‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 203 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le duc d'Angoulême avait écouté le Père sans l'interrompre. Sans insister autrement, il lui donna à lire la note relative à Saint-Acheul, qui lui avait été remise par le Ministère de l'Intérieur. Le Père Loriquet l'ayant parcourue, se borna à faire observer qu'elle ne contenait que des allégations vagues, dénuées de preuves et auxquelles il croyait avoir sufïisamment répondu. — « Qu'on veuille bien, ajouta-t-il, préciser ce qu'on nous reproche et ne pas nous condamner sans nous entendre. » Le marquis de Rougé était intervenu plusieurs fois; il se portait garant de l'innocence des directeurs de Saint-Acheul et ne craignit pas d'attribuer à la malveillance et à la jalousie les rapports par lesquels on avait prévenu contre eux l'esprit du ministre et même celui de Son Altesse. Le prince parut satisfait des explications qu'on lui donnait ; il termina l'audience en recommandant au Père Loriquet beaucoup de prudence et en lui promettant sa protection : — « Si l'on vous inquiète, dit-il en le congédiant, écrivez-moi; mais que ce ne soit pas par la poste. »

Sur quoi l'annaliste conclut par cette réflexion : « 11 est évident, d'après ces dernières paroles, qu'on violait alors le secret des lettres et que celles de la famille royale n'étaient guère plus respectées que les autres. Quoi qu'il en soit, cette audience nous dévoila clairement la réalité d'un complot formé contre nous, les moyens d'exécution que l'on prétentait employer et même la main d'où les coups devaient partir. »

Effectivement, l'année suivante, M. Laine, ministre de l'Intérieur et président du Conseil, sommait l'administration diocésaine d'Amiens d'avoir à régulariser la situation du Petit-Séminaire. Nous avons raconté plus haut cet épisode critique de l'existence de Saint-Acheul. Il ne paraît pas que, en cette circonstance, le duc d'Angoulême se soit souvenu de sa promesse; au reste, ce prince ne s'affranchit jamais complètement de certaines préventions contre les Jésuites.

La ferveur royaliste ne devait point pourtant se refroidir

à Saitit-Acheul. La naissance du duc de Bordeaux y provoqua des manifestations de loyalisme plus chaudes encore que les précédentes. Quand fut ouvert la souscription nationale pour offrir au prince nouveau-né le château de Chambord, les élèves donnèrent sur leurs menus plaisirs 1.390 francs, outre une lampe de vermeil qu'une députation alla porter au sanctuaire de Notre-Dame d'Albert. L'évêque, Mgr de Bombelles, voulut en faire lui-même l'inauguration. Il porta le tout à la connaissance de la duchesse de Berry dont il était l'aumônier. La princesse le chargea en retour de faire octroyer de sa part une semaine entière de vacances aux élèves de Saint- Acheul. Sur quoi nouvelle explosion d'enthousiasme, adresse à Monseigneur qui est prié de transmettre à la princesse et au royal enfant un volumineux recueil de remerciements, d'acclamations joyeuses, de protestations de fidélité en prose et en vers.

Citons encore, entre autres anecdotes consignées dans les Annales, la visite du comte de Sèze, alors président de la Cour de Cassation. (26 juillet 1827.) Ce fut avec une sorte de vénération religieuse que Saint-Acheul accueillit et léta l'avocat illustre qui avait défendu le roi devant la Convention. L'Académie lui donna une séance littéraire dont le sujet était : « Qui l'emporte du guerrier ou du magistrat? » On évoqua les grands souvenirs du passé, l'inoubliable et tragique procès du roi-martyr; une voix d'enfant chanta : 0 Richard, ô mon Roi! Le noble vieillard — il était presque octogénaire — fut touché jusqu'aux larmes. Au cours d'une charmante causerie qu'il adressa, sur la fin de la séance, à la nombreuse assemblée, il se plut à rappeler que, lui aussi, il avait été élève des Jésuites. Ce qui donna occasion au Père Loriquet de lui dire : « Monsieur le comte, vous avez bien mal profité de leurs leçons; tout le monde sait qu'ils vous ont appris à assassiner les rois, et vous, vous les avez défendus au péril de votre vie. »

En résumé, toute l'histoire de Saint-Acheul aussi bien

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