CHAPITRE VU
n'osait, disait-il, condamner l'opinion de ceux qui pensaient que la réforme aurait des conséquences regrettables.
La correspondance du grave Père Varin contient l'écho de ces doléances : « Une réflexion, écrit-il, que je ne puis m'empêcher de faire à Votre Paternité, c'est sur le triste effet qu'a produit dans tous nos pensionnats le changement si subit et si sensible opéré par la clôture des Nôtres. Cette séparation trop marquée a singulièrement refroidi le cœur des enfants, diminué leur confiance et affaibli leur piété. Les parents s'en sont aperçus et en ont éprouvé de la peine, craignant de voir disparaître cet esprit paternel avec lequel on avait jusqu'alors élevé leurs enfants et qui avait produit de si heureux effets. » (10 juillet 1825.)
Cette émotion était excessive, on en eut bien vite la preuve. Pour pratiquer plus strictement leur règle, les Jésuites ne perdirent rien de leur influence sur leurs élèves; ni leur prestige n'en fut diminué, ni leur action éducatrice affaiblie, lis purent constater, une fois de plus, que le meilleur pour eux c'est d'être ce qu'ils sont, sans blâmer d'ailleurs le moins du monde ceux qui sont et qui font autrement.
Le Provincial était de ceux qui savent faire accepter joyeusement les sacrifices qu'ils demandent. C'est encore le Père Varin qui lui rend ce témoignage : « 11 a tellement gagné les cœurs et la confiance par sa vertu et sa douceur qu'il n'a point rencontré d'obstacles dans les réformes et changements qu'il a cru devoir faire. La clôture était un des points les plus difficiles à raison des changements qu'elle apportait dans les relations avec les élèves... Mais on s'y est accoutumé et il en résultera un vrai bien. » (3 janvier 1826.)
Quelques traits empruntés au Père Druilhet, qui vécut pendant six ans dans l'intimité du Père Godinot, dont il était le Sociiis^ compléteront la physionomie du vénérable Supérieur. A maintes reprises, dans sa correspondance avec le Père Général, il revient sur le mauvais état de santé du Père Provincial, qui ne sait pas ménager ses forces, ne
veut rien omettre de la vie commune et s'épuise d'austérités. C'est en vain qu'il l'admoneste à ce sujet, et il demande le pouvoir nécessaire pour imposer à son Supérieur plus de modération'.
Plus encore que son prédécesseur le Père Godinoteut à se défendre contre la tentation de fonder de nouveaux établissements. Les instances se multipliaient de façon très flatteuse mais pleine de périls. On en peut juger par la réponse que le Père Fortis faisait adresser vers ce tempslà au maire de Chambéry qui demandait des Jésuites pour le collège de la ville. « 11 vous faut des sujets parlant français... Mais l'état actuel de notre Compagnie en France ne permet pas d'en distraire un seul des individus qui y sont employés puisqu'ils suffisent à grand'peine aux établissements que nous y avons déjà, et beaucoup moins à ceux qu'on nous y offre de toutes parts et que nous nous trouvons dans la dure nécessité de refuser ou du moins de renvoyer à des temps éloignés. Or, tandis que nous sommes forcés de résister aux sollicitations les plus pressantes des évéques dont les diocèses fournissent des recrues à notre Compagnie, de quel œil verrait-on des sujets français sortir du royaume pour faire ailleurs ce qu'ils refusent à leur patrie-? » (23 mai 1823.)
Pour une fois on avait cru pouvoir adopter une attitude moins intransigeante; le résultat ne fut pas heureux. C'était en 1825, au sujet du Petit-Séminaire de Beaupréau, au diocèse d'Angers. Le vénérable Supérieur, l'abbé de INlontgazon, était prêt à se ranger lui-même sous l'obéissance des Jésuites qui viendraient prendre la direction de la maison. La négociation était sur le point d'aboutir,