‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 211 sur 358 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

Grivel, disait-il, le suppléerait à Rome pendant la durée de son absence.

La suite de cette négociation, peu importante en soi, aide du moins à connaître les hommes qui y prenaient part. Le Père Rozaven lui-même répondait à son ami, le 2 août 1823. Pour le voyage en question, il était prêt à le faire; ce lui serait une joie extrême de revoir son pays et ses frères en religion. Mais, ajoutait-il, « je ne veux manifester d'aucune façon le moindre désir. Si je le faisais, ma conscience me le reprocherait toute ma vie ». C'est pourquoi, en donnant lecture au Père Général, comme il le faisait d'ordinaire, de la lettre du Supérieur de Montrouge, il s'était borné à mentionner simplement la demande relative à ce voyage, omettant toutes les raisons dont on l'appuyait. Le refus du Père Fortis était motivé, avant tout, sur ce que la présence du Père Rozaven à Rome lui paraissait nécessaire; car «. personne autre ici ne pourrait rendre les services qu'il rend à lui seul par ses écrits et par ses conseils, sans parler de ses emplois divers' ». En même temps que sa fonction d'Assistant le Père Rozaven remplissait celle de professeur de théologie pour les scolastiques envoyés à Rome de toutes les Provinces de la Compagnie, en attendant d'occuper la même chaire au Collège romain. Dans sa correspondance avec le Père Gury son cœur de Breton n'en laissait pas moins échapper des confidences comme celle-ci : « Je me croirais en paradis si l'obéissance m'envoyait faire une classe de logique à Sainte-Anne. » Le Père Rozaven ne devait revoir la France et la Bretagne que vingt-cinq ans plus tard, un peu avant de mourir^.

I. « Quod nemo de nobis prsestare hic possit quse ipsemet prsestat sive calamo, sis'C o^ciis, si\'e consilio. » i8 août 1828.

a. Le P. Jean Rozaven de Leissègues fut assurément un des hommes les plus distingués que la Compagnie de Jésus ait comptés pendant le premier demi-siècle de sa nouvelle existence. Né à Quiraper le 9 mars 1772, il avait pris le chemin de l'exil au début de la Révolution, en compagnie de son oncle, l'abbé de Leyssègues, ancien Jésuite. Il fut admis dans la Société des Pères de la Foi en 1797, passa en Angleterre,

Déçu dans son espoir, le Père Godinot se résolut d aller chercher à Rome les lumières et l'appui que Rome ne lui envoyait pas. Il y arriva le 13 décembre 1825. Le Père Gury écrit à ce propos dans les Mémoires de Montrouge : « Le Père Provincial... entreprenait ce voyage avec le Père Druilhet, pour traiter avec leR. Père Général des affaires de la Province... Depuis longtemps on désirait ce voyage, comme étant de la plus haute importance pour le bien de la Compagnie en France. II s'agissait de fixer plusieurs points qui jusque-là n'avaient pas encore été arrêtés, surtout sur le gouvernement des collèges, sur la manière d'être des Nôtres avec les élèves, sur lesjuvénats, etc. »

Certaines décisions furent prises, en effet, qui avaient pour objet d'imposer dans les pensionnats une observation plus exacte de la discipline religieuse. De retour en France, le Père Godinot les formula dans une circulaire qui ne fut pas, on l'a vu déjà, sans causer quelque déplaisir ^ Ce n'est pas seulement dans les Annales de Saint- Acheul que nous en trouvons la trace. Le Père Debrosse écrivait de Bordeaux au Père Général que les Pères du collège avaient été très péniblement affectés par l'Ordonnance provinciale. Tout en la défendant pour sa part, il

et dès i8o4, se détacha avec plusieurs autres de l'obédience de Paccanari, pour aller s'agréger aux Jésuites de Russie. Préfet des classes et professeur de philosophie au collège de Saint-Pétersbourg, il eut une part considérable dans des conversions plus ou moins retentissantes, entre autres celles de la princesse Elisabeth Galilzin, plus tard religieuse du Sacré-Cœur, de Mme Swetchine, etc. Après le bannissement des Jésuites de l'empire russe, le P. Rozaven devenu Assistant pour la France n'eut plus d'autre résidence que Rome, sauf une interruption de deux années à la suite des événements de i848. Il y rentra avec le P. Général et mourut octogénaire dans la maison professe du Gesù, le 2 avril i85i.

Parmi les ouvrages du P. Rozaven on peut citer : La Vérité défendue et prouvée par les faits contre les calomnies anciennes et modernes. (Apologie de la Compagnie de Jésus.) Polotsk, iSi'j. Avignon, i8a5. Pp. xlii- 227. — L'Église catholique justifiée contre les attaques d'un écrivain qui se dit orthodoxe (Alexandre de Stourdza), 1822. Pp. xliii-464. — Examen d'un ouvrage intitulé : Des Doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la Théologie (de l'abbé Gerbet).

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