CHAPITRE VI
le Père Richardot, craignant qu'on ne dépassât la juste mesure, n'autorisa plus que des drames en latin. On en vint même à supprimer toute action scénique; les supérieurs de Rome les jugeaient malséantes pour des établissements qui, après tout, étaient des Séminaires \ Alors, dit l'annaliste de Saint- Acheul, on se rejeta sur les concerts et les opéras que l'on chaulait sans mise en scène ni costumes.
En relatant ces diverses phases de la question, le Père Loriquetémet des appréciations assez peu favorables aux festivités théâtrales qui lui paraissent nuisibles aux bonnes études, et qu'il admet plutôt comme un mal nécessaire. Ses préférences sont pour les séances littéraires, surtout avec plaidoyers. Là les élèves doivent tirer de leur fond ce qu'ils produisent sur la scène ; il n'est pas de meilleur stimulant pour le travail, et ce peut être l'occasion de se révéler pour des talents qui s'ignorent; il n'est pas non plus impossible d'intéresser l'auditoire à une discussion qui met aux prises des camarades. Ce sont là les sérieux avantages du genre qui a seulement le tort d'être peu récréatif. Les documents qui nous restent prouvent qu'on en fit un usage fréquent dans les Petits-Séminaires- GoUèges de la Restauration.
Manifestement la vie scolaire d'alors était dans l'en-
d'ordinaire dans l'Histoire Sainte ou l'Histoire de l'Église. La plupart de ces pièces n'étant pas imprimées ont péri. Néanmoins la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus contient sous la Rubrique Théâtres, pour la France seulement, près d'un millier de numéros.
>. Le 4 février 1826, le P. Varin, vice-Provincial en l'absence du Père Godinot, écrit dans une circulaire aux Supérieurs : '< Le R. P. Provincial, dans sa dernière lettre du 16 janvier, me cbarge d'annoncer qu'on ne veut pas à Rome pour les maisons de la Compagnie de pièces de théâtre françaises, petites ou grandes, en telle forme ou étendue et sous tel nom que ce soit. » L'année suivante, à Dôle, on a pourtant joué une pièce pour la fête du Roi (4 novembre). Le P. Provincial envoie une réprimande sévère : On fait campagne contre nos maisons, dit-il, sous prétexte qu'elles ne sont pas des Petits-Séminaires. « Voilà un argument contre nous. Quel est le Petit-Séminaire qui joue des pièces de théâtre? C'est la spécialité des collèges de Jésuites. Vous êtes donc collège de Jésuites. » (Archiv. Paris. 3oio.)
semble moins égayée, on dirait volontiers, plus austère que de nos jours.
Damnosa quid non imminuit dies?...
II y avait, nous l'avons assez dit, dans le caractère et la vertu des Pères de la Foi, un fonds de rigidité qui était comme un arrière-goùt de jansénisme, et qui ne disparut pas tout d'abord quand ils se furent donnés à la Compagnie de Jésus. Pendant les premières années où ils avaient à fournir dans les Petits-Séminaires une somme de travail au-dessus des forces humaines, ils ignorèrent complètement les vacances; les élèves partis, les maîtres vaquaient aux exercices spirituels ou aux fonctions du saint ministère sans la moindre interruption. II fallut que sur ce point, comme sur d'autres, le Père Simpson les rappelât à la modération dans le bien, sapere ad sobrletatem. Ici encore il renoua la chaîne de la tradition, en rétablissant pour tous ceux qui étaient employés dans l'enseignement ou appliqués aux études un repos complet de dix jours. Il voulut même que l'on ressuscitât pour désigner ces joyeuses féeries le nom plaisant de Turlures qui leur avait été donné jadis'. Le grave annaliste de Saint-Acheul semble avoir peu goûté cette innovation; mais la chose et même le mot survécurent heureusement à ses regrets.
S'appuyant sur le Ratio studiorum et la pratique d'autrefois, le Père Simpson avait cru pouvoir rétablir aussi le chômage complet des classes le jeudi de chaque semaine. Mais le régime de l'internat d'une part, et de l'autre les exigences des programmes, qui déjà débordaient notablement ceux du temps passé, ne permettaient plus les mêmes loisirs. Les congés d'une journée entière étaient
I , L'ancien collège des Jésuites de Billom, le premior qu'ils aient eu en France, possédait une maison de campagne dans le voisinage de deux collines jumelles appelées Turluron et Turlurette. De là le nom, respectable au moins par son antiquité, donné aux villégiatures des professeurs et des étudiants de la Compagnie.