendrai vous prendre dans ma voiture, je vous conduirai à l'audience et vous appuierai. »

A l'heure dite le Père Loriquet était à la préfecture avec le marquis de Rougé. Le duc d'Angoulême l'accueillit avec bonté, mais bientôt entrant en matière il se plaignit de ce qu'à Saint- Acheul on s'étudiait sans cesse à éluder les lois et les Ordonnances royales, à se soustraire à la surveillance du gouvernement, enfin de ce que la jeunesse y était élevée dans des maximes peu françaises. C'était, comme on le voit, au moins pour les deux premières, les accusations courantes, auxquelles donnait lieu la trop grande prospérité de Saint-Acheul qui comptait dés lors plus de cinq cents élèves, dont la plupart ne se destinaient assurément pas à la carrière ecclésiastique. On pouvait donc lui reprocher d'être en marge de la légalité.

Toutefois le Père Loriquet se crut en droit d'affirmer à Son Altesse que ni lui ni ses collègues ne songeaient à éluder les lois ou les Ordonnances; que l'on se conformait au contraire à toutes les prescriptions relatives aux Petits-Séminaires; que, tout se faisant à Saint-Acheul à la clarté du soleil, il était facile au gouvernement de constater et de réprimer les contraventions, s'il s'en produisait. Au troisième grief il était plus facile encore de répondre. On ne connaissait pas à Saint-Acheul d'autres maximes que celles de la religion et de la monarchie. Ces maximes et cet esprit, on pouvait les vérifier dans les livres mis entre les mains des élèves, en particulier dans VHistoire de France^ dont l'auteur avait précisément l'honneur de parler à Son Altesse. Et, non sans quelque émotion, le Père Loriquet osait rappeler que personnellement il avait subi pendant la Révolution, comme royaliste et prêtre catholique, l'exil, la prison et une accusation capitale. Après cela, il lui semblait dur d'être tenu pour mauvais Français et dangereux à la France monarchiste.

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