‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 204 sur 358 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que des autres Petits-Séminaires dirigés par les Jésuites, de 1814 à 1828, atteste que l'on y professait un attachement absolu à la dynastie et aux institutions monarchiques. Ce furent autant de foyers de loyalisme intense. Le tort des Jésuites, s'ils en eurent, fut plutôt de ne pas tenir assez compte des tendances nouvelles de l'esprit public; la Restauration leur apparaissait trop peut-être, ainsi qu'à la plupart des familles qui leur confiaient leurs fils, comme le rétablissement tel quel de l'ancien régime. On verra sans doute quelque grandeur dans cette attitude de la nouvelle Compagnie de Jésus vis-à-vis de nos rois, si l'on se rappelle que c'est sous la coalition des princes de la maison de Bourbon que l'ancienne Compagnie avait succombé cinquante ans auparavant. Du point de vue donc des idées modernes le reproche d'élever la jeunesse dans des maximes peu françaises pouvait avoir un sens; on l'eût compris dans la bouche de ministres comme M. Laine et le duc Decaze; mais il était étrange dans celle d'un prince aussi rapproché du trône qu'était le duc d'Angouléme, et on a lieu de s'étonner qu'il se soit fait le porte-paroles de ces libéraux qui minaient la royauté traditionnelle en ayant l'air de la servir.

Reste à jeter un coup d'œil sur un côté de la vie de collège qui ne paraîtra secondaire qu'aux esprits ignorants des choses de l'éducation.

Le mot de « divertissements » a quelque chose de fâcheux; mais il faut bien l'employer à défaut d'autre. Dans les internats universitaires on a toujours estimé que le chapitre des divertissements ne rentrait point dans les attributions des maîtres; ils ne sont pas loin de croire que leur dignité leur interdit de s'en occuper; la tradition, tout au moins, veut qu'ils s'en désintéressent. Dans les établissements chrétiens au contraire, ce même chapitre a

sa place au programme, et ce n'est certes ni le moindre souci de ceux qui en ont la charge ni la partie la plus aisée de leur tâche. Ils savent en effet que là est le secret du bon esprit, de la bonne humeur, de l'entrain et de la gaîté, pour tout dire, de la santé physique et morale du petit peuple que le collège retient prisonnier. Un historien distingué des Doctrines de l'éducation a écrit, sans bienveillance, que les Jésuites surent toujours mieux que d'autres « dorer les barreaux de la cage ». C'est un anachronisme en ce qui concerne l'ancienne Compagnie qui, sauf de rares exceptions, ignora le régime de l'internat; mais les Jésuites du dix-neuvième siècle à qui on Timposa durent en effet se préoccuper de le rendre aussi supportable et aussi peu malfaisant que possible à leurs trop nombreux pensionnaires.

On a vu plus haut que, dès le début des Petits-Séminaires, les jeux y furent grandement en honneur. Tous les témoignages concordent sur ce point; le spectacle qui ravissait M, de Bonald à Saint-Acheul, il l'eût retrouvé dans les autres maisons. Le Père Louis de Bussy transféré à Montmorillon, juge de l'esprit des élèves d'après le même baromètre : « Ils jouent de tout leur cœur en récréation, et j'aime beaucoup les joueurs. » Une autre fois il écrit de Sainte-Anne d'Auray : « Nous tenons beaucoup aux jeux et, grâces à Dieu, rien de plus bruyant que nos récréations. »

Quels étaient les jeux auxquels on s'adonnait de préférence dans les collèges, il y a cent ans? A cet égard, nos documents écrits manquent totalement de précision. Apparemment c'étaient ceux-là mêmes que la tradition scolaire nous a transmis, et que les inventeurs de l'éducation physique sont allés, il y a quelques années, découvrir en Angleterre, Nous savons du moins par d'anciens élèves de Saint- Acheul que les différents jeux de paume y étaient cultivés avec une ferveur spéciale.

La morne promenade, en rangs, une des plus fâcheuses

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